Labeaume remet en question l'arbitrage avec les pompiers

(Québec) Régis Labeaume n'est «plus sûr» qu'un arbitre soit la meilleure personne pour décider du sort de l'épineuse négociation qui dure depuis six ans avec les pompiers de Québec. Et il a ouvertement posé la question jeudi à l'issue d'une journée complète à dépeindre un sombre portrait du syndicat des pompiers qu'il accuse de «voler les taxes» de la population.

«Ç'a-tu du bon sens qu'un seul individu au Québec prenne une décision comme ça? Nous, on n'est plus sûr, on est en train de remettre bien des choses en question. Un arbitre, ce n'est pas imputable et ça veut rester arbitre longtemps», a laissé tomber le maire. «Je vais vous dire bien franchement, on est en train de regarder ça de très près.»

Est-ce à dire que la Ville demandera une intervention du gouvernement? Impossible d'en savoir plus.

Depuis que le dossier des pompiers est arrivé devant l'arbitre Denis Gagnon en novembre 2009, la Ville a payé plus de 550 000 $ à la firme d'avocats Dunton Rainville.

Les 400 pompiers de Québec sont sans contrat de travail depuis décembre 2006.

Cette remise en question de l'arbitrage par Régis Labeaume concluait une journée entière de comité plénier sur l'évolution de la réforme du service de protection contre les incendies. Un point majeur de cette réforme auquel s'oppose le syndicat consiste à transformer 76 postes de syndiqués en postes de cadres afin de «rétablir la chaîne de commandement dans les casernes», selon la direction.

«On se fait voler»

Mais cette séance d'information devant les élus a surtout été l'occasion pour l'administration Labeaume de donner sa version des faits, souvent cinglante, sur l'attitude du syndicat des pompiers et de son président, Éric Gosselin.

Une charge en règle contre des conditions de travail largement décriées.

Au premier chef, le maire Labeaume est choqué par le fait que «les pompiers sont payés 100 % du temps même s'ils en travaillent 50 %», dit-il.

«Moi, mon père était mécanicien, et quand il travaillait de nuit, il ne dormait pas, a poursuivi le maire. Qu'on ne vienne pas me dire que parce que t'as un shift de 24 heures que tu dormes parce qu'il ne se passe rien. On se fait voler.»

Autre fait avancé par Régis Labeaume : 35 % des accidents de travail arrivent à la caserne ou en formation. «Ça ne se peut pas. Je pense qu'on se fait rouler complètement.»

Le maire s'indigne aussi que 79 % des heures supplémentaires, soit 2 millions $, soient, dit-il, «provoquées par des jeux de convention». «On se fait rouler. Ça fait quatre ans que cette situation me révolte.»

Une «révolte» qui s'est fait sentir dès les premières minutes du comité plénier jeudi matin.

«Depuis le 11 septembre 2001, critiquer des pompiers est l'une des choses perçues comme la plus politiquement incorrecte. Pourtant, l'actualité récente nous obligera à l'être», a prévenu Régis Labeaume. Il venait de donner le ton à une charge en règle contre le syndicat qui rend ce «service complètement malade et dysfonctionnel depuis de nombreuses années».

«Seulement 5 % du temps d'un pompier est dédié à une intervention. L'absence de gestion s'applique pour 95 % de leur temps de travail», a martelé le maire en souhaitant prendre la population à témoin pour dénoncer les «privilèges» des pompiers syndiqués.

Une pause qui coûte cher

Ainsi, a soutenu le maire, un pompier peut prendre un congé de deux heures pour «aller jouer au hockey ou aller à son cours de danse». Chaque fois, dit-il, il doit être remplacé par un autre sapeur à 150 % du salaire pendant quatre heures.

Première intervenante, la directrice générale adjointe de la sécurité publique à la Ville de Québec, Chantale Giguère, a elle aussi écorché le syndicat et exposé ce qu'elle qualifie «d'obstruction systématique» notamment quant à la formation.

En après-midi, le directeur du service de protection contre les incendies, Richard Poitras, et le directeur adjoint aux affaires stratégiques et administratives du service des incendies, Robert Laperle, sont venus faire le point sur la réforme en cours, sur l'effectif, les délais d'intervention et l'équipement des sapeurs.

M. Laperle a indiqué que, malgré les contraintes, 17 400 heures de formation ont été données en 2011.

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