Secrétaire de la société d'histoire irlandaise Irish Heritage Quebec, John O'Connor le dit d'entrée de jeu: il n'est «pas un expert à tout casser» de William James Pirrie. Le fait que celui qui allait devenir président des chantiers Harland and Wolf, constructeur du Titanic, est né à Québec, il l'a découvert en lisant Titanic: The Canadian story d'Alan Hustak.
Tout de suite, John O'Connor a voulu en savoir plus sur William James Pirrie. Né à Québec en 1847, l'homme a laissé bien peu de traces dans la capitale. Et pour cause: il est parti à l'âge de deux ans seulement.
On sait toutefois que son père, James Alexander Pirrie, né en Irlande du Nord, serait venu à Québec en 1844 pour faire fortune. Il avait 22 ans.
Loin des milliers d'immigrants irlandais pauvres, majoritairement catholiques, qui fuyaient la maladie et la famine, le paternel avait plutôt le sens de la business. Tout indique que le jeune William est en effet né dans une famille protestante aisée. «Dans les annuaires de la Ville, on voit qu'en 1844 ou 1845, il y a une inscription pour un commerce au nom de J-A Pirrie, sur la rue Dalhousie», explique M. O'Connor.
Il a aussi retrouvé une adresse résidentielle rue Sainte-Geneviève, près de l'actuel consulat américain. «On peut dire qu'il était de la classe affaires.»
Presbytérien, James Alexander Pirrie a fait baptiser son fils à St. Andrews, selon M. O'Connor.
Puis, deux ans plus tard, le destin frappe: le père de William James Pirrie meurt du choléra.
M. O'Connor n'a personnellement pas retracé ce fait, ni vu de sépulture de J-A Pirrie. Mais plusieurs références historiques indiquent que le père du jeune William a succombé à cette maladie comme des milliers d'autres victimes des grandes épidémies de choléra qui ont touché Québec depuis 1832. Celle de 1849, qui a emporté Pirrie, a fait 1052 morts, y compris le premier maire de Québec, Elzéar Bédard.
Impitoyable, la maladie ne s'attaquait donc pas seulement aux plus démunis ou aux immigrants qui débarquaient au port de Québec, entassés dans des bateaux.
Pour le jeune Pirrie, le choléra aura aussi un autre impact: en 1849, sa mère décide de regagner l'Irlande du Nord.
Et si le choléra a chamboulé le destin du futur constructeur du Titanic, l'épidémie a aussi provoqué une petite révolution à Québec dont tous les citoyens profitent encore aujourd'hui: le réseau d'aqueduc.
«Des études menées à Londres vers 1845 ont montré que le choléra se transmettait par l'eau», explique l'historien Réjean Lemoine. Désireuse d'en finir avec la maladie et les incendies majeurs, Québec décide en 1852 de se doter d'un aqueduc sous l'impulsion d'un maire au nom prédestiné: Narcisse-Fortunat... Belleau.
«C'est la plus grande décision qui a été prise par un maire au 19e siècle», estime M. Lemoine.
Grande. Et chère. Québec a emprunté de l'argent et acheté des tuyaux en Angleterre, a fait venir un ingénieur de Boston. «C'était un investissement majeur qui a coûté deux ou trois millions$, la Ville s'est mise dans le trouble pendant 40 ans!»
Pendant que Québec paye sa dette, le jeune William James Pirrie, lui, gravit les échelons de l'autre côté de l'Atlantique. Dès l'âge de 15 ans, en 1862, il entre comme dessinateur aux chantiers Harland and Wolf de Belfast. Il deviendra président en 1894 de cette compagnie qui construit les navires de la White Star, dont le célèbre Titanic.
Retenu par la maladie, William James Pirrie n'était pas du voyage fatidique dont le somptueux navire n'est jamais revenu après avoir coulé dans la nuit du 14 au 15 avril 1912.
Il est plutôt mort 12 ans plus tard, le 6 juin 1924, d'une pneumonie à l'âge de 77 ans. William James Pirrie partait pour un voyage d'affaires en Amérique latine par bateau. Mort sur l'eau. L'eau qui a marqué son destin.