«C'est certain qu'il faut que quelque chose soit reconstruit sur le site du Manège, mais la restauration des Casernes doit être priorisée parce que ce bâtiment existe dans son entité, dans son intégrité. Il a tous ses murs, toute sa toiture, toutes ses fondations. Le bâtiment est en piètre état, mais il est encore possible de le restaurer et de lui redonner tout son caractère emblématique. On est encore capable à ce moment-ci de faire quelque chose de formidable avec ce bien», a commenté, mercredi au Soleil, la présidente d'Action Patrimoine, Louise Mercier.
Action Patrimoine est la nouvelle appellation de l'ex-Conseil des monuments et sites du Québec, qui a pris maintes fois position depuis une trentaine d'années pour la préservation d'immeubles patrimoniaux.
Mme Mercier a fait ces commentaires en réaction à la volonté de L'Hôtel-Dieu de Québec - dont Le Soleil a fait part mercredi - de se départir du bâtiment patrimonial. «Ce n'est pas une mauvaise nouvelle en soi. L'Hôtel-Dieu n'est pas le bon propriétaire pour ce bien. Il ne l'a pas entretenu. Il l'a protégé minimalement. Il y a eu des réparations sur les toitures. Il n'a pas d'intérêt du tout à le préserver. Je comprends que leur priorité est d'investir dans la santé», a-t-elle affirmé.
Elle a déploré le manque d'intérêt des autorités publiques pour préserver le bâtiment construit en 1748 sous le régime français. «C'est un joyau dans la ville. Personne ne le sait. Personne ne s'en occupe. Ça me brise le coeur de le voir se détériorer et de voir qu'on atteint encore à son intégrité en le laissant aller comme ça, que personne ne se soucie de son avenir plus que ça», a-t-elle dit.
Impensable
Démolir l'immeuble construit en 1748 sous le régime français est «absolument impensable». «Oh mon Dieu! Non, jamais!» s'est-elle exclamée devant cette possibilité. «C'est un des bâtiments les plus significatifs de la ville. S'il y a de l'argent à mettre dans le patrimoine à Québec, mettons-le là. C'est trop important historiquement pour la compréhension de la ville militaire, de la ville fortifiée. Ce bâtiment ne peut pas disparaître, c'est certain. Avant de restaurer d'autres églises, il faudra sauver ce bâtiment», a-t-elle poursuivi.
À son avis, les Nouvelles Casernes sont tout aussi importantes, sinon plus importantes, dans l'histoire militaire de la ville de Québec que la Citadelle ou le Manège militaire. Des troupes françaises ont logé dans les Casernes et des soldats anglais après la Conquête. La restauration du bâtiment long de 160 mètres serait une reconnaissance de l'importance de la présence militaire à Québec.
«C'est un pan important de l'histoire militaire de la ville. C'est un élément qui contribue à comprendre qu'on a voulu fortifier la ville pour la défendre à différentes époques et que Québec a été une ville de garnison», a souligné la présidente d'Action Patrimoine.
Elle souhaite que la Ville de Québec, le ministère québécois de la Culture et Parcs Canada puissent s'entendre pour préserver le bâtiment. «À chaque fois que je passe dans ce coin-là, je me dis que ce n'est pas possible qu'il n'y ait pas de terrain d'entente entre ces trois partenaires pour réussir à faire quelque chose pour revigorer ce bâtiment et lui redonner une fonction dans notre quotidien, notre vie», a-t-elle affirmé.
Si les coûts de préservation peuvent paraître élevés pour certains - il est question de 18,9 millions$ -, Mme Mercier a rétorqué que cela est dû au manque d'entretien. «Ça fait des décennies qu'on l'entretient si peu. Il s'est dégradé au point où on dit que le patrimoine coûte trop cher. Mais quand on l'entretient, ça ne coûte pas trop cher au final. Quand on ne l'entretient pas, on arrive à des sommes astronomiques à investir», a-t-elle dit.