Le Vieux-Québec se vide de ses résidants permanents

Le Vieux-Québec est de moins en moins un... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Le Vieux-Québec est de moins en moins un lieu de résidence prisé et se transforme inexorablement en centre-ville dortoir essentiellement destiné aux touristes, peste le président du conseil de ce quartier.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

(Québec) Il n'y a jamais eu aussi peu de résidants permanents dans le Vieux-Québec depuis 60 ans au moins. Le quartier, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité, a vu sa population diminuer de 9,3 % entre 2006 et 2011, date du dernier recensement.

C'est le Comité des citoyens du Vieux-Québec qui a sonné l'alarme, mardi soir, lors de sa réunion annuelle. Selon les statistiques communiquées, extraites du dernier recensement et disponibles dans Internet, le Vieux-Québec comptait 4786 citoyens en 2011, une chute de 492 par rapport à 2006.

Les secteurs intra-muros et de Place-Royale ont été particulièrement touchés avec des baisses de population de 12 %, tandis que le Vieux-Port enregistrait une petite hausse de 1,3 %. La zone du Cap-Blanc a connu une décroissance démographique de 6,9 %.

Le taux de logements occupés par des résidants «habituels» (ou permanents), une nouvelle donnée du recensement, atteint à peine 70 % dans le quartier, comparativement à 90 % dans le reste de la ville de Québec.

Cette tendance à la baisse était déjà perceptible en 2006. L'ensemble du Vieux-Québec avait alors perdu 253 habitants par rapport au décompte de 2001. Les 20 années précédentes avaient pourtant permis d'assister à une lente remontée de la population.

Entre 1981 et 2001, le nombre de citoyens vivant au milieu des vieilles pierres était en effet passé de 4926 à 5531. À titre de comparaison, ils étaient plus de 10 000 dans les années 50 et 60...

En entrevue au Soleil quelques heures avant de rencontrer ses membres, le président du Comité des citoyens du Vieux-Québec, Louis Germain, a parlé d'un «choc». Choc à la vue des données du recensement et choc démographique à prévenir, voire guérir.

«Tout le monde veut garder du monde dans le Vieux-Québec, pis on constate qu'il y en a un sur dix qui est parti en cinq ans. Qu'est-ce qu'on fait?» demande-t-il.

Dans un texte longuement mûri, M. Germain cite un grand nombre de facteurs explicatifs potentiels : «spéculation, évolution sociale, urbanité, tourisme, activités festives, profil démographique, fiscalité, mobilité, hôtellerie illégale, résidence secondaire»... Mais il se dit incapable de déterminer le poids de chacun sur la décision des migrants.

À l'automne, Statistique Canada publiera des données sur le profil de la population canadienne. En comparant les années 2006 et 2011, il sera possible de déterminer le sexe, l'âge, le revenu, la profession des déserteurs du Vieux-Québec. Autant d'informations pertinentes pour comprendre ce qui se passe.

Ce que souhaite le porte-parole des citoyens, c'est que la Ville de Québec aille au fond des causes et agisse en conséquence avant que le Vieux-Québec ne soit vidé de ses résidants comme d'autres quartiers historiques dans le monde. M. Germain croit qu'un an devrait suffire pour réaliser cette tâche.

Plusieurs pistes

Plusieurs pistes ont déjà été évoquées lors des États généraux du Vieux-Québec, complétés en 2010, comme offrir un crédit de taxes aux familles, favoriser l'accès aux domiciles lors des grands événements ou contrôler le bruit. Il y en a aussi dans le plan directeur du Vieux-Québec et Cap-Blanc, dont la première orientation est ironiquement de «protéger et développer la fonction résidentielle du quartier» et le premier objectif de «favoriser l'augmentation des résidants permanents»...

Denis L'Anglais, président du conseil de quartier Vieux-Québec-Cap-Blanc-Colline parlementaire, croit aussi qu'un bon diagnostic est nécessaire. «Il faut retourner chacune des pierres», dit-il sans jouer les humoristes.

D'emblée, l'homme est tenté de pointer la multiplication des grands événements, la spéculation immobilière, la perte de services de proximité et les difficultés d'accessibilité pour expliquer la désaffection de ses voisins. Mais il y a peut-être autre chose...

D'où l'importance, pour lui aussi, que l'administration municipale s'engage dans la recherche des causes et des solutions. «J'espère juste qu'avec des chiffres comme ceux-là, la Ville de Québec va comprendre l'ampleur du problème», soupire-t-il.

Puis de prévenir : «Si on n'y prend garde, dans 25 ans, on aura un centre-ville-dortoir, essentiellement destiné aux touristes. Le jour où on va être obligés d'embaucher des gens pour donner l'impression qu'il y a de la vie dans le Vieux-Québec, on va avoir un problème.»

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