Sarajevo, 1984. Benoît Lamarche est sur la glace pour ses premiers Jeux olympiques à l'épreuve de 5000 m. À ses côtés, les patineurs sur longue piste de l'équipe nationale sont tous Québécois. Y compris un certain Gaétan Boucher. «Dans mes années, c'était l'âge d'or du longue piste», se remémore avec enthousiasme l'athlète aujourd'hui président du Centre national d'entraînement Gaétan-Boucher à Sainte-Foy.
«À Sarajevo en 1984, 100 % de l'équipe nationale venait du Québec. À Calgary en 1988, on était 80 %. Aujourd'hui, c'est 15 ou 20 % en longue piste. En courte piste, on se porte bien, mais, en longue piste, on est un peu plus faibles», reconnaît M. Lamarche, aussi professeur et chercheur à l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels de l'Université Laval.
La chute du nombre de Québécois au firmament du patinage de vitesse n'est pourtant pas une question d'intérêt. La province compte 5142 athlètes, plus que toutes les autres provinces canadiennes réunies, révélait en 2010 une étude menée par Équipe Québec.
Pour Benoît Lamarche comme pour d'autres, comme le directeur de la Fédération de patinage de vitesse du Québec, Robert Dubreuil, qui a participé aux Jeux olympiques d'Albertville en 1992, le salut passe par un toit. Ce fameux anneau de glace couvert, dans les cartons depuis plus de 20 ans, est revenu à l'avant-scène ces derniers temps.
La fin de semaine prochaine, les deux hommes accompagneront d'ailleurs le maire Régis Labeaume à Calgary au Championnat du monde sprint Essent ISU, longue piste et visiteront l'anneau annexé à l'Université de Calgary.
Un intérêt qui s'ajoute au fait qu'en décembre, Le Soleil révélait que la Ville de Québec entend contribuer pour 10 millions $ à ce projet évalué à 86 millions $ par Équipe Québec.
«Dès que l'on commence à recevoir des réponses des autres paliers de gouvernement. Au moins, nous, de notre côté, on va être prêts à démarrer des choses», avait alors confirmé en nos pages le responsable des dossiers sportifs au comité exécutif de la Ville, Sylvain Légaré.
Un optimisme auquel Régis Labeaume a ajouté une petite dose de pression mardi, affirmant, lors de son discours à l'inauguration du nouveau stade du PEPS, qu'il verrait très bien un anneau de glace sur le campus. Un potentiel legs du fédéral, tiens, qui en ferait, disait-il, «le campus universitaire canadien le mieux équipé en infrastructures sportives».
Une sortie qui a remis à l'ordre du jour la possibilité de l'Université Laval comme lieu potentiel. Et ce, même si la Ville de Québec a fait une belle place à la glace couverte à l'endroit de l'actuel anneau Gaétan-Boucher près de l'école secondaire De Rochebelle dans son «plan ouest» présenté en octobre.
Une option, aussi, même si le recteur de l'Université Laval ne s'est jamais montré très chaud à l'idée. Encore cette semaine, le porte-parole de l'institution, Sylvain Gagné, a répété au Soleil qu'un anneau de glace couvert «ne cadrait pas vraiment» avec les besoins de l'Université.
La récente sortie du maire Labeaume en faveur du campus marque-t-elle un changement de cap? Oui et non. «Le maire a toujours bien aimé le site de l'Université Laval, il l'a tout simplement remis sur la table», analyse M. Dubreuil.
Reste que l'option du campus intrigue. Et comporte de nombreux avantages, selon Benoît Lamarche. Au premier chef, le nerf de la guerre: les frais de gestion. «Un avantage potentiel de l'Université est qu'on pourrait être capable de trouver des budgets d'opération un peu différents que si ce n'était pas sur un campus universitaire», avance-t-il.
Sur le plan pratique, l'Université est aussi un scénario alléchant, dit-il. «Cette concentration d'équipements sportifs serait tellement attrayante, on peut en rêver», lance Benoît Lamarche, qui évoque des subventions possibles du ministère de l'Éducation, par exemple. «Mais les gens de l'Université voudront avec raison avec un mot à dire sur la programmation.»
Pour la communauté
La programmation: là est aussi l'enjeu de fond. Un anneau à la fine pointe pour les athlètes, c'est bien. Mais cet investissement qui flirte avec la centaine de millions de dollars ne doit pas être réservé à une élite, martèlent tant Benoît Lamarche que Robert Dubreuil. «Il y a moyen de développer des happenings communautaires, explique M. Lamarche, qui prend exemple sur l'usage d'anneaux intérieurs ailleurs dans le monde. «Les gens vont patiner le soir, il y a de la musique à tue-tête, des soirées déguisées», illustre-t-il.
Et que répondre à ceux qui préfèrent faire aller leurs lames au grand air? «On ne peut pas patiner dehors au mois d'août ni au mois d'avril, répond M. Lamarche, qui évalue à huit mois par an l'utilisation de la glace couverte. «Ça va donner une valeur ajoutée au patinage. Les gens vont pouvoir patiner souvent, plus longtemps et aimer ce sport.»
Pour Robert Dubreuil aussi, un éventuel anneau à Québec devra impérativement trouver un équilibre entre le grand public et le volet de compétition. «L'élite à elle seule ne peut justifier faire vivre tout ça. Mais avec le mélange de sportif et de communautaire, on va finir par le remplir.»
L'usage pour le patinage libre ou la location d'espaces pour des événements permettraient des revenus supplémentaires. Mais oubliez la rentabilité à tout prix.
Dans son étude, Équipe Québec, qui a basé ses estimations budgétaires sur les données de quatre anneaux couverts nord-américains, dont celui de Calgary (lire l'encadré ci-dessus) conclut d'ailleurs qu'on peut «raisonnablement croire en un budget annuel qui serait légèrement déficitaire».
Cette conclusion n'étonne pas nos deux spécialistes du patin. «Il n'y a pas de piscine, pas d'aréna rentables dans une ville. C'est un investissement pour la communauté, donc, à la base, on ne peut pas rentabiliser complètement, mais on peut diminuer les coûts d'opération», croit M. Lamarche.
Quant au lieu, même si les deux ex-athlètes olympiques reconnaissent des qualités au campus, leur idée est loin d'être arrêtée.
«Nous ne sommes pas de ceux qui allons mettre des bâtons dans les roues pour un site ou un autre», dit M. Lamarche en allusion à l'Université Laval, à l'emplacement aussi envisagé de l'actuel anneau Gaétan-Boucher, mais aussi à ExpoCité, aussi analysé par Équipe Québec.
Pour l'instant, estime pour sa part Robert Dubreuil, rien ne sert de trop discuter de l'emplacement au moment où la priorité est surtout de «pousser» son projet et d'obtenir du financement des gouvernements fédéral et provincial.
«Pour nous, ça fait tellement longtemps qu'on travaille là-dessus, on en a tellement besoin qu'on sortirait un autre lieu et on crierait victoire.»