Il ne fallait pas se présenter là en costume trois pièces ou talons hauts. Et pour celles et ceux qui ont osé, la gibelotte à terre aura eu raison d'eux. Pour garder sa fibre festive bien réveillée, il fallait opter pour le gros stock : bottes à toute épreuve, mitaines d'enfer et casque de poils.
Petit tour de piste avant le début de la soirée. Côté terrasses, tout était prêt : fontaines de lumières, rigodons trash électro, bars de glace. Un travail d'orfèvre à certains endroits. Sur l'une des terrasses, l'air était réchauffé grâce à des foyers au gaz hi-tech en forme de stalagmite qui crachaient des flammes drues. Seul hic, sur la terrasse en question, il fallait accepter de boire sa bière avec une odeur de combustible dans le nez. À votre santé!
Bien que l'animation débutait à 21h, il a fallu attendre 22h pour que la Grande Allée soit bien remplie. Des jeunes, des moins jeunes, des «pures laines», des touristes. L'ambiance techno a réchauffé tout le monde. Un jeune italien en visite à Québec pour la première fois n'en revenait pas de voir un telle ambiance dans l'hiver québécois.
Les habitués de la Saint-Sylvestre sur la Grande Allée ont apprécié la scène toute en longueur, une nouveauté cette année. Placée au centre de la chaussée, cette scène plutôt étroite mais s'étendant sur une centaine de mètres, permettait aux fêtards de circuler aisément et de profiter pleinement du spectacle. Les nombreux écrans installés sur le site ont aussi évité bien des frustrations.
L'animation a semblé plaire au plus grand nombre, tout le monde se trémoussait. Mais la jeune Emmanuelle, 8 ans, se bouchait les oreilles. Un peu fort la musique. Et sa mère trouvait qu'il y avait bien peu de numéros, peu de contenu, par rapport à la quantité de musique style boîte de nuit.
Deux argentins étaient totalement déchaînés. Quand on les a croisés, le DJ qui assurait la première partie de la soirée balançait des décibels, des rythmes frénétiques, et une petite phrase qui tournait en boucle : «Michael Jackson is not dead». On électrise une foule avec peu de chose.
Plus le temps filait vers 2012, plus l'ambiance se «rigodonisait». Quelques chansons à répondre et les violons de la famille Painchaud ont amené le monde vers le décompte. À quelques minutes du moment fatidique, Régis Labeaume a traversé la foule et serré quelques mains.
Shariff, qui a quitté l'Algérie pour s'installer à Québec il y a trois ans, a insisté pour photographier Fabela, sa mère, en visite ici, avec le maire. Dans les yeux et dans les mots de Sharrif, ce cliché était important.
«On vient d'ailleurs, et on est fier de montrer ce qu'on vit ici», a-t-il expliqué en étalant sa joie de fêter sur la Grand Allée, «dans cette ambiance et avec des gens formidables.» Fabela, quand elle rentrera en Algérie, exposera le portrait. Même au Maghreb, on parlera de Labeaume.
Puis le 10, le 9, le 8 sont apparus sur les écrans, des pétards et des flammèches annonçaient les feux d'artifice. À 0, on ne sait pas ce qui a fait le plus de bruit : le premier feu qui a explosé dans le ciel ou la clameur des gens, bras en l'air, heureux d'entrer collectivement dans une nouvelle année.
Les feux d'artifice, c'est le moment raté de la soirée. Une épaisse fumée stagnait sur le site, on ne voyait pas grand chose au spectacle pyrotechnique qui ne semblait pas être si époustouflant qu'on nous l'avait laissé entendre. Mais ça n'a pas empêché les gens de sourire, et d'envoyer des voeux à tout va.
Joint au téléphone après la soirée, le grand manitou de la fête, André Verreault, se disait très satisfait. «Ça a été extraordinaire, on ne pouvait pas espérer meilleur succès, la Grande Allée était pleine mur à mur, entre le Concorde et la grande roue. Et de 21h à minuit, c'était la fête, et c'est ça qui me fait plaisir.»