Dans la mire du futur parti : la «dérive démocratique» résultant de «l'autorité inassouvie» du maire Labeaume, les finances publiques et le retour aux «besoins de proximité des citoyens», trop souvent relégués à l'ombre des grands événements, aux yeux de Québec autrement.
Sans surprise, Pierre Boucher a été nommé président et porte-parole principal de ce mouvement lancé officiellement mercredi en conférence de presse au château Laurier. Cet ex-président de la Commission de la capitale nationale dirige depuis des mois ce groupe informel de réflexion qui deviendra un parti politique d'ici un an.
D'ici là, le comité de direction du mouvement travaillera sur une liste de thèmes, premiers jalons d'un programme politique. De plus, Québec autrement dit avoir des bases dans la moitié des districts. Pour 2013, la formation promet des candidats partout sur le territoire.
Une façon de faire inspirée de François Legault? «Dans le cas de la Coalition pour l'avenir du Québec, tout est parti de François Legault pour aller vers la base. Nous, tout part de la base», soutient Pierre Boucher, conscient que cette comparaison reviendra souvent.
Mercredi, M. Boucher a aussi répété qu'il est trop tôt pour savoir s'il sera le chef et candidat à la mairie en 2013. «Si je me rends compte en lisant les journaux et en regardant la télévision que vous me trouvez bon, peut-être que ça va m'encourager, mais je n'en suis pas là», a-t-il blagué aux journalistes.
Reste que s'opposer à un maire qui récolte 80 % d'appuis représente un défi, reconnaît M. Boucher. «Mais si M. Labeaume avait fait ce raisonnement en 2007, il ne serait pas maire de Québec. Quand on est un citoyen avisé et courageux, il ne faut pas avoir peur d'exprimer ses idées», dit-il.
Trois axes
Dans ses grandes orientations, Québec autrement identifie trois raisons pour faire opposition à Équipe Labeaume. Au premier chef, la «dérive démocratique». «L'arrogance et l'autoritarisme du maire sont devenus une marque de commerce», estime Pierre Boucher.
Une arrogance qui, dit-il, «n'épargne personne» : citoyens, journalistes et fonctionnaires, à propos desquels M. Boucher rappelle l'épisode des «fourreurs de système».
Le mouvement croit aussi que nous assistons à un «dérapage financier et budgétaire», notamment avec le financement public de l'amphithéâtre. «Maintenant que ce gouvernement est venu au secours du projet du maire en y investissant 200 millions $, sa capacité de répondre aux autres demandes de la Ville au cours des prochaines années sera limitée.»
Même s'il a pris l'exemple de l'amphithéâtre, M. Boucher a toutefois souligné mercredi qu'il était pour sa construction et pour le retour des Nordiques.
Une nuance aussi apportée par Jean-Paul Loyer, 36 ans, coordonnateur du Centre universitaire de Québec-UQTR, conseiller de Québec autrement et éventuel candidat.
«La fin ne doit jamais justifier les moyens», indique-t-il, critiquant notamment la loi 204. «Depuis quand les politiciens sont au-dessus des lois?» lance celui qui a joint Pierre Boucher il y a quelques semaines pour lui signifier son désir de s'impliquer.
Enfin, Québec autrement met en question «l'absence de direction» de la Ville. «Les événements-spectacles et les festivals plaisent, à n'en pas douter, mais pour le reste, où allons-nous, étourdis que nous sommes par l'annonce semaine après semaine, dont on ne sait ni l'ordre de priorité, ni les coûts, ni les échéanciers?» demande Pierre Boucher.
Outre Jean-Paul Loyer, Pierre Boucher s'est présenté mercredi flanqué de deux autres nouveaux
visages, soit Véronique Guèvremont, une professeure de droit international, et Francis Carpentier, un administrateur agréé impliqué dans le projet d'éco-promenade le long de l'autoroute Robert-Bourassa.
Le comité de direction de Québec autrement est aussi composé du secrétaire Michel Héroux, ex-chef de cabinet du recteur de l'Université Laval. L'ancien conseiller municipal Gilles Marcotte est pour sa part trésorier et l'ex-conseillère Francine Bouchard est la vice-présidente de Québec autrement.
Le mouvement a son site Web au www.quebecautrement.org
Triplement autrement
Le nom du mouvement lancé mercredi ressemble à celui de l'association citoyenne Lévis autrement. Deux rives, un nom?
«Il n'y a pas de lien, ce sont deux scènes politiques bien différentes», explique Michel Héroux, de Québec autrement.
Joint mercredi, le président de Lévis autrement, Gaston Cadrin, a indiqué avoir reçu un appel de Pierre Boucher il y a une dizaine de jours. «Par gentillesse, il m'a prévenu qu'il comptait utiliser ce nom», dit M. Cadrin, qui a été plutôt flatté. Celui-ci estime qu'il pouvait difficilement s'opposer.
«Moi, tant qu'on partage les mêmes valeurs, ça veut dire que, d'une rive à l'autre, on veut faire de la politique municipale autrement.»
Jamais deux sans trois, les communications entourant le dévoilement du Plan de mobilité durable de la Ville de Québec hier utilisaient aussi le mot autrement, avec le slogan «Se déplacer autrement». Une coïncidence qui a fait rire Régis Labeaume.
«À l'exécutif cet après-midi, on en pleurait. On se prenait le ventre», a-t-il rigolé, rappelant que le plan de mobilité a été imprimé en janvier.
«Bon pour la démocratie»
Régis Labeaume se réjouit de l'arrivée prochaine dans le paysage politique municipal de deux nouveaux partis, ceux de la conseillère indépendante Anne Guérette et de Pierre Boucher.
«C'est bon pour la démocratie», a-t-il succinctement commenté mercredi.
Questionné sur la formation officielle d'un mouvement d'opposition mené par Pierre Boucher, le maire de Québec a été avare de commentaires. Il n'a pas voulu commenter l'affirmation de M. Boucher selon laquelle l'amphithéâtre provoquera inévitablement des hausses de taxes, pas plus qu'il n'a répondu à son adversaire, qui l'accuse de mener trop de projets de grands événements, au détriment des services aux citoyens.
«[Je vais répondre à cela] aux élections. On a trop d'ouvrage en ce moment, on en a plein nos bottes», s'est limité à dire M. Labeaume.
Avec la collaboration de Stéphanie Martin