Cinq femmes à la chevelure ivoire trônent devant le centre situé sur la chaussée des Écossais, entre les rues Dauphine et Sainte-Anne. Elles ne sont pas de Québec, et le Festival celtique qui se déroule sous leurs yeux leur est inconnu. «Nous sommes venues voir la bibliothèque de Louise Penny», confient les dames de Houston, au Texas. Ne leur parlez pas du Château Frontenac ou de la Citadelle. Elles n'en ont que pour le Morrin Centre, sa bibliothèque et... ce bouquin, Bury Your Dead.
Le directeur général du Morrin Centre, Simon Jacobs, est emballé que le roman de l'écrivaine et ancienne journaliste de CBC, Louise Penny - dont l'intrigue se déroule en partie à cet endroit - ait un effet aussi grand sur le rayonnement du centre. Un lieu abritant l'une des plus belles bibliothèques au pays ainsi que la première prison de Québec, en fonction de 1813 à 1868.
«C'est certain que ça aide notre publicité», confirme le directeur, dont le sourire s'entend au bout du fil.
Des Visiteurs anglophones
Il collige depuis quelques mois les renseignements sur les visiteurs. La raison qui les amène et leur provenance, notamment. Il fouille dans ce fichier et lit à haute voix. «Louise Penny; Philadelphie. Louise Penny; Wisconsin. Louise Penny; Arizona. Louise Penny; Baltimore. Louise Penny; Ohio...» Et la liste s'allonge. L'effet est évident pour ce qui est du tourisme américain que le roman policier engendre. Et canadien-anglais, aussi.
Seulement depuis juin, plus de 300 personnes ont ainsi été attirées à Québec pour voir le lieu où l'inspecteur Gamache, héros des romans de Mme Penny, travaille à résoudre le meurtre brutal - et fictif, s'entend - qui s'est déroulé dans la bibliothèque. C'est environ 10 % des visiteurs du Morrin Centre. Et évidemment, ce sont autant de touristes qui découvriront ensuite Québec.
Si l'effet est si important, c'est que les romans de Louise Penny connaissent un succès international retentissant. Elle décroche les prix à un rythme effréné, et ses livres figurent souvent dans la liste des best-sellers du New York Times, entre autres. Elle a remporté quatre années de suite le prix Agatha, remis au meilleur écrivain de romans sombres ou de polars. Cette année, c'était justement pour Bury Your Dead. Encore vendredi, elle se voyait décerner le Macavity Award pour le meilleur roman de mystère, par le Mystery Readers International.
Louise Penny est originaire de Toronto, mais demeure maintenant dans l'Estrie, où se déroulent d'ailleurs la majorité des intrigues. Comme journaliste pour CBC, elle est, entre autres, demeurée à Québec. Elle y reviendra les 28 et 29 octobre, à l'occasion du premier Festival littéraire QuébeCrime.
Simon Jacobs souhaite maintenant qu'avec la traduction prochaine des romans de Louise Penny en français, la manne s'étende à la France et... au Québec. Des Québécois qui connaissent mal cet endroit riche en histoire. Réelle, comme fictive.