Que le maire Loranger nous pardonne, mais la comparaison avec les aventures d'Astérix est irrésistible. On pense plus particulièrement au 15e titre : La zizanie. Chaque fois, les Gaulois finissent par avoir le dessus sur leurs ennemis romains, beaucoup plus nombreux, mais il en va autrement dans la réalité québécoise. En effet, les batailles des deux maires indépendants risquent de se faire de plus en plus difficiles.
«La question du partage des dépenses se pose dans toutes les agglomérations», observe Danielle Pilette, professeure au département d'études urbaines de l'Université du Québec à Montréal.
«Le problème des petites municipalités dans une grande agglomération, c'est que si les maires sont élus par le local, une part grandissante de leurs dépenses ira à la facture d'agglomération. Il y aura une bonification en qualité de services à l'agglomération, prévoit-elle, et les petites municipalités liées n'ont pas une grande voix au chapitre.»
Avec quelque 35 000 citoyens, les populations de Saint-Augustin-de-Desmaures et de L'Ancienne-Lorette comptent pour moins de 7 % de celle de Québec, et possèdent environ 7 % de sa richesse foncière.
Il y aura des élections en 2013, rappelle-t-elle, et un maire se fait élire en grande partie sur les services de proximité. Il a intérêt à les rendre le plus visibles possible. Mais dans un contexte où les petites municipalités ont peu de poids par rapport aux grandes agglomérations, elles doivent se battre pour justifier leur existence.
Peu de différences
Tout le débat entourant l'amphithéâtre est un exemple éloquent, selon elle. «Dans tout le non-dit, il y a le projet d'amphithéâtre. Et ce seront encore les mêmes débats si Québec obtient les Jeux olympiques. Les services d'agglomération sont appelés à peser de plus en plus lourd à mesure que disparaissent les entités locales.»
À Montréal, les «municipalités liées» (exclues des fusions) se distinguent plus nettement, que ce soit par la langue ou parce qu'elles sont beaucoup plus riches. On voit des écarts de richesse foncière et de taxes allant du simple au double, et même plus. En comparaison, à Québec, les écarts sont beaucoup moins importants.
«Le maire de L'Ancienne-Lorette essaie de justifier l'existence de sa ville, et c'est encore plus difficile quand les écarts entre les comptes de taxes ne sont que de quelques centaines de dollars. Ça ne milite pas en faveur de prolonger l'existence de la municipalité autonome.»
Les exigences des Affaires municipales vont en augmentant, observe-t-elle, comme pour éliminer les pertes dans les réseaux d'aqueduc. Les dépenses des municipalités sont appelées à augmenter tranquillement et à se rapprocher de la moyenne de l'agglomération. «Dans le fond, c'est un genre de psychodrame qui repose avant tout sur un sentiment d'identité. En dehors de l'identité, les citoyens ne verraient pas tant de différence si leur municipalité faisait partie de Québec», estime Mme Pilette. Elle y voit aussi un autre avantage : éliminer le palier de l'agglomération pour ne former qu'une seule et unique ville.
Pas dépensière
La semaine dernière, Le Soleil avait signalé une importante hausse des budgets locaux à  L'Ancienne-Lorette. Le maire et le trésorier de la municipalité ont toutefois noté que cette hausse provenait principalement d'un changement dans les normes comptables. Une observation que confirme Mme Pilette. «L'opposition dit que les hausses viennent des dépenses de proximité, mais quand on regarde dans l'ensemble, L'Ancienne-Lorette est une municipalité qui dépense très peu. Son niveau de dépenses représente environ 80 % de la moyenne provinciale. Même si ses dépenses augmentaient, ça n'en ferait pas une ville dépensière pour autant.»
Le maire Émile Loranger indiquait d'ailleurs que sa municipalité dispose d'un surplus accumulé de 12 millions $ et qu'elle dégageait en moyenne 2 millions $ en surplus par année. Ces surplus accumulés équivalent à plus de 50 % des revenus de la municipalité, alors que la moyenne provinciale, pour des villes de même taille, se situe en bas de 20 %.