Vente de tableaux: l'artiste et conseillère Chantal Gilbert appuie Labeaume

Vingt-trois tableaux d'artistes québécois sont exposés dans l'ancien... (Photo Le Soleil, Patrice Laroche)

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Vingt-trois tableaux d'artistes québécois sont exposés dans l'ancien hôtel de ville de Sainte-Foy.

Photo Le Soleil, Patrice Laroche

(Québec) La conseillère municipale des Faubourgs, la sculpteure et coutelière d'art Chantal Gilbert, est loin d'être choquée par la possible vente des 23 tableaux d'artistes québécois de l'ancien hôtel de ville de Sainte-Foy, achetés à l'époque par la mairesse Andrée Boucher. Au contraire, Mme Gilbert considère comme «saine» la démarche d'évaluation des oeuvres, amorcée par le maire Régis Labeaume.

Jeudi, le Journal de Québec révélait que l'arrondissement de Sainte-Foy-Sillery était à faire évaluer les oeuvres d'art de l'édifice Andrée-P.-Boucher, à Sainte-Foy, à la demande du maire de Québec, Régis Labeaume, qui songerait sérieusement à les vendre. Chantal Gilbert approuve totalement la démarche du maire. «Ces oeuvres ont été achetées avec de l'argent public. Le maire Labeaume s'est posé la question à savoir s'il était normal que ces tableaux se retrouvent dans des bureaux de fonctionnaires, inaccessibles aux citoyens. La démarche est très légitime et même comme artiste, elle est loin de me choquer», explique Mme Gilbert.

Cependant, s'il advenait qu'on arrive à l'étape de la vente des oeuvres concernées, évaluées au total entre 150 000$ et 200 000$, l'artiste insiste pour que l'argent soit absolument réinvesti dans un programme lié à la culture. «C'est évident que je veux que les artistes puissent gagner leur vie et, comme le maire, je suis pour l'intégration des arts dans l'architecture extérieure, accessible aux citoyens, autant pour les projets publics que privés», explique Chantal Gilbert, qui soutient que sa mission est de promouvoir l'importance de la culture et de ses artistes. Elle estime toutefois disproportionnées certaines réactions et levées de boucliers face à la possible vente des oeuvres en question.

Réactions variées

Les réactions du domaine des arts visuels n'ont pas tardé. L'artiste Luc Archambault a lancé une pétition de protestation contre l'intention du maire de vendre ces tableaux. De son côté, l'artiste visuel Florent Cousineau prône, au contraire, la vente des oeuvres, mais soutient que l'argent doit ensuite être réinvesti dans un concours d'intégration des arts à l'architecture, pour l'édifice Andrée-P.-Boucher. «C'est bien beau d'acheter des tableaux d'artistes qui sont décédés, mais quelle chance donne-t-on aux artistes vivants, de la relève, de créer des oeuvres accessibles au grand public?» s'inquiète le créateur de La falaise apprivoisée, de la côte d'Abraham.

Le Regroupement des artistes en arts visuels du Québec s'est aussi dit très déçu de l'intention du maire et lui suggère de placer ces oeuvres dans des lieux fréquentés par les citoyens plutôt que «disperser» le patrimoine culturel. Enfin, le galeriste Louis Lacerte, de Lacerte art contemporain, en a plutôt contre le message véhiculé par la démarche de M. Labeaume, sur l'importance de l'art. «C'est un manque de respect pour l'art et, dans une foulée populiste, on essaie de faire croire que ça ne sert à rien. En comparaison, est-ce qu'on devrait brûler tous les livres qui ne sortent jamais des bibliothèques? J'exagère à peine», s'insurge M. Lacerte. À l'époque, Louis Lacerte avait vendu des oeuvres d'une valeur d'environ 10 000$ à la mairesse Boucher, précisément pour l'hôtel de ville, mais pas celles, plus coûteuses, du peintre René Richard, vendues par la Fondation René-Richard, qui octroie des bourses aux étudiants en arts visuels.

Quant à Régis Labeaume, invité par Le Soleil à commenter le dossier, vendredi, en marge de son point de presse concernant la réaction des maires de la MRC de la Jacques-Cartier sur son projet de développement durable, le maire de Québec a semblé quelque peu irrité. «C'est assez, là. J'ai pas le goût d'en parler», a laissé tomber M. Labeaume, mettant fin à toute discussion sur le sujet.

 

Le choix d'Andrée Boucher

La petite controverse entourant la possible vente des tableaux de l'ancien hôtel de ville de Sainte-Foy, acquis par la mairesse Andrée Boucher, appelle quelques précisions.

Plusieurs croient, à commencer par le mari de la défunte mairesse, Marc Boucher, que la démarche de Mme Boucher s'inscrivait dans la politique québécoise d'intégration des arts à l'architecture, appelée familièrement la politique du 1 % aux arts. Celle-ci «s'applique aux ministères et organismes du gouvernement, ainsi qu'aux personnes qui reçoivent une subvention de ces derniers, pour la réalisation d'un projet de construction d'un bâtiment ou d'aménagement d'un site», comme le précise le plus récent décret gouvernemental sur la question, daté de 1996.

Or, Andrée Boucher n'a reçu aucune subvention du provincial pour la construction de l'ancien hôtel de ville de Sainte-Foy, qui a coûté 41 millions $. Donc, elle n'était pas assujettie à cette politique et n'avait pas à se plier à l'obligation du 1 % de l'intégration des arts. «Vous me l'apprenez», avoue Marc Boucher, lorsque rejoint par Le Soleil, hier. 

M. Boucher ne peut confirmer si la défunte mairesse était au courant ou pas, mais «pour elle, les arts, en particulier la peinture, c'était quelque chose de très important. Il n'est pas défendu d'avoir du goût», ajoute M. Boucher, qui ne décolère pas quant à l'idée de Régis Labeaume de peut-être vendre une partie «du patrimoine des gens de Québec».

Le goût pour la peinture

La porte-parole du ministère de la Culture, Annie Legruiec, a confirmé au Soleil, hier, qu'effectivement, les achats en art de Mme Boucher ne répondaient pas à la politique du 1%, par rapport à laquelle elle n'avait aucune obligation.

Même confirmation à la Ville de Québec, où l'on souligne que l'ancienne mairesse avait tout de même décidé d'intégrer des oeuvres d'art à son projet, même si elle n'y était pas obligée.

«Mme Boucher avait un goût assez sûr en matière de peinture», souligne la conseillère Francine Lortie, aussi présidente de l'arrondissement de Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge, qui voit dans la démarche d'Andrée Boucher un désir d'aller «dans le sens» de la politique du 1%. 

Quant à savoir si elle considère, comme Marc Boucher, qu'on pourrait perdre, avec la vente des oeuvres, un peu du patrimoine choisi par l'ex-mairesse et trahir sa mémoire, Mme Lortie préfère ne pas se prononcer.

Avec Ian Bussières

  

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