Une première année éreintante pour le chef de police de Québec

Michel Desgagné a dû composer avec les manifestations... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Michel Desgagné a dû composer avec les manifestations étudiantes dès sa première année à la tête de la police de Québec.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Michel Desgagné souffle sa première chandelle comme chef de police de Québec. Une année difficile marquée par le «printemps érable», des restrictions budgétaires et des coupes dans l'effectif vivement critiquées par le syndicat.

«Si l'année peut finir», lance le directeur, mi-sourire et quelque peu soulagé. Le 5 décembre, ça fera un an jour pour jour qu'il a été assermenté dans des conditions particulières. Il remplaçait alors le précédent directeur et ami, Serge Bélisle. Ce dernier avait quitté ses fonctions en octobre après avoir appris être atteint d'un cancer du cerveau.

«Ç'a été une situation assez émotive dans le contexte. Mais j'apprécie que les gens se soient ralliés à moi», explique M. Desgagné. Un an plus tard, il retient surtout que ses fonctions l'obligent à assumer seul les conséquences des décisions prises.

«Je me souviens des propos d'un ancien directeur qui me disait : "Tu vas mettre le trouble dans la rue, et c'est moi qui est pogné avec ça." Aujourd'hui, c'est à mon tour. Je travaille sans filet de sécurité.»

Et ça, il l'a appris rapidement. Dès le début de 2011, la réalité budgétaire a rattrapé son service. «À l'automne 2011, on a gardé plus de policiers temporaires pour l'hiver.

Ça a grugé notre budget plus vite que prévu. On a fait des mauvais choix», admet le directeur. Il a aussi dû jongler avec 8 millions $ en heures supplémentaires dont un million est attribuable seulement aux manifestations étudiantes du printemps.

Difficile coupe

«On a dû prendre des décisions difficiles pour recadrer l'organisation», conclut M. Desgagné, faisant référence notamment à la coupe de 58 policiers temporaires annoncée en juillet. Une situation qui a amené une vive critique syndicale. Les deux parties se sont d'ailleurs souvent contredites sur la place publique concernant la réelle ampleur de ces coupes. Le syndicat allègue que les services à la population en souffriront.

«Ce n'est pas vrai, ça, réitère le chef. M. Lerhe s'est donné un agenda communicationnel que j'ai des fois de la misère à comprendre. Malgré tout ce qui se dit, on a de bonnes relations», précise-t-il. Du même souffle, il a tenu à féliciter le travail de ses troupes dans le contexte de restriction. «Le faible taux de criminalité, c'est eux. Ce n'est pas moi, ça.»

Et que réserve 2013? Beaucoup de pain sur la planche. «Il faut continuer à se questionner, à être visionnaire et à s'adapter à l'essor de la ville et à la criminalité émergente. «C'est quoi le Plan Nord pour la Ville de Québec? On va sûrement être une plaque tournante avec le port et l'aéroport», illustre-t-il.

Un des dossiers à suivre sera celui de l'arrêt en mars des fonds fédéraux alloués à l'Escouade régionale mixte gang de rue. Un manque à gagner de 1 million $.

«On travaille déjà sur un plan B avec le ministère de la Sécurité publique. Est-ce que ça va rester dans sa forme actuelle, je ne sais pas. Ce qu'on souhaite surtout est de maintenir la collaboration entre notre service et les autres corps policiers et poursuivre l'échange de renseignements criminels.»

La police des polices, une loi inutile?

Michel Desgagné veut bien se plier au souhait du gouvernement de créer un bureau indépendant d'enquêtes composé de civils et d'anciens enquêteurs pour enquêter des événements impliquant des policiers durant lesquels un citoyen est blessé ou décède. Cependant, il persiste à dire qu'il n'en fallait pas tant. «Je n'ai jamais eu aucune crainte sur l'intégrité des services de police qui enquêtent sur les membres d'autres corps policiers», indique-t-il, en référence au modèle existant. «À mon avis, et je l'ai transmis au ministère [de la Justice], c'est simplement que les enquêtes manquaient de transparence au niveau communicationnel.» Il aurait donc fallu que les conclusions des rapports soient divulguées au public, même si aucune accusation n'était portée. Ce que le ministère de la Justice a toujours refusé de faire. Il en a également contre le vocabulaire employé lorsque sont traités des événements impliquant des policiers. «Avant même la confection d'un rapport, on parle de "bavure policière" et de "scène de crime". On est autorisés à utiliser la force et à utiliser les armes par les lois. Ça ne veut pas dire qu'il y a bavure», se désole-t-il.

Le chef veut virer à droite plus souvent

Il y a encore trop d'intersections à Québec où les automobilistes ne peuvent tourner à droite au feu rouge, considère Michel Desgagné. Il serait donc en faveur d'une révision à la baisse du nombre d'intersections qui présentent une restriction en tout temps ou pendant certaines heures du jour. «Ça nous est tous arrivé d'être à une intersection à 21h55 et se dire : "S'il était 22h, je pourrais tourner."» Il croit cela possible, surtout que le bilan routier de mi-année qu'il a consulté en juillet s'est amélioré par rapport à 2011. «Ce n'est pas comme à Montréal où ils ont beaucoup d'accidents voitures-piétons.» Le virage à droite au feu rouge est d'ailleurs interdit dans la métropole.

Conflit étudiant: prêt à témoigner

La demande d'associations étudiantes et d'une trentaine d'autres organismes pour la tenue d'une commission d'enquête publique sur les opérations policières pendant le conflit étudiant n'émeut pas le chef Desgagné. «J'irais témoigner avec assurance du travail de nos policiers. On l'a fait dans une juste mesure. Nos unités de contrôle de foule ont été capables de doser», lance-t-il sans ambages. «S'il faut que les policiers se croisent les bras et laissent faire l'anarchie, où s'en va-t-on? Je suis prêt à défendre notre bilan, notre gradation de la force et nos façons de faire», poursuit le directeur. Selon lui, il faudrait plutôt une «commission d'enquête sur la situation sociale dans laquelle on est actuellement».

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