Dans son rapport rendu public, jeudi matin, le coroner Martin Clavet a tenté de reconstituer les 57 secondes du saut fatal, qui se faisait sous la supervision d'un entraîneur, mais aussi les heures qui l'ont précédé.
C'était une journée chargée, partagée entre du badminton à Valcartier à l'heure du midi et un saut prévu à 15h à Saint-Jean-Chrysostome. L'enquête révèle que la victime était en retard de 40 minutes sur son rendez-vous. Elle n'avait qu'une vingtaine de minutes pour se préparer et elle semblait pressée.
«On peut se demander si son niveau de concentration et son état d'esprit avant le saut, et son caractère parfois téméraire selon ses proches, lui ont permis d'être pleinement conscient de la situation afin de réagir à l'urgence de façon prompte et efficace», écrit le coroner à propos de cet ancien militaire de 37 ans, devenu courtier immobilier.
«Il est troublant de constater que les gens de chez Parachutisme Atmosphair, étant responsables de la pratique sécuritaire du parachutisme à cette école, n'ont pas tenu compte de ces éléments chez Patrick Lamy et n'ont pas envisagé de remettre son saut à un autre moment», ajoute-t-il.
De plus, lors de son saut, M. Lamy a fait face à des conditions atmosphériques avec lesquelles il n'a su réagir adéquatement. «L'analyse confirme qu'il n'a pas activé son parachute principal durant la chute. Son passage dans les nuages a pu causer une certaine désorientation, et le port de gants a pu rendre difficile la perception tactile de la poignée d'extraction du parachute principal. Un état d'angoisse s'est probablement alors installé», écrit le coroner dans son rapport.
Dispositif défaillant
En dernier recours, le parachutiste peut toujours se fier à son parachute d'urgence. Le coroner émet une hypothèse sur ce qui a pu se produire dans les derniers instants en raison de la panique. «Patrick Lamy a saisi par erreur, forcé et déformé la gaine de guidage métallique du câble de la poignée d'activation du parachute de secours, la confondant avec la poignée. Il est parvenu à manipuler la poignée d'activation dans les derniers instants, possiblement à une cinquantaine de pieds au-dessus du sol qu'il a heurté avec violence, à près de 230 km/h.»
Mais même s'il n'a pu activer à temps le parachute de secours, celui-ci aurait dû s'ouvrir de façon automatique à un peu plus de 1000 pieds. L'expertise du dispositif d'appoint qui permet l'ouverture automatique démontre qu'il était défaillant. Habituellement, des composants électroniques permettent d'amorcer une guillotine qui coupe la bouclette de fermeture du parachute de secours à l'aide d'une lame. Dans ce cas-ci, la lame étant manquante.
À la suite de cet accident, le coroner a émis des recommandations auprès de l'entreprise visée pour améliorer l'encadrement et la préparation des sauts. Il a aussi demandé à l'Association canadienne de parachutisme sportif de diffuser son rapport.
RÈGLES RESSERRÉES
«Je lisais le rapport et j'en avais des frissons. C'est comme si tous les éléments étaient rassemblés pour que ça arrive.»
Francis Belzile est l'actuel propriétaire de Parachutisme Atmosphair, entreprise avec laquelle la victime effectuait ses sauts. Il est pantois devant la chaîne d'événements qui a conduit à ce décès.
Au moment de l'accident, il n'était pas encore propriétaire de l'entreprise. Depuis, souligne-t-il, les règles ont été resserrées. «La personne qui se présente 20 minutes avant le saut, elle ne saute pas. Dans les nuages, on ne saute pas. On ne s'est pas fait aimer lorsque nous sommes arrivés. Plusieurs parachutistes qui sautaient chez nous ont décidé d'aller ailleurs. Ce qui est arrivé à Patrick, on ne veut plus que ça se produise.»
En ce qui a trait au dispositif d'appoint du parachute d'urgence, celui inclus dans l'équipement loué par la victime était le seul défaillant. «Nous avions six dispositifs d'appoint qui ont fait l'objet d'un rappel [283 au total] par la compagnie à la suite de l'accident. Après vérification, celui de Patrick était le seul dont la lame était manquante», se désole M. Belzile.
Depuis, l'entreprise en cause, Advanced Aerospace Designs, conseille de vérifier la présence de la lame en apposant un aimant sur le dispositif pour s'assurer qu'il est bien en place. L'absence de la lame serait due à une erreur humaine lors de la fabrication.