Le groupe Facebook comptait 370 membres, la plupart de la grande région de Québec. La nouvelle de son existence en a choqué plusieurs. Le Conseil du statut de la femme et le Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale ont même dénoncé la situation.
Le Soleil a rencontré, lundi, un des militants à l'origine du démantèlement du groupe. «On a été mis au courant un peu avant que les médias ne divulguent vendredi l'existence de cette page. On a décidé de saboter ce groupe-là en sachant très bien que ça continuerait ailleurs, mais probablement avec une vague moins forte», espère celui qui préfère garder l'anonymat.
Selon lui, il fallait rapidement «agir pour freiner son expansion». «Avec Facebook, on peut signaler la page [discours incitant à la haine], mais ça peut prendre quatre à cinq mois avant qu'ils ne la ferment.»
Ces anonymes ont d'abord infiltré le groupe en devenant membres. Ils ont ensuite recueilli les informations sur tous ceux qui y avaient adhéré, notamment les administrateurs, avant de supprimer la page.
Enfin, ils ont publié la liste des membres et leur photo ainsi que les numéros de téléphone et les adresses des administrateurs sur le site Internet Fachowatch.com. Le même site qui avait dénoncé au printemps les commentaires haineux de militaires pendant le conflit étudiant.
«Défouloir grossier»
Les membres du groupe Toutes des folles étaient exclusivement masculins. D'ailleurs, une femme qui avait réussi à devenir membre - on ne sait trop comment - avait reçu comme toute réponse à un de ses commentaires : «Ta gueule, dans le cul, pas de bave», raconte notre interlocuteur, visiblement dépassé par ce qu'il appelle «un défouloir assez grossier».
Il dénonce aussi le fait que, selon lui, on y faisait «l'apologie du meurtre et de la violence conjugale». «Oublier pas qu'il y a Moins cher que le divorce : un coup de pelle et un trou dans le jardin!!! [sic]», écrit un membre. «ma te le dire le truc avec une femme, c une bonne volée par semaine toi tu sais pas pourquoi mais elle le sait [sic]», raconte un autre. Un troisième sent le besoin d'en rajouter. «Si meme en crissant une volee a ta blonde une fois par semaine a se dompte pas... Tire la d'in marche!! Sa marche a toute les coups!!!! [sic]»
Et que penser des commentaires : «Allez, appelle la police, elle ne pourra pas te "dé-violer"» ou encore : «Une femme est à son meilleure lorsqu'elle a consommé du GHB», en référence à la drogue du viol.
«Ceux qui disent que c'est de l'humour, ce n'est pas vrai. Il y a des bornes qui ont été largement dépassées. C'est de banaliser carrément de la violence faite envers les femmes», s'indigne le militant.
Le groupe était assorti depuis juillet dernier d'un site Internet officiel à l'adresse Toutesdesfolles.com, maintenant fermé par l'administrateur. On y faisait la promotion d'autocollants pour automobiles vendus sur ebay et dans un commerce de Québec. L'autocollant comporte les lettre TDF associées à... vous savez quoi. Il y a aussi la variante : «TDF, sauf ma mère».
Selon ce qu'a constaté Le Soleil, la majorité des membres sont des jeunes hommes dans la vingtaine. Sur plusieurs profils apparaît le nom de l'employeur des membres. Au moins deux d'entre eux travaillent à la Ville de Québec et un autre est cadre chez Hydro-Québec.
L'action menée contre le groupe Toutes des folles avait pour but d'alerter l'opinion publique même si l'effet pervers est d'en faire, du même coup, la promotion. Entre le premier reportage diffusé vendredi et la fermeture de la page, le nombre de membres était passé de 370 à 562. Plusieurs nouveaux inscrits s'y étaient rendus par curiosité.