Juillet 1985: une conversation étonnante avec Serge Lefebvre

Serge Lefebvre lors de son arrestation... (Photothèque Le Soleil)

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Serge Lefebvre lors de son arrestation

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(Québec) Michel Truchon était journaliste aux faits divers pour Le Soleil lorsque Serge Lefebvre a abattu deux de ses confrères en devoir. En arrivant sur les lieux de l'événement, il croise le sergent Lefebvre et échange quelques mots avec lui. Une courte conversation étonnante, dont il a tiré l'article, publié le 6 juillet 1985, que nous reproduisons ici intégralement.

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«Mais qu'est-ce qui se passe donc ici?», a dit Serge Lefebvre

par Michel Truchon, Le Soleil

«Mais, qu'est-ce qui se passe donc ici?» Il est environ 5h10, mercredi matin, sur la rue Léon-Harmel dans le parc industriel Jean-Talon nord. Une dizaine de voitures de la police de Québec encerclent l'édifice où deux policiers viennent de trouver la mort.

La question est posée par le sergent Serge Lefebvre, de la police de Sainte-Foy. C'est à moi qu'il s'adresse, après s'être entretenu quelques instants avec un policier de Québec.

Je lui réponds que je viens d'arriver sur les lieux, que les informations que je détiens à ce moment me permettent de dire que deux policiers de Québec ont été abattus en répondant à une plainte pour un système d'alarme et qu'ils sont probablements morts.

«Ça n'a pas de sens...», répond le sergent Lefebvre, un policier que j'ai souvent eu l'occasion de rencontrer au cours des dernières années.

Je suis surpris que la police de Sainte-Foy n'ait pas encore été avisée de ce crime commis juste à la limite de son territoire, une quarantaine de minutes plus tôt.

Le sergent Lefebvre ne fait pas plus de commentaire et s'éloigne au volant de la voiture de police.

Je le suis et nous tournons à gauche, sur la rue Volta. Au bout de cette impasse, l'officier de Sainte-Foy s'arrête à la hauteur d'une voiture de police de Québec et échange quelques propos avec les deux agents. Je m'approche à mon tour, mais on me signifie que je dois circuler.

La Ford du sergent Lefebvre me précède et tourne elle aussi à gauche sur la rue Lavoisier, pour s'éloigner vers l'est. Je ne devais plus le revoir.

Une trentaine de minutes plus tard, je parle à deux autres policiers de Sainte-Foy qui passent sur Léon-Harmel. Ils ne savent pas ce qui se déroule et à leur tour je les mets au courant de la situation. Le sergent ne les avait pas prévenus.

Cette rencontre avec Serge Lefebvre était banale. Quoi de plus normal, en effet, que de rencontrer un policier sur la scène d'un crime aussi important. En arrivant sur la rue Léon-Harmel, il était en uniforme, seul dans la familiale Ford Crown-Victoria généralement utilisée par les sergents.

Habituellement jovial, l'homme avait la mine grave ce matin-là. Mais ce n'était pas l'endroit ni le moment de sourire, d'échanger des plaisanteries.

L'annonce, hier, que le sergent Serge Lefebvre était le principal suspect concernant le meurtre des agents Jacques Giguère et Yves Têtu, m'a sidéré, au même titre sans doute que tous ceux qui ont appris la nouvelle.

«Qu'est-ce qui se passe donc ici?» Je me souviendrai sans doute toujours de cette question.

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