Le 15 novembre 2007, deux fiers-à-bras se rendent, sous les ordres de Larose, dans les anciens locaux du commerce de M. Paré, dans Vanier, pour lui administrer une violente correction. Pour rencontrer l'homme d'affaires, un des deux délinquants s'était fait passer pour un client qui voulait obtenir une évaluation pour teinter les vitres de sa voiture.
«Cette journée-là, je pensais que je mourrais», a raconté M. Paré, lorsqu'il a accepté de rencontrer Le Soleil. «Dans ma tête, je pensais que j'étais en train de me faire tuer. J'ai fini par supplier les gars : "Lâche-moi, tu vas me tuer!" Je leur disais : "J'ai un fils!"»
Comme d'autres entrepreneurs de Québec travaillant dans le commerce des vitres teintées, M. Paré a eu affaire à Larose quand ce dernier s'est installé à Québec sous la bannière X Vitres Teintées.
Au début de l'année 2007, Yannick Larose appelle M. Paré pour lui demander de changer le nom de sa jeune entreprise, car il ressemble beaucoup au nom de la sienne. À l'époque, les deux hommes d'affaires ont un logo similaire, soit un gros X rouge.
«On s'en vient à Québec, il faudrait que tu changes ton logo», aurait dit Larose à M. Paré. «Change de nom de compagnie, parce que nous, on s'en vient.»
M. Paré refuse de se rendre à cette demande, mais accepte tout de même de rencontrer Larose afin de discuter d'un éventuel mariage des deux entreprises. Du point de vue des affaires, l'offre de Larose semble alléchante, mais M. Paré la rejette tout de même, quelques heures après leur tête-à-tête.
«Tu fais affaire avec lui [Larose], tu fais 10 fois plus d'argent du jour au lendemain, explique M. Paré. Tu payes ton stock même pas moitié prix.»
Malgré tout, M. Paré ne voulait pas céder à un gars de Montréal les rênes de son entreprise qui lui permettait de faire vivre sa famille. Ce qui l'agaçait notamment, c'est qu'il perdait le contrôle de la comptabilité de son commerce, qui serait alors effectué à Montréal.
«Yannick m'a alors dit : "Si t'embarques pas, on va te faire fermer. Partout où on passe, on ramasse tout."»
Les deux hommes d'affaires ne se parlent pas durant plusieurs mois. Pendant ce temps, les rumeurs circulent sur les méthodes agressives de Larose pour s'emparer du marché de la vitre teintée partout au Québec.
Et survient la fameuse agression du 15 novembre 2007, au cours de laquelle M. Paré croit que ses derniers instants sont arrivés. Pendant de longues minutes, les deux agresseurs le rouent de coups de pied et le frappent à la jambe au moyen d'un deux-par-quatre. Pour qu'ils arrêtent, il fait semblant d'avoir la jambe cassée.
Ils lui volent aussi sa liste de clients. Avant de partir, les agresseurs lui font bien comprendre qu'il ne doit pas appeler la police. Pourtant, les policiers de Québec apparaissent quelques minutes plus tard.
Des policiers d'ailleurs qui ne croient pas vraiment la version de M. Paré. Ce dernier leur raconte qu'il vient de se faire battre pour le compte d'un gars qui veut prendre le contrôle de son entreprise, mais les policiers, dit-il, semblent croire qu'il vient de se faire tabasser parce qu'il a couché avec la blonde d'un autre gars ou qu'il est impliqué dans le trafic de drogue.
Cependant, rapidement, les enquêteurs de la Sûreté du Québec entrent en contact avec lui pour avoir sa déposition. Et Larose sera plus tard accusé pour l'agression subie par M. Paré.
En béquilles et incapable de travailler durant un mois et demi, M. Paré craint pour sa sécurité et celle de sa famille. Surtout qu'il continue de travailler pour son entreprise dès qu'il le peut et qu'il ne cède pas à la menace. Il traîne un bâton de baseball presque partout où il va.
«J'ai pas dormi durant une année. Toutes les nuits, je me levais avec mon bat de baseball et je faisais le tour de la maison. J'entendais des bruits. La maison craque, je me levais, je faisais le tour et je checkais dans les fenêtres. Dans ma tête, ils allaient revenir pour me tuer, parce que j'ai continué à en faire [de la vitre teintée]. J'étais en béquilles et j'allais travailler quand même.»
Quelques semaines après l'agression, Yannick Larose appelle M. Paré, et le somme de cesser de colporter la «rumeur» que c'est lui qui a commandé l'attaque. Au cours de la même discussion, M. Paré dit à Larose qu'il a changé son nom d'entreprise pour Pro-Tech-Sol et qu'il compte délaisser progressivement l'esthétique automobile pour regarder du côté du marché des vitres teintées dans les immeubles commerciaux.
«Il [Larose] m'avait toujours dit que le commercial, ça l'intéressait pas», explique M. Paré.
M. Paré l'avoue : l'agression dont il a été la cible l'a incité à réorienter son entreprise. Il craint encore aujourd'hui les représailles de Larose.
«C'est sûr qu'il va avoir une rancune longtemps contre nous autres, a indiqué M. Paré. Il va en prison, c'est un peu à cause de nous autres, à Québec.»
Les agresseurs déjà dehors
Les agresseurs de Pier-Luc Paré, Alain Jubinville et Éric Meunier, ont reçu et ont déjà purgé la peine de prison qui leur a été imposée. Ces deux hommes ont aussi tenté de s'en prendre à Christian Bouchard dans les anciens locaux de l'entreprise Réflex Teinte, le 4 avril 2008.
En octobre 2010, Jubinville, 31 ans, a été condamné à une peine de 90 jours d'emprisonnement à être purgée les fins de semaine à la prison de Saint-Jérôme. Il a dû payer une suramende de 300 $, effectuer 200 heures de travaux communautaires dans un délai de 18 mois et il doit respecter une période de probation de trois ans.
Pour sa part, Meunier avait coupé court aux procédures judiciaires, en plaidant coupable le 14 novembre 2008 à trois des cinq chefs d'accusation qui avaient été portés contre lui. Le même jour, l'homme de 29 ans a reçu une peine de neuf mois d'emprisonnement ferme et une période de trois ans de probation à respecter.
Pour les deux délinquants, les accusations d'agression armée contre Pier-Luc Paré ont été abandonnées par le ministère public.