M. Hébert pensait pouvoir s'en tirer en faisant souffler son passager, un adolescent, chaque fois que l'appareil exigeait un échantillon d'haleine. Or, les policiers, qui avaient remarqué sa conduite erratique, l'ont intercepté au coin des rues Notre-Dame et du Couvent à L'Ancienne-Lorette. Amené au poste, le conducteur a échoué à l'alcootest avec quelque 240 milligrammes d'alcool dans le sang, ce qui correspond à un état d'ivresse avancée (trois fois la limite de 0,08).
Faisant face à des accusations de conduite avec facultés affaiblies, M. Hébert demeure détenu depuis son arrestation. Il aura droit à son enquête sur remise en liberté aujourd'hui.
À la Société de l'assurance automobile du Québec, on se dit surpris de l'incident. En 15 ans d'existence du programme d'antidémarrage, il s'agirait de la première arrestation dans de telles circonstances. «Mais ce n'est sûrement pas la première personne qui fait souffler quelqu'un d'autre dans le dispositif», admet Claude Larivière, analyste en matière d'alcool à la société d'État.
Est-ce à dire que le programme inefficace? Absolument pas, soutient le spécialiste. «À ce jour, 87 000 participants au Québec ont utilisé l'appareil pour une durée moyenne de 10 mois. Ils ont soufflé des dizaines de millions de fois dans le dispositif, et on ne recense que très peu d'incidents.»
«Il faut se rendre à l'évidence, poursuit M. Larivière. La personne paie pour se faire installer un antidémarreur, elle paie pour se rendre légale. Si elle ne veut pas être légale en faisant souffler quelqu'un d'autre, elle n'a pas besoin d'appareil pour ça. Elle n'a qu'à conduire n'importe quelle autre voiture sans son permis.»
La personne prise en faute qui souhaite reprendre le volant en toute légalité doit effectivement assumer la totalité des frais liés à l'installation et à l'entretien du détecteur d'alcool sur sa voiture. Ce montant peut varier, selon la situation et la durée du programme, de 1200 $ à 5300 $. Son permis de conduire est également valide uniquement pour le véhicule en question.
«Le programme, c'est pour permettre à quelqu'un de conduire légalement malgré une sanction pénale dans des situations restreintes. Ce n'est pas une cage de verre, on ne peut pas empêcher les gens d'essayer de contourner le système.»
Selon M. Larivière, il suffit d'avoir vu le conducteur fournir un échantillon d'haleine à plusieurs reprises pour savoir comment l'utiliser l'appareil. «Les proches sont plus susceptibles de souffler à la place du conducteur, mais il s'agit d'une question de responsabilité. Ça prend quelqu'un qui n'a pas vraiment conscience de ce qu'il fait pour souffler à la place du chauffeur si celui-ci a consommé.»
Selon nos informations, le passager de M. Hébert était âgé de 15 ans. Aucune accusation n'a été portée contre lui. À l'heure actuelle, environ 11 000 véhicules munis d'un antidémarreur éthylométrique se promènent sur les routes du Québec. Avec la collaboration de Richard Hénault