La prison réclamée pour un père dévoué... en cavale

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(Québec) Le ministère public n'en démord pas: Stéphane Racine, cet homme qui a travaillé d'arrache-pied pour faire vivre ses cinq enfants et sa conjointe durant sa cavale de sept ans, mérite une peine d'emprisonnement de 18 mois pour les délits commis pendant les deux années où il vivait sous une autre identité.

À l'opposé, l'avocat de l'accusé, Me Bernard Gauthier, tient mordicus à ce qu'il puisse purger sa peine dans la collectivité afin de continuer à subvenir aux besoins de sa maisonnée. Le juge Pierre Rousseau n'a pas caché que le fait qu'on le place en quelque sorte devant le fait accompli le met mal à l'aise. Avant de prendre l'affaire en délibéré, il a prévenu qu'«il faut assumer ses choix».

En 2002, l'individu de 43 ans de Saint-Augustin avait été libéré du centre de détention pour assister au baptême du premier des cinq enfants, dont un handicapé, que sa conjointe alors âgée de 17 ans allait lui donner. On ne l'a toutefois pas revu par la suite. En 2009, Racine a été condamné pour cette liberté illégale.

Entre 2002 et 2007, il a vécu sous sa propre identité. Durant les deux années suivantes, il empruntait celle d'une connaissance. Test de polygraphe réussi à l'appui, Racine soutient qu'il «louait» l'identité de cet homme puisqu'il le rémunérait pour ce faire.

Le procureur de la Couronne, Me Steve Magnan, a reconnu ne pas être en mesure de prouver le contraire. Selon lui, cependant, une peine s'impose pour les fraudes aux dépens de diverses entreprises commises à l'aide de cartes émises au nom de l'autre homme. Les pertes de ces entreprises s'élèvent à 5700 $.

«Faut que je travaille!»

Devenu entrepreneur employant quatre personnes, Racine a affirmé qu'il avait besoin de cette fausse identité pour travailler, mais Me Magnan lui a fait admettre qu'il voulait aussi éviter de se retrouver de nouveau derrière les barreaux, peut-être pour une longue période. «Je voulais faire vivre ma famille, a déclaré l'inculpé. Avec la gang que j'ai à la maison... Ça me coûte 350 $ par semaine juste en épicerie. Faut que je travaille!»

L'homme dit travailler de 60 à 65 heures par semaine pour boucler le budget familial, ce que sa jeune conjointe a confirmé. Il s'est dit prêt à rembourser jusqu'au dernier cent les entreprises victimes de ses fraudes.

«Mes enfants m'ont sauvé la vie, j'ai changé à cause d'eux», a lancé celui qui consommait drogue et alcool avant 2002. Aujourd'hui, il est complètement sobre et il ne fréquente plus les mêmes amis.

Réhabilitation

En plaidoirie, Me Magnan a reconnu ne pas être insensible à la situation hors du commun de Racine. Mais toute l'affaire aurait pu être évitée, a ajouté le procureur. «Il n'était pas obligé de frauder pour faire vivre sa famille!» a-t-il plaidé.

Répétant que Racine a commis ses délits pour subvenir aux besoins de sa famille et qu'il ne s'est aucunement enrichi, Me Gauthier a même suggéré que sa peine soit de deux ans moins un jour, mais qu'elle soit purgée dans la collectivité. «C'est maintenant un homme honnête, a affirmé l'avocat. Sa réhabilitation est majeure et la prison le découragerait. Et s'il continue à travailler, il pourra rembourser les victimes.»

Le juge Rousseau y réfléchira jusqu'au 10 octobre.

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