Selon une source policière, des enquêteurs de la Sûreté du Québec affectés au crime commis cet été à Saint-Louis-de-Blandford se sont activés en Beauce ces derniers temps, cherchant à établir un lien entre les deux événements. D'autres sources de l'industrie acéricole ont par ailleurs indiqué au Soleil que «l'enquête progresse rapidement» et que «des arrestations pourraient survenir dans les prochains jours».
Responsable du dossier, la Sûreté du Québec (SQ) demeure quant à elle avare de commentaires pour ne pas nuire à l'enquête sur ce qui pourrait être l'un des plus gros cambriolages en matière d'importance financière à être survenus au Québec.
Plusieurs personnes croient par ailleurs que la liste des coupables potentiels n'est pas bien grosse et ne comprend guère qu'une dizaine de noms. Le volume de sirop dérobé, qui pourrait atteindre les 10 millions de livres d'une valeur de 30 millions $ selon des chiffres qui restent à être confirmés, nécessite en effet une capacité de prise en charge d'envergure industrielle.
Pour transporter le contenu des 16 000 barils que cela représente, il faudrait compter environ 175 camions-remorques, dont le contenu doit ensuite être caché dans un endroit approprié. Par la suite, il faut avoir accès aux clients en mesure d'acheter d'importantes quantités à la fois.
Simon Trépanier, directeur adjoint de la Fédération des producteurs acéricoles, croit cette thèse plausible.
«Je ne suis pas dans la peau de la SQ, mais ce sont des gens qui connaissent le sirop [qui ont commis le crime], c'est pas quelqu'un dans sa cabane qui prépare sa saison des sucres. Est-ce que ça a pu aboutir chez un transformateur en bout de ligne? Poser la question, c'est y répondre.»
Or, précise-t-il, des 80 acheteurs autorisés que compte le Québec, seule une dizaine sont assez importants pour assurer la prise en charge et l'écoulement d'une telle quantité de sirop.
En 2006, à Scott
En 2006, des malfaiteurs se sont emparés de 600 000 livres de sirop d'une valeur d'un peu plus de 1 million $ dans un entrepôt de Scott.
Contrairement à cet été, le vol ne s'est pas déroulé dans un secteur isolé, mais en plein coeur du village. Mais comme l'entrepôt était partagé avec d'autres locataires, il était habituel d'y voir circuler un grand nombre de camions.
La marchandise était sous le contrôle du Regroupement pour la commercialisation des produits de l'érable du Québec. L'organisation étant alors en pleine liquidation judiciaire et sous le contrôle d'un séquestre, les lieux n'étaient pas nécessairement surveillés de près, explique M. Trépanier.
À l'époque, les policiers ont suivi une piste, rapporte-t-il, mais le manque de preuves a empêché le dépôt d'accusations. Les assurances avaient finalement remboursé la Fédération, à qui la gestion avait entre-temps été transférée.
Des barils remplis d'eau
La Fédération a complété cette semaine l'inventaire de ce qui reste de sirop dans l'entrepôt de Saint-Louis-de-Blandford. Selon Simon Trépanier, qui ignorait hier les données finales, il y avait un nombre limité de barils vidés de tout contenu (c'est ce qui a permis de découvrir le méfait), mais un nombre beaucoup plus important dans lesquels le précieux liquide avait été remplacé par de l'eau. C'est ce qui complique l'évaluation de la fraude, puisque c'est d'abord au poids - le sirop est plus pesant que l'eau - que se fait une première appréciation.
Devant cette situation, la Fédération doit par ailleurs décider si elle doit ou non pasteuriser de nouveau tout le sirop restant, au cas où les barils auraient été ouverts. La réponse à cette question influencera également le montant qui sera réclamé aux assureurs.
M. Trépanier rappelle que l'entrepôt de Saint-Louis-de-Blandford était loué de façon temporaire, en attendant que la nouvelle installation achetée par le syndicat à Laurierville soit complètement aménagée. Selon lui, tant cet entrepôt que celui situé à Saint-Antoine-de-Tilly, qui sont la propriété de la Fédération, bénéficient de mesures de sécurité de pointe.
Chose certaine, l'ensemble de ces informations laisse croire que les voleurs connaissaient bien l'environnement dans lequel ils travaillaient, et qu'ils ont eu beaucoup de temps pour procéder.