Alcool au volant: le système de justice trop clément, selon des parents de victimes

Les parents de Caroline Fortier, Daniel Fortier et... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Les parents de Caroline Fortier, Daniel Fortier et Diane Vachon, ainsi que les parents de Nadia Pruneau, Guylaine Bédard et Richard Pruneau, souhaitent faire comprendre aux jeunes qu'il faut éviter les décisions irréfléchies reliées à l'alcool au volant.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Les parents de deux adolescentes mortes en Beauce à l'été 2011 dans un accident de la circulation continuent leur croisade afin d'inciter les jeunes à ne pas conduire en état d'ébriété et à ne jamais monter dans une voiture conduite par une personne enivrée.

Au cours de la fin de semaine, les parents de Caroline Fortier et de Nadia Pruneau seront au comptoir de MADD (Mères contre l'alcool au volant) de la Beauce à l'Exposition de Saint-Prosper, afin d'amasser des fonds pour cet organisme. Ils souhaitent aussi parler aux jeunes et leur faire comprendre qu'il faut éviter les décisions irréfléchies reliées à l'alcool au volant.

«On dit toujours à nos jeunes: "Si t'as bu, tu conduis pas"», souligne la mère de Caroline, Diane Vachon, lors d'une entrevue avec Le Soleil. «Quand est-ce qu'on leur dit: "Si t'as bu, embarque pas avec quelqu'un qui est chaud. Appelle-moi"? Ça, on leur dit pas.»

Nadia et Caroline ont commis une erreur fatale dans la nuit du 17 juin 2011 quand elles ont décidé de monter dans la voiture conduite par Tommy Lacasse. Ce dernier a été impliqué dans une violente sortie de route à Sainte-Aurélie, vers 4h, ce qui a causé la mort de Caroline et de Nadia. Celle-ci avait eu 18 ans sur le coup de minuit.

Quelques semaines plus tard, le jeune Lacasse était arrêté et il doit depuis faire face à de nombreux chefs d'accusation, dont conduite avec les capacités affaiblies causant la mort.

Le père de Nadia, Richard Pruneau, croit à l'importance de l'activité de prévention qui a lieu en fin de semaine à Saint-Prosper. Les parents avaient aussi décidé de faire du raccompagnement après le dernier après-bal des finissants de la polyvalente des Abénaquis. Les mères des deux filles se sont aussi rendues à cette école en mai dernier, afin de raconter leur histoire aux élèves.

«Ce sont des gestes concrets comme ça que l'on pose en mémoire de nos filles», ajoute M. Pruneau.

Et pendant qu'ils mènent toutes ces initiatives, ces parents se sentent bien seuls. Ils se sentent abandonnés par un système de justice qui leur semble trop lourd et beaucoup trop clément pour les criminels et les accusés. Lacasse est toujours en liberté aujourd'hui, et ce, même s'il n'a pas respecté à au moins deux reprises une de ses conditions de remise en liberté.

Lacasse remis en liberté

Il y a quelques semaines, le juge Carol Saint-Cyr a accepté de remettre Lacasse en liberté, et ce, même s'il ne s'était pas présenté au poste de la Sûreté du Québec, comme il devait le faire tous les vendredis. La mère de Lacasse a expliqué au juge qu'elle et son fils avaient oublié de se rendre au poste, parce qu'ils avaient eu de la visite. Une excuse qui a fait bondir les parents de Caroline, qui étaient dans la salle du palais de justice de Saint-Joseph-de-Beauce.

«Comment tu peux oublier que ton gars a tué deux filles? Que c'est-tu fait pour oublier ça?» fulmine Mme Vachon.

Alors que la campagne électorale provinciale tire à sa fin, ces parents dénoncent aussi le fait que les partis n'ont pratiquement pas parlé des victimes d'actes criminels, de leur famille et du soutien financier qu'on pourrait leur apporter pour les aider à passer au travers de leur drame.

Les parents de Caroline ne travaillent pas pour le moment, car ils se sentent incapables de le faire, alors que la mère de Nadia, Guylaine Bédard, continue de travailler à temps partiel. Le père de Nadia s'est résigné à changer d'emploi, afin de ne plus devoir travailler à l'extérieur. Il occupe maintenant un boulot moins rémunérateur qui lui permet d'être à son domicile tous les soirs avec sa famille. «Nos politiciens, ils aiment les beaux projets. L'art, la culture, les colisées. Mais les petits payeurs d'impôt, on est une goutte d'eau dans l'océan», lance Mme Vachon.

Mme Bédard a d'ailleurs été très déçue de la performance des chefs aux différents débats télévisés, qui n'ont pas parlé du système de justice et des criminels.

«On écoutait les débats, et le système de justice, ils en parlaient pas beaucoup. Pourtant, il est loin d'être parfait.»

Ces parents souhaitent que les politiciens les écoutent davantage. Que les juges imposent des peines plus sévères à tout délit relié à l'alcool au volant. Et que la durée des procédures judiciaires soit écourtée le plus possible. Alors que le drame s'est produit en juin 2011, la date du procès de Lacasse n'est toujours pas fixée. «La procureure de la Couronne, elle fait ce qu'elle peut avec les moyens dont elle dispose», affirme Daniel Fortier, le père de Caroline. «C'est plus haut qu'il faut que ça change.»

«S'il [Lacasse] était en dedans, ça grouillerait plus que ça», a-t-il ajouté plus tard. «C'est parce qu'il est en liberté que ça niaise de même.»

La seule façon de faire bouger les gouvernements et d'obtenir des peines d'emprisonnement plus sévères, selon Mme Vachon, c'est que le maximum de familles qui ont perdu un proche en raison de l'alcool au volant se réunissent et fassent des actions communes. Dans leurs démarches, elle espère compter sur l'appui du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu et de l'avocat Marc Bellemare, deux hommes qui souhaitent que les tribunaux soient plus sévères avec les criminels.

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