Noyades à Thetford Mines: la veuve doute de la sécurité de la mine

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À droite sur la photo, Hélène Boutet, la veuve du plongeur Michel Marois, décédé en mai à la mine Flintkote.

Photo fournie par Hélène Boutet

Olivier Parent

Olivier Parent
Le Soleil

(Québec) La mort d'un plongeur de 47 ans à l'ancienne mine Flintkote, samedi, a ravivé les souvenirs d'Hélène Boutet, dont le mari est mort noyé au même endroit à Thetford Mines il y a deux mois. Au lendemain de la quatrième noyade en cinq ans dans cette carrière désaffectée, la veuve de Michel Marois met en doute la qualité du site prisé des adeptes de plongée.

Le 26 mai, Michel Marois, un père de famille de 49 ans, a perdu la vie lors d'une descente au site de l'ancienne mine. Le résidant de Beauport s'était rendu avec un ami à ce site reconnu pour la transparence et la couleur turquoise de l'eau.

Pour une raison encore inexpliquée, il est descendu soudainement à une profondeur de plus de 180 pieds lors de sa plongée. L'ami qui l'accompagnait s'était efforcé de le ramener aussitôt à la surface. Une policière sur les lieux du drame avait pratiqué les premières manoeuvres de réanimation et son décès avait été constaté plus tard à l'Hôtel-Dieu de Lévis. Une enquête est toujours en cours afin d'éclaircir les circonstances exactes de cet accident.

Deux mois presque jour pour jour après cette descente fatale, un plongeur de 47 ans a péri, samedi, dans les eaux du lac qui remplit maintenant la carrière d'amiante désaffectée. L'identité de la victime n'avait toujours pas été rendue publique, dimanche, par la Sûreté municipale de Thetford Mines.

La veuve de Michel Marois, Hélène Boutet, espère que ce deuxième décès en deux mois éveille la conscience des plongeurs qui convergent vers le site de Thetford Mines, localisé sur un terrain privé.

«Moi, en tout cas, je n'irais plus. Tant que le coroner n'aura pas sorti son rapport final disant c'est quoi les causes du décès, je pense qu'il y en a qui vont dire: "Ils ont eu un malaise". Je ne pense pas qu'ils mettent en doute la qualité du site. C'est dommage, mais moi je la mets un petit peu en doute», a indiqué dimanche au Soleil la mère de deux enfants de 16 et 20 ans.

Mme Boutet note que l'ami qui avait tenté de secourir son mari est lui-même retourné pas plus tard que vendredi dernier. «J'ai quasiment eu peur que ce soit lui. Il m'avait parlé après les funérailles en disant: "Soit j'arrête, soit faut j'y aille tout de suite"», se souvient-elle.

Hélène Boutet explique que son conjoint pratiquait la plongée sous-marine depuis 15 mois et qu'il s'était rendu une dizaine de fois à l'ancienne mine Flintkote. Il avait aussi l'habitude de se rendre à Tadoussac et aux Escoumins pour s'adonner à sa nouvelle passion. Le 26 mai, il s'exerçait à Thetford Mines en vue d'un examen d'orientation pour lequel il devait nager à la même profondeur. Pour l'obtenir, il devait compléter au même niveau un trajet en forme de carré. «À la moitié du carré, il s'est mis à descendre. Ce n'était pas supposé qu'il descende», se rappelle-t-elle.

«À cette mine-là, jamais»

Hélène Boutet veut éviter de sauter trop vite aux conclusions en croyant ceux qui prétendent que son mari est décédé des suites d'un malaise. «Le coroner m'a dit qu'il n'avait rien trouvé de défectueux dans l'équipement. Il était en santé. C'est quoi l'affaire? C'est l'eau? Je sais pas, moi je n'irais pas en tout cas», précise-t-elle.

Celle qui s'était contentée de faire de la plongée «en surface» avec son conjoint n'irait pas jusqu'à bannir la plongée sous-marine dans sa famille. Son fils de 20 ans aurait déjà démontré de l'intérêt pour l'activité. «Mon garçon, peut-être qu'il va en faire. Ce n'est pas écarté. Pas tout de suite, peut-être dans quelques années, mais sûrement pas dans cette mine-là», dit-elle.

«Qu'il fasse de la plongée, je suis d'accord, mais à cette mine-là, jamais! Jamais je n'autoriserais ça», précise-t-elle avec fermeté.

Hélène Boutet ne cache pas qu'elle pense «tous les jours» aux circonstances de la mort de son mari. «Quand je vais le savoir, ça va être la boucle qui se referme, comme on dit. Mais le coroner, j'espère qu'il va faire quelque chose, surtout avec deux [décès] en huit semaines...» conclut-elle.

Livrer un message de résilience

La veuve de Michel Marois a tenu à lancer un message de résilience à la famille du plongeur décédé samedi, en les encourageant à «aller de l'avant» plutôt que de «regarder en arrière».

Dans le cas de son conjoint, Hélène Boutet estime qu'«il est peut-être décédé, mais il a fait ce qu'il voulait dans la vie. La plongée, c'est ça qu'il voulait faire à ses 50 ans ou avant. Au moins, il l'a fait. Il ne faut pas se dire: "Il n'aurait pas dû faire ça", s'il était heureux là-dedans», commence-t-elle.

«C'est à ça qu'il faut penser, il faut s'entourer de beaucoup d'amis, de la famille. Moi, ça ma beaucoup aidée. Il faut quand même continuer», exprime Mme Boutet.

C'est pourquoi elle a décidé d'aller en voyage à Pohénégamook avec ses enfants la semaine prochaine, comme elle l'avait prévu avec son mari depuis des mois. «Il ne faut pas se focusser sur le vide que ça fait, mais ce qui s'en vient. La vie n'est pas finie.»

Mme Boutet prévoit «un peu de tristesse» lors de ce voyage en plein air, «mais [Michel] va voir qu'on est ensemble et qu'on continue de faire des activités qu'on aimait».

«On a fait beaucoup de voyages avec les enfants, on allait à toutes sortes de places dans les camps de vacances. C'est ça qui me fait garder le moral, c'est de regarder ces photos-là et dire qu'on a profité de la vie», glisse-t-elle enfin.

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