Plaidoyer pour des pompiers premiers répondants à Québec

André Savard, qui a été investigateur au bureau... (Le Soleil, Yan Doublet)

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André Savard, qui a été investigateur au bureau du commissaire aux incendies de 1971 à 2002, pense que Québec est «déconnectée» en ne formant pas ses pompiers comme premiers répondants.

Le Soleil, Yan Doublet

Jean-François Néron
Le Soleil

(Québec) L'avenir des pompiers de Québec ne réside plus uniquement dans l'incendie. La Ville doit former comme premiers répondants des pompiers «sous-­utilisés» et «disponibles». Il en va de la sécurité même du public.

C'est un véritable cri du coeur que lance André Savard, retraité du Service de protection contre les incendies de Québec (SPIQ). À la lumière de l'actualité récente, celui qui a été investigateur au bureau du commissaire aux incendies de 1971 à 2002 sent le besoin de faire comprendre aux élus l'urgence de la situation.

«Saint-Augustin veut une meilleure desserte ambulancière parce que les temps de réponse sont trop longs. Les paramédics ne suffisent plus à la tâche. Et il y a aussi le nombre élevé de noyades dont les médias parlent presque chaque jour», relate-t-il.

Autant d'arguments qui penchent pour la création d'un service de premiers répondants à la Ville de Québec, croit M. Savard. «Montréal a le sien depuis 2009. La plupart des grandes villes nord-américaines en ont un. Nous, on est déconnecté. Qu'on n'oublie pas la base pour laquelle les municipalités ont été créées : pour se protéger. Le mandat moderne d'un service d'incendie, c'est les premiers répondants», tranche-t-il.

Au printemps, le maire Régis Labeaume accusait les pompiers de ne pas travailler toutes les heures payées par la Ville, allant jusqu'à les qualifier de «voleurs de taxes» et de «paresseux». Propos pour lesquels le maire s'est excusé.

«Sous-utilisation»

Choisissant soigneusement ses mots, M. Savard préfère parler de sous-utilisation de ressources compétentes et rapides. «Les gars veulent travailler. C'est la Ville qui ne veut pas les former. J'ai l'impression qu'on tasse ce dossier pour en prioriser d'autres qui donnent du pain et des jeux. Ce qui me fait le plus mal, c'est de savoir que quelqu'un souffre et va peut-être mourir et qu'on a un service qui dort et qui ne va pas l'aider.»

Il se rappelle l'époque bien révolue où la Ville «brûlait littéralement avec des pointes atteignant 12 décès et 360 incendies dans les pires années».

«Aujourd'hui, ce n'est pas compliqué, il y a environ un feu [véritable] par semaine. Allez parler aux 400 pompiers. Parfois, les gars peuvent être trois, quatre jours sans sortir. Ils sont comme des lions en cage. Ils ont des formations, mais des formations d'une semaine comme pour intervenir sur l'Écolobus, c'est peut-être un peu étiré», convient-il.

«Ça sent l'huile dans la maison où il y a un feu de broussailles et les pompiers vont y aller. Mais si un enfant est retrouvé dans une piscine, ils n'iront pas. J'ai de la misère avec ça. Si les pompiers devenaient premiers répondants, ça contribuerait à revaloriser le métier», plaide-t-il.

Le syndicat favorable à la mesure

Le syndicat des pompiers de Québec serait favorable à ce que ses 400 membres deviennent premiers répondants. De son côté, la Ville ne se montre pas pressée d'agir.

«Pourquoi la Ville refuse de nous donner le statut de premier répondant? Parce que ça coûte trop cher. Pourtant, avec ce qu'on voit à la Ville de Montréal, ça sauve des vies.» Le président Éric Gosselin se souvient d'avoir lui-même suivi des cours au début des années 90. On disait alors que le service de premiers répondants allait être mis sur pied incessamment. Vingt ans plus tard, il attend toujours. «Je pense que ça serait bon pour optimiser le service, pour sa croissance.»

Aujourd'hui, chaque pompier possède une formation de base en réanimation cardiaque, sans plus. Mais pas question d'immobiliser un patient avec un collier cervical ou d'utiliser un défibrillateur - de toute façon, le service n'en possède pas. Pourtant, les pompiers sont généralement appelés sur les lieux d'un accident de la route ou d'un accident de travail.

Relations tendues

Au moment où les relations de travail sont encore tendues entre les pompiers et la Ville, M. Gosselin n'est pas sûr que ce dossier fasse prochainement l'objet de discussions. «C'est sûr que tout est à négocier. On est encore très loin de ça à Québec», lance le président.

«C'est un sujet qui revient régulièrement, indique Jacques Perron, porte-parole de la Ville. Une étude des coûts avait même été faite en 2005», précise-t-il. Par ses propos, il donne raison à l'intuition de M. Gosselin.

«Compte tenu qu'on a un programme de réaménagement des services en cours et en raison des négociations et des problématiques de relations de travail [la Ville et les pompiers sont en arbitrage], on n'ira pas de l'avant tant que ça ne sera pas réglé», précise M. Perron, précisant qu'il ne voit rien dans l'écran radar d'ici 2017.

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