Drame à Warwick: l'aide aux hommes efficace mais insuffisante, estime Auton'hommie

Les corps de Lindsey, 13 ans, et de Karen,... (Photo tirée de Facebook)

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Les corps de Lindsey, 13 ans, et de Karen, 11 ans, ainsi que celui de leur père, Jocelyn Marcoux, ont été retrouvés dans le garage incendié de leur résidence à Warwick dans la nuit de lundi à mardi.

Photo tirée de Facebook

Jean-François Néron
Le Soleil

(Québec) Chaque jour, André Beaulieu a la conviction d'aider à éviter des drames comme celui de Warwick. Mais le dg du centre de ressources pour hommes Auton'hommie craint aussi ceux qui peuvent se produire, faute de ressources suffisantes.

«Aidez-moi avant que je fasse une niaiserie.» Cet appel à l'aide, M. Beaulieu l'entend fréquemment. Chaque année, environ 700 hommes utilisent les services de rencontres individuelles ou en groupe. De ce nombre, 60 % consultent en lien avec une rupture amoureuse.

«C'est le motif numéro un. Le cas type, c'est le gars qui n'a rien vu venir. Il est convaincu que c'est un malentendu. Quand la rupture s'officialise, il se dit qu'il n'y arrivera pas. Il se rend compte qu'il a fui une partie de la réalité et quand ça lui pète dans la face... Ça peut aller très loin. Quand on tombe dans les histoires de garde d'enfants, certains hommes ont l'impression que le monde vient de s'écrouler sur eux. Ils portent une hargne envers la DPJ, envers le système de justice, envers leur ex. Pour eux, c'est souvent insurmontable et ça finit comme à Warwick.

Sympathie en amont

«Je suis abasourdi quand ces situations-là arrivent, poursuit M. Beaulieu. Comment des hommes peuvent en venir à ça? Je reste convaincu d'une chose. On ne peut pas prendre une décision de façon éclairée quand la finalité est de tuer les gens que tu aimes le plus au monde. Il ne voyait plus clair. C'est difficile d'avoir de la sympathie pour un homme comme Jocelyn Marcoux, mais il le faudrait», ose dire le dg de l'organisme de Limoilou.

Cette sympathie pourrait surtout se concrétiser en amont des drames conjugaux, croit-il. Et elle devrait se traduire par la création de véritables services d'aide aux hommes en détresse psychologique, actuellement insuffisants et inadéquats.

«Après 16h30, essayez de trouver un service d'aide pour un homme. Ça fait 30 ans qu'on se le dit. Les comités d'experts, je n'ai rien contre ça, mais j'ai l'impression que politiquement ce n'est pas payant. Ce n'est pas sexy. Prenez l'histoire de Marjorie Raymond. Ça n'a pas été long. Le gouvernement a même fait une politique contre l'intimidation.»

Le problème est double. En plus de l'insuffisance des services, il faut aussi s'ajuster à la nature propre de l'homme. «C'est comme le syndrome du coiffeur. Le gars se lève à 8h. Il déjeune et décide d'aller se faire couper les cheveux. À 9h, il arrive chez le coiffeur et il n'y a pas de place. Il peut attendre trois mois avant d'y retourner. C'est la même chose dans tout, il faut être là quand l'aide est réclamée.»

Manque de ressources

Avec un maigre budget de 430 000 $ par année, dont 163 000 $ proviennent du gouvernement, Auton'hommie compte une quinzaine de personnes ressources (quatre permanents seulement) et doit fermer un mois pendant les vacances d'été.

«Si quelqu'un vient me voir aujourd'hui pour des rencontres individuelles [une série de rencontres s'étale sur six mois], je ne peux pas le prendre avant septembre. Je ne peux lui offrir que des rencontres de groupe. Et ça ne convient pas à tous les hommes de parler de leurs problèmes en public. En plus de ça, je dois lui demander de débourser de l'argent pour boucler notre budget.»

Après 28 ans d'existence, le premier groupe d'aide pour hommes formé au Québec caresse maintenant un projet plus «englobant». «Pour l'automne 2013, j'aimerais avoir un véritable centre qui inclut un service d'aide psychosocial, de l'hébergement et de l'aide juridique.»

«Je ne veux pas faire de comparatifs des ressources engagées pour aider les vieux, les jeunes ou les femmes. Je me dis simplement que tout être humain a droit à de l'aide. Et celle dédiée aux hommes est insuffisante», conclut M. Beaulieu.

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