Pohénégamook panse ses plaies

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Les parents des soeurs Bélanger tiennent contre eux des portraits de leurs filles décédées en Thaïlande.

Photo: Marc Larouche, collaboration spéciale

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Marc Larouche
Le Soleil

(POHÉNÉGAMOOK) Même si Audrey et Noémi Bélanger ont retrouvé leur terre natale, la douleur est encore vive chez toute la population de Pohénégamook, blessée à jamais dans ce qu'elle a de plus cher : ses enfants. Collectivement, proches, amis, connaissances porteront une cicatrice qui ne se refermera jamais.

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Le curé Jean-Roch Castonguay

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Plusieurs personnes ont assisté aux funérailles.

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Samedi, ils étaient des centaines, le visage défait, le coeur brisé, à venir soutenir la famille endeuillée, qui avait décidé, symboliquement, de réunir ses filles chéries dans une seule urne funéraire, réunies comme elles l'étaient lors de ce voyage qu'elles ont tant souhaité et qu'elles n'ont jamais terminé.

Avant les funérailles, leurs parents, Carl et Linda Bélanger, ont porté leurs visages pleins de vie en parcourant à pied les quelques mètres séparant le salon funéraire de l'église locale, bondée du choeur au jubé. Une foule évaluée à 1000 personnes, le tiers de la population locale, s'y entassait.

Différents hommages ont été lus par des proches, notamment deux cousines, Marie-Philippe Ouellet et Frédérique Bélanger, qui ont donné la parole aux soeurs envolées en leur rendant hommage. «Nos corps sont disparus, mais nos sourires, nos regards, nos gestes, nos taquineries, nos baisers et tous les bons moments demeurent.» L'émotion était à son comble lorsqu'on a lu la dernière carte postale qu'Audrey et Noémi ont envoyée à leurs parents, du Viêtnam, une semaine avant leur mort.

«Nous voulons vous remercier de nous avoir donné la vie au Canada, de nous avoir transmis de si belles valeurs ainsi que la fibre voyageuse, mais surtout, d'être simplement nos parents. [...] Moi, la cadette, j'apprends peu à peu la philosophie que Noémi tente de me montrer, c'est-à-dire, vivre le moment présent», écrit Audrey. «On vous aime fort fort fort. Embrassez la famille pour nous.» Le lourd silence qui envahit l'enceinte n'est brisé que par des sanglots étouffés, des larmes refoulées.

Questions sans réponse

«Pourquoi nos deux filles et pas celles des autres? Pourquoi deux à la fois? Pourquoi partir si jeune, alors que la vie est en avant et pleine d'espoir?», a illustré le curé Jean-Roch Castonguay. Ces questions demeureront sans réponse, mais la famille espère faire la lumière sur plusieurs autres.

Parce que les circonstances de la mort d'Audrey et Noémi Bélanger ne sont toujours pas élucidées. Et l'attente risque d'être longue. Ce n'est pas avant plusieurs semaines que les résultats de l'autopsie pratiquée au Québec seront disponibles. Et celle-ci risque de ne pas révéler grand-chose. Les corps ont été embaumés, purifiés avant de quitter la Thaïlande. Certains des liquides utilisés ont pu faire disparaître des indices.

Selon nos informations, les résultats préliminaires des autopsies pratiquées en Thaïlande n'auraient révélé aucune trace de drogue dans leur corps, écartant ainsi l'hypothèse qu'elles aient pu ingurgiter par mégarde un mauvais comprimé d'une drogue quelconque.

La thèse du puissant insecticide utilisé à l'hôtel est peu crédible. Si c'eût été le cas, Noemi et Audrey n'auraient probablement pas eu les mêmes réactions et n'auraient pas été les seules à en subir les désagréments. Reste l'empoisonnement alimentaire. On évoque un poisson globe, hautement toxique si mal apprêté, ou des champignons empoisonnés. Encore là, auraient-elles été les seules à en manger? La police retrouvera-t-elle les deux touristes portugais qui auraient été vus allant conduire les deux soeurs à leur chambre?

Ces questions et plusieurs autres demeurent sans réponse pour la famille Bélanger. Malgré cela, tous espèrent faire la lumière sur le décès de leurs deux petits anges. Les cendres de Noémi et d'Audrey reposent depuis samedi au Colombarium de Pohénégamook.

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