Le refus de témoigner de Jacques Delisle a été une erreur, selon un criminaliste

Selon un criminaliste, le refus de témoigner de... (Illustration François Faucher)

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Selon un criminaliste, le refus de témoigner de Jacques Delisle, que l'on voit ici sur cette illustration au moment de sa condamnation, a pu avoir un impact sur les jurés.

Illustration François Faucher

(Québec) Au final, le fait que l'ex-juge Jacques Delisle n'ait pas témoigné à son propre procès pourrait lui avoir joué un bien vilain tour, évalue l'avocat criminaliste Serge Goulet.

«Même si on dit aux jurés que pour rendre leur décision, ils ne doivent pas tenir compte du fait que l'accusé n'a pas donné sa version des faits, il n'en demeure pas moins que cette décision de ne pas témoigner peut faire son chemin dans la tête des jurés et avoir un impact sur leur verdict», explique le procureur qui cumule une quarantaine d'années d'expérience dans son domaine.

«Si le procès s'était déroulé devant un juge seul, on aurait l'assurance que le juge n'a pas tenu compte de ce facteur dans sa décision, ajoute-t-il. Mais ce n'est pas automatique pour des jurés; des citoyens ordinaires qui ont été bombardés de directives avant de se rendre délibérer.»

Pour Me Goulet, il est fort probable que Me Jacques Larochelle avait identifié des dangers potentiels si son client allait témoigner pour sa défense, quand il serait soumis au contre-interrogatoire de la Couronne. Il croyait peut-être aussi que la preuve qu'il avait présentée aux jurés avait permis de soulever un doute raisonnable dans la tête des quatre femmes et huit hommes qui avaient le sort de l'ex-juge entre leurs mains.

«C'était une décision courageuse [de ne pas témoigner], mais il y avait aussi des risques très importants.»

Guerre des experts

Pour sa part, l'avocat criminaliste Réjean Lavoie croit que si l'ex-juge Delisle est aujourd'hui derrière les barreaux, c'est parce que la Couronne a remporté la guerre des experts qui ont défilé devant le jury. Sans témoin direct du meurtre en mesure de témoigner pour le ministère public, c'est à l'aide de différents experts, notamment en balistique, que la Couronne a réussi à convaincre les jurés que c'est bel et bien Jacques Delisle qui avait assassiné Nicole Rainville, estime Me Lavoie.

«Sans aucune preuve directe, il faut croire que la preuve d'experts présentée par la Couronne aura fait son bout de chemin dans la tête des jurés», souligne-t-il.

On se rappellera que l'avocat de la poursuite, Me Michel Fortin, avait lourdement entaché la crédibilité de l'expert de la défense, Vassili Swistounoff. Ce dernier avait tenté de démontrer que Nicole Rainville aurait pu se tirer une balle dans la tête, en utilisant l'arme en l'envers, ce qui aurait eu pour effet de laisser la fameuse trace sur la main de la victime.

«À mon avis, Me Fortin ne partait pas avec beaucoup de prise pour faire mal à ce témoin expert, mais il a maximisé ses points à chacune de ses interventions», affirme Me Lavoie.

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