14 avril 2007: Le jour de son 69e anniversaire, Nicole Rainville est foudroyée par un accident vasculaire cérébral, qui la laisse fort diminuée et paralysée du côté droit du corps.
30 avril 2009: À 73 ans, Jacques Delisle prend sa retraite pour se consacrer aux soins de sa femme. Il accroche sa toge de juge à la Cour d'appel, à laquelle il siégeait depuis 1992. Il a accédé à la magistrature en 1983, après avoir été avocat en droit commercial pendant 25 ans.
12 juillet 2009: Nicole Rainville se fracture la hanche lors d'une chute. La dame alors âgée de 71 ans subit trois interventions chirurgicales. La défense soutient qu'elle a «souffert le martyre» dans les mois qui ont suivi.
30 octobre 2009: Après deux mois de réadaptation, Nicole Rainville regagne le domicile du couple au Boisé des Augustines, sur le chemin Saint-Louis. Divers proches appelés par la défense soutiennent qu'elle arrivait alors à se déplacer seule avec une marchette, d'une pièce à l'autre. La thérapeute en réadaptation qui a accompagné la dame indique pour sa part qu'à la fin de sa convalescence, Mme Rainville aurait pu marcher seule avec sa marchette, mais ne l'a pas fait par crainte d'une nouvelle fracture.
12 novembre 2009: En début de matinée, Jacques Delisle et Nicole Rainville se disputent. M. Delisle dit être sorti pendant une heure pour faire des commissions et avoir retrouvé sa femme morte d'une balle à la tête à son retour. Il appelle le 9-1-1 et affirme que Mme Rainville s'est suicidée. Lors de l'autopsie pratiquée en soirée, le pathologiste s'explique mal la présence d'une tache de noir de fumée dans la main gauche de Mme Rainville.
13 novembre 2009: Jacques Delisle rejoint dans Saint-Roch sa maîtresse Johanne Plamondon, avec qui il entretient une liaison secrète depuis plus de deux ans, et lui annonce que sa femme s'est enlevé la vie. Il lui dit de ne pas s'inquiéter si elle n'a plus de nouvelles de lui, puisqu'«il allait y avoir une enquête».
17 novembre 2009: Un rapport préliminaire du spécialiste en balistique Gilbert Gravel exclut la thèse du suicide de Nicole Rainville. Selon lui, la dame chétive n'a pu se tirer une balle dans la tête avec sa seule main valide, tout en la tachant de noir de fumée, une poudre qui sort de la bouche du canon lors d'une mise à feu.
13 juin 2010: Devant l'ultimatum de Jacques Delisle à considérer leur projet de vie commune, Johanne Plamondon annonce à son mari qu'elle le quitte et que M. Delisle est prêt à la «recevoir» chez lui.
15 juin 2010: Jacques Delisle est arrêté pour être accusé du meurtre prémédité de sa femme. Il demeure détenu en prison. C'est la première fois dans l'histoire du pays qu'un juge est accusé de meurtre, l'accusation la plus grave du Code criminel.
23 juin 2010: Jacques Delisle est remis en liberté moyennant une caution de 200 000 $. L'accusé s'engage personnellement pour 100 000 $. Sa fille Élène et Me Pierre Cimon, qui a été collègue de M. Delisle avant son accession à la magistrature, offrent chacun un engagement de 50 000 $. «Son seul espoir est de faire reconnaître son innocence par un jury», plaide son avocat, Me Jacques Larochelle.
Mars 2011: La Couronne demande le report de l'enquête préliminaire de Jacques Delisle, compte tenu du départ précipité du procureur chargé du dossier. Pour contrer cette demande, l'accusé est interrogé par son avocat. Jacques Delisle clame : «Je suis une personne démolie... et mon affirmation n'a rien à voir avec un sentiment de culpabilité. Je n'ai pas tué Nicole! C'est un cri de mon ego, dont la fierté est moralement affectée.»
Juin 2011: Après la tenue de l'enquête préliminaire, un jeune collègue de Gilbert Gravel trouve une position de tir à l'envers qu'il serait «faisable» de faire dans la condition de Nicole Rainville. M. Gravel n'en informera la Couronne qu'en mai 2012, quelques jours avant son témoignage.
Avril 2012: Un expert parisien, dont les services ont été retenus par Jacques Delisle, conclut dans son rapport que Nicole Rainville a pu se tirer une balle dans la tête en tenant l'arme à l'envers avec sa seule main valide.
7 mai 2012: Le procès de Jacques Delisle pour meurtre prémédité se met en branle, près de deux ans après sa mise en accusation.
14 juin 2012: Jacques Delisle est reconnu coupable du meurtre prémédité de sa femme.