Enveloppes suspectes: détournement de conflit

Intervention policière après des alertes aux produits toxiques... (Photo La Tribune, Jessica Garneau)

Agrandir

Intervention policière après des alertes aux produits toxiques à Sherbrooke, cette semaine.

Photo La Tribune, Jessica Garneau

Annie Mathieu
Le Soleil

(Québec) La vague d'enveloppes suspectes envoyées cette semaine à des membres du gouvernement ainsi qu'à plusieurs médias a détourné les projecteurs des associations étudiantes pour les braquer vers les Forces armées révolutionnaires du Québec (FARQ), un groupe jusque-là inconnu du public. Il n'est pas le seul, depuis le début du conflit étudiant, à perpétrer des actions au nom de causes plus larges. Un phénomène connu des experts et surveillé de près par les forces de l'ordre.

La présence du Black Bloc dans les manifestations étudiantes ou les apparitions du groupe Anonymous à la suite de l'adoption du projet de loi 78 qui restreint le droit de manifester ont également fait couler beaucoup d'encre dans les médias. Cette récupération par des groupuscules ou des individus, porte-flambeaux d'idéologies souvent radicales, est une tactique qui a souvent été employée dans l'histoire.

Le chercheur à l'Université de Victoria et spécialiste du terrorisme Ronald Crelinsten a étudié le phénomène dans le cadre de son doctorat portant sur la crise d'Octobre. «À l'époque, il y avait une centaine de fausses alertes à la bombe par jour. Les policiers pensaient que c'était une tactique des felquistes, mais ce n'était pas eux, explique-t-il. C'est plutôt des gens qui profitent de l'opportunité d'une crise sociale pour pousser leur message», analyse le doctorant de l'Université de Montréal.

Le porte-parole de la Sûreté du Québec, Benoît Richard, confirme que les groupes comme les FARQ sont surveillés de près par les policiers, et ce, depuis au moins les années 60. «C'est évident que dans ce type de cas là, on va faire des recherches pour savoir c'est qui et c'est quoi leurs revendications et s'il y a un risque pour le public», explique-t-il.

Les «loups solitaires»

Mais qui sont ces individus? C'est là que le bât blesse, puisque les autorités ont souvent beaucoup de mal à les identifier, soutient le professeur en sciences politiques du Rockefeller College de l'Université d'Albany, Victor Asal. C'est le cas de ceux qui s'identifient au Black Bloc ou au groupe Anonymous, deux mouvements connus pour ne pas avoir de têtes dirigeantes. «Ils posent un réel défi aux autorités, puisqu'ils n'ont pas de structure organisée, aucune adresse», ajoute le spécialiste. Il y a également ceux qui agissent seuls et qu'on surnomme les «loups solitaires».

L'ex-agent du Service canadien du renseignement de sécurité Michel Juneau-Katsuya n'est pas étonné de voir émerger ce type de groupes ou d'individus dans la foulée du conflit étudiant. «Plus on s'enfonce dans la répression, plus on va provoquer ces gens-là», soutient celui qui estime que la loi 78 a été la goutte qui a fait déborder le vase pour bon nombre d'individus aux inclinaisons anarchistes.

Une analyse que partage le professeur américain Jonathan R. White, qui a été consultant pour le gouvernement américain et celui du Canada en matière de terrorisme. «La violence a souvent émergé de mouvements sociaux», explique l'auteur du livre de référence américain Terrorism and Homeland Security. M. White croit cependant que le terreau est plus fertile qu'avant avec l'accès aux technologies, la capacité de mobilisation beaucoup plus rapide ainsi que la multiplication des causes pour lesquelles les individus peuvent ressentir des frustrations.

Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque à l'Université Laval, Stéphane Leman-Langlois, ne partage pas cet avis. Il estime plutôt que depuis le début des années 2000, il y a eu moins de groupes qui se sont manifestés qu'au cours des décennies précédentes.

Ronald Crelinsten abonde dans le même sens. «Dans les années 90, il y avait beaucoup de manifestations altermondialistes comme celle de Seattle en 1999», explique-t-il. Selon le chercheur, le terrorisme islamiste a ensuite pris le devant de la scène. Mais il croit qu'avec l'économie qui vacille dans nombre de pays occidentaux, les actions perpétrées au nom d'idées comme la lutte anticapitaliste ou l'écologie risquent de s'accroître.

Vigilance, mais pas d'inquiétude

Alors que les forces de l'ordre ont évoqué cette semaine la possibilité que les auteurs des enveloppes contenant de la poudre blanche inoffensive soient accusés en vertu les dispositions antiterroristes inscrites au Code criminel, les nombreux spécialistes consultés estiment que les Québécois, pour l'instant, n'ont pas lieu de craindre pour leur sécurité.

Néanmoins, tous s'entendent pour dire qu'il n'est jamais exclu que les malfaiteurs de cette semaine puissent servir d'inspiration. «Une tête brûlée pourrait décider de faire quelque chose de véritablement violent», explique le chercheur à l'Université de Victoria et spécialiste du terrorisme Ronald Crelinsten. C'est pourquoi, dit-il, les autorités ont intérêt à garder les différents groupes «radicaux» à l'oeil.

Selon le professeur américain Jonathan R. White, le moyen d'y parvenir est de renforcer les liens entre les forces policières et les communautés dans lesquelles elles opèrent. «Parce que ces groupes sont là pour rester», conclut-il.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer