Procès Delisle: un meurtre déguisé en suicide, persiste la Couronne

(Québec) L'ex-juge Jacques Delisle a tué sa femme alors qu'il avait atteint les limites de son rôle d'aidant naturel et étant un homme «capable de tromper», il a déguisé la scène du meurtre en suicide.

C'est du moins l'interprétation qui a été soumise, jeudi, au jury pendant la plaidoirie de la Couronne. Le procureur Steve Magnan a exposé les différents facteurs qui, selon lui, ont mené l'ancien juge à tirer une balle dans la tête de Nicole Rainville le 12 novembre 2009.

Me Magnan a rappelé que la vie du couple Delisle-Rainville avait basculé en avril 2007, lorsque la femme de 71 ans a été terrassée par un accident vasculaire cérébral qui l'a laissée paralysée du côté droit du corps. Au moment de prendre sa retraite en avril 2009, Jacques Delisle, qui avait toujours profité d'une «vie professionnelle stimulante», est alors tombé «aux services de sa femme à temps plein». Cela mettait fin à ses journées passées en compagnie de sa secrétaire qui était devenue sa maîtresse, ainsi qu'à sa «vie mondaine et prestigieuse», a relaté Me Magnan.

De plus, le juge nouvellement retraité était en parfaite forme, avait des projets de voyage et il avait les moyens de les réaliser. Le procureur a alors suggéré aux 12 jurés qu'il était «tellement plus simple» pour l'ancien magistrat de tuer sa femme. «Si Nicole meurt, ses projets de vie vont être réalisables», a déduit Me Magnan, après avoir rappelé que dans les jours qui ont précédé la mort de Mme Rainville, Jacques Delisle avait demandé à son amante d'envisager leur vie commune.

La Couronne est également d'avis que le jury doit douter de la sincérité de l'ex-juge, puisqu'il a trompé son entourage en gardant sa liaison secrète avec sa secrétaire.

Me Steve Magnan a ensuite décortiqué l'attitude de M. Delisle le jour du drame. Il a laissé entendre que l'accusé avait tenté d'«orienter» le travail des policiers, notamment en retirant le chargeur de l'arme et en se présentant comme un juge à la retraite. Dans les mêmes circonstances, «est-ce que quelqu'un dirait qu'il est électricien à la retraite?» s'est interrogé le procureur.

Un «ramassis d'histoires»

Me Magnan a aussi jugé que les témoignages des six proches appelés par la défense constituaient un «ramassis d'histoires» dont le seul but était de faire croire que Nicole Rainville s'était suicidée parce qu'elle avait des idées noires. «J'ai l'impression qu'on a ramassé des bouts d'histoire de témoins sur une période de deux ans et demi, comme si ça avait été seulement ça, la vie de Nicole Rainville», a-t-il illustré. À son avis, il y a une nuance à faire entre les propos suicidaires de Mme Rainville et sa «véritable intention de passer à l'acte».

Du même souffle, il a affirmé que le témoignage du fils de l'accusé, Jean Delisle, ne visait qu'à «endormir» les jurés et à «rehausser la crédibilité de son père». Quant au témoignage d'Anne-Sophie Morency, la petite-fille des époux Delisle, Me Magnan l'a qualifié de simple «copier-coller» de celui de son oncle. Il a d'ailleurs exposé un tableau comparatif qui compilait les sujets et les termes employés de manière identique par les deux témoins.

Le procureur de la Couronne n'a pas non plus ménagé l'expert en balistique de la défense, Vassili Swistounoff. Il l'a soupçonné d'avoir une «restriction mentale à dire la vérité», étant donné qu'il avait multiplié les faux-fuyants dans ses réponses au ministère public. Me Magnan a également rappelé qu'aucune étude sérieuse ne corroborait les conclusions de M. Swistounoff et que celui-ci s'était justifié en prétendant que des auteurs mélangeaient des termes.

Au moment de critiquer le sens du tir défendu par M. Swistounoff, le procureur a comparé les propos bornés de l'expert au célèbre «steak-blé d'Inde-patate». Fait inhabituel, l'avocat de la défense, Me Jacques Larochelle, a interrompu sa plaidoirie pour s'objecter. «On fait du sérieux ici. Je considère que c'est inapproprié», a clamé Me Larochelle, avant que le juge Claude Gagnon lui fasse signe de se taire.

Les plaidoiries étant maintenant conclues, le juge a annoncé qu'il donnera ses directives aux jurés lundi matin, après quoi les quatre femmes et huit hommes seront séquestrés pour entreprendre leurs délibérations.

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