Procès Delisle: tout pointe vers le suicide, selon la défense

Me Jacques Larochelle a fait valoir que Nicole... (Le Soleil, Jocelyn Bernier)

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Me Jacques Larochelle a fait valoir que Nicole Rainville aurait pu prendre l'arme à l'entrée du condo, la placer dans sa poche et se rendre avec sa marchette jusqu'au canapé du salon.

Le Soleil, Jocelyn Bernier

(Québec) Non seulement la Couronne a «complètement failli» à prouver le meurtre prémédité de Nicole Rainville, mais si Jacques Delisle avait vraiment planifié de tuer sa femme le 12 novembre 2009, l'ex-juge aurait eu un «drôle de plan» en passant des «remarques stupides» qui ont éveillé les soupçons des policiers.

C'est ce que l'avocat de la défense, Me Jacques Larochelle, a exposé au jury, mercredi, pendant sa plaidoirie d'un peu plus de quatre heures.

Selon lui, si l'accusé avait réellement déguisé un meurtre en suicide, il n'aurait pas informé les policiers qu'il détenait une arme prohibée depuis des années, «une accusation grave». De la même façon, M. Delisle, «qui est certainement intelligent, puisqu'il est juge», ne leur aurait pas fait part de la dispute qu'il avait eue avec Nicole Rainville le matin du drame. L'ancien juge de la Cour d'appel avait aussi lancé aux enquêteurs: «Je le sais, ce que vous pensez, mais je ne l'ai pas tuée!»

«Est-ce qu'un homme intelligent se conduit aussi stupidement s'il a eu le temps de penser à son geste?» a demandé Me Larochelle. Celui-ci a plaidé que ces «remarques stupides pour quelqu'un qui planifie un meurtre» se comprennent mieux lorsqu'on les met dans la bouche d'un homme qui était «sous le choc» après avoir retrouvé sa femme morte d'une balle à la tête.

L'avocat a rappelé plusieurs fois au jury qu'il devait déterminer si la Couronne avait prouvé le meurtre de Nicole Rainville hors de tout doute raisonnable. «Si vous ne faites pas attention, vous oublierez l'essentiel: la défense n'a rien à prouver», a-t-il insisté.

Cela n'a pas empêché Me Larochelle de marteler que «tout pointe vers le suicide». Il a dit que les témoignages des proches du couple ont prouvé que

Mme Rainville était «très suicidaire», qu'elle avait «une belle vie» avant d'être laissée paralysée du côté droit par un accident vasculaire cérébral et qu'elle avait «souffert le martyre» après s'être fracturé la hanche, en 2009.

La défense s'est longuement attaquée à la preuve des experts en balistique de la Couronne, en accusant notamment l'expert Gilbert Gravel d'avoir caché qu'un de ses collègues avait trouvé une position qu'aurait pu employer Mme Rainville pour se suicider. «Le juge vous le dira que c'est une faute très grave», a affirmé Me Larochelle aux 12 jurés. Il a indiqué que l'expert de la défense, Vassili Swistounoff, avait été le seul à «tout considérer» lors de l'analyse des marques de tir sur le corps de Nicole Rainville. Et que le tir à l'envers défendu par Swistounoff est certes «inhabituel», mais il reproduit plus fidèlement la tache de noir de fumée retrouvée dans la main de Mme Rainville.

Thèse du suicide

Me Larochelle a également démonté les mobiles amoureux et financier avancés par la poursuite, selon lesquels Jacques Delisle voulait faire vie commune avec sa maîtresse, tout en évitant de perdre la moitié de son patrimoine familial de 3 millions$ advenant un divorce. La défense pense que la preuve a démontré le contraire, puisque M. Delisle ne s'est jamais empressé de placer sa femme dans une résidence adaptée.

Me Jacques Larochelle a d'ailleurs voulu mettre en perspective l'«amour de vieillesse» de l'ancien juge avec son ex-secrétaire. «Qui va lui lancer la première pierre, comme si c'était tellement rare?» s'est-il demandé. Il a fait valoir que ceux qui auraient normalement voulu venger

Mme Rainville, soit ses enfants ou ses proches, étaient plutôt derrière lui. «Un verdict de culpabilité ferait plaisir à qui? Quelques policiers, quelques procureurs, Monsieur Gravel? C'est pas assez.»

L'avocat a donc conclu que le seul verdict qui s'imposait était l'acquittement, «parce qu'il y a plus qu'un doute». «Je me flatte d'avoir démontré que c'est la thèse [du suicide] qui est nettement plus probable», a-t-il claironné.

La Couronne présentera jeudi sa plaidoirie, ce qui reporterait à lundi les directives du juge au jury, initialement prévues vendredi.

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