Magnotta: un cocktail explosif de troubles de la personnalité

Luka Rocco Magnotta a passé des années à... (Photo fournie par le SPVM)

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Luka Rocco Magnotta a passé des années à travailler comme danseur nu dans des bars gais, comme acteur porno et comme prostitué.

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(Québec) Comme tant d'autres gens dont la personnalité ressemble à la sienne, Luka Magnotta aurait pu «juste» mal tourner. C'est du moins ce que son parcours des dernières années aurait pu laisser croire, mais il semble que le présumé dépeceur avait un petit (ou gros) quelque chose de plus que la moyenne des bums.

Une chaise lancée à son professeur en sixième année. Un proche qui le décrit comme une bombe à retardement qui avait des «idées de grandeur». Un parent qui déclare à la presse n'avoir plus de contact avec lui depuis des années parce qu'«il nous a beaucoup fait souffrir». Une condamnation pour fraude en Ontario, en 2005. Une apparente insensibilité à la douleur d'autrui, comme le montrent des vidéos où un homme ressemblant drôlement à Magnotta asphyxie des chatons, quand il ne les livre pas en pâture à un serpent. Tous des signes qui peuvent être interprétés comme des traits de personnalité antisociale, un trouble de la personnalité marqué par un faible égard pour les droits des autres et par la transgression répétée de règles formelles ou morales - de 35 à 75 % de la population carcérale en est d'ailleurs atteinte, selon diverses études.

«Mais des antisociaux, il y en a beaucoup dans nos sociétés, et ils ne virent pas tous comme ça. Donc, ça prend un cran de plus», analyse Gilles Chamberland, psychiatre légal de l'Hôpital du Sacré-Coeur, à Montréal, qui tient cependant à préciser que «tant qu'on ne l'a pas évalué, on ne peut être sûr de rien».

Narcissime

En plus du côté antisocial, le Dr Chamberland voit aussi clairement, dans les éléments qui ont fait surface dans les médias, de forts traits de personnalité narcissique - le fait d'être centré sur soi-même - avec «peut-être aussi une composante un peu histrionique [marquée par le besoin plus ou moins maladif de séduire], qui a un côté "regardez-moi" dans ses chirurgies plastiques, dans ses films pornos». Ces dernières années, M. Magnotta semble en outre avoir multiplié les pages Facebook bourrées de photos de lui-même et les interventions sur le Web dans le but de mousser sa propre popularité.

«Mais il y a une composante qui doit s'ajouter pour se rendre jusque-là, poursuit le psychiatre. C'est un individu qui semble avoir une perversion de sadisme, c'est-à-dire qu'il prend plaisir à faire souffrir les autres, que ce soit un humain ou un animal. Le fait qu'il ait écrit, après avoir tué les chatons, que contrairement à la cigarette, une fois qu'on a tué on ne peut plus s'en passer, c'est assez particulier. Il y a plein de gens qui ont déjà tué, pour se défendre par exemple, mais sans y prendre plaisir.»

Magnotta, si c'est bien lui qui a commis cet horrible crime, a au contraire tiré beaucoup de satisfaction à le faire, à préparer le meurtre et à tout mettre en scène, estime le Dr Chamberland. À titre d'exemple, illustre-t-il, «la vidéo, qui est une horreur, dure 10 min 45 s. Je ne l'ai pas toute regardée, j'ai sauté des bouts juste pour voir ce qu'il y avait dedans, mais c'est clair que cet épisode-là a pu durer facilement plus qu'une heure, et c'est clair qu'il l'a édité pour le rendre plus punché, pour éliminer les temps morts. [...] C'est clair qu'il lèche son image pour maximiser son impact».

Glorification

Fait intéressant, Magnotta a passé des années à travailler comme danseur nu dans des bars gais, comme acteur porno et comme prostitué - c'est-à-dire des années dans un statut d'exploité qui, se dit-on a priori, ne devait pas convenir à un esprit ayant des idées de grandeur. Or, il n'est pas sûr du tout «qu'il se sentait exploité, commente le Dr Chamberland. Je pense qu'au contraire, il suscitait du désir chez un groupe de gens, et cela pouvait répondre à plusieurs besoins - ça pouvait être une glorification, il était vu par plusieurs, désiré par plusieurs».

Sur l'une de ses pages Facebook, d'ailleurs, la «citation favorite» de Magnotta (dont il est lui-même l'auteur) est à cet égard révélatrice : «Pourquoi les gens ont-ils peur du sexe [... et] de toute forme de nudité? Je n'y comprends rien, c'est absurde. Si vous faites de la porno ou apparaissez nu dans une revue, content de montrer votre corps magnifique, en quoi est-ce que c'est mal?»

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