Semaine 4 du procès Delisle: un expert sur la défensive

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Même s'il a fait relâche deux jours cette semaine, le procès de l'ex-juge Jacques Delisle (à gauche), accusé du meurtre prémédité de sa femme, a une fois de plus connu son lot de rebondissements.

Le Soleil, Patrice Laroche

Olivier Parent

Olivier Parent
Le Soleil

(Québec) Même s'il a fait relâche deux jours cette semaine, le procès de l'ex-juge Jacques Delisle, accusé du meurtre prémédité de sa femme, a une fois de plus connu son lot de rebondissements. Parlez-en au seul expert appelé à la barre par la défense. Après avoir critiqué le travail des experts de la Couronne, le balisticien français a goûté à sa propre médecine lors d'un contre-interrogatoire musclé et éreintant. Résumé de cette quatrième semaine de procédures, alors qu'on ignore toujours si l'accusé témoignera devant le jury.

Mardi

Une amie de Nicole Rainville soutient qu'elle en avait assez de dépendre de son mari après avoir été lourdement handicapée par un accident vasculaire cérébral (AVC), en 2007. Ginette Bruneau-Brossard l'avait connue plus épanouie depuis 1992, lorsque leurs époux ont commencé à travailler ensemble à la Cour d'appel. Les deux femmes ont continué à se voir quelques fois par année après l'AVC de Mme Rainville. Mme Bruneau-Brossard avait pris l'habitude de s'occuper d'elle pour donner à Jacques Delisle le temps de souffler.

L'ancienne physiothérapeute explique avoir encouragé et conseillé Mme Rainville dans les moments difficiles où elle disait vouloir en finir. Selon elle, Nicole Rainville craignait que son mari trouve difficile de s'occuper d'elle lorsqu'il prendrait sa retraite en avril 2009. «Ça va être terrible pour lui», lui aurait-elle confié. Contre-interrogée par la Couronne, Ginette Bruneau-Brossard admet qu'elle n'a jamais prévenu Jacques Delisle de l'état de sa femme.

Tout de suite après, l'expert de la défense s'avance à la barre pour contredire la thèse de l'homicide avancée par la Couronne. Vassili Swistounoff n'est pas étranger aux habitués du procès puisqu'il a assisté, bien attentif entre Delisle et son avocat, Me Jacques Larochelle, aux témoignages des différents experts du ministère public.

Le Français expose que Nicole Rainville a pu se tirer une balle dans la tête avec sa seule main valide, en tenant à l'envers le pistolet de calibre .22. Selon lui, le tir aurait été fait de manière perpendiculaire, donc appuyé sur sa tempe gauche, alors que les experts de la Couronne ont tous conclu au tir à angle déclenché par une autre personne. Six positions de tir appuieraient ses dires, assure-t-il. Comme il défend un tir perpendiculaire, il ajoute que la balle aurait dévié vers l'arrière du crâne de Mme Rainville en fracassant l'os, ce qui correspond à la trajectoire identifiée par le pathologiste André Bourgault.

Il présente aussi un enregistrement vidéo réalisé avec une femme qui «a horreur des armes», mais qui parvient à charger et à tirer à une seule main avec une arme semblable à celle ayant causé la mort de Mme Rainville.

Swistounoff conteste au passage les méthodes de travail des experts en balistique de la Couronne, Gilbert Gravel et André Desmarais. Il fait aussi remarquer que leurs tirs d'essai n'ont pas permis de reproduire une tache de noir de fumée comparable à celle retrouvée sur la main gauche de la présumée victime. Le procureur de la Couronne attitré au contre-interrogatoire de l'expert, Me Michel Fortin, amorce son offensive en tentant de lui faire dire que sa thèse du suicide ne tient qu'à la seule condition d'une déviation du tir. M. Swistounoff rejette cette idée. Et cela ne fait que commencer.

Mercredi

Me Michel Fortin décortique jusque dans les moindres détails le rapport d'une centaine de pages ainsi que le curriculum vitae de Vassili Swistounoff. Il demande sans cesse à l'expert si certains éléments de sa preuve visent à «tromper» ou «induire en erreur» le jury, voire à lui «jeter de la poudre aux yeux». M. Swistounoff se défend d'avoir entrepris sa «mission» avec l'idée préconçue du suicide. Me Fortin vérifie sa connaissance des théories de sommités en balistique, s'attaque à ses illustrations qui semblent manquer de contexte, le cuisine sur ses tirs d'essai qui n'ont pas permis de reproduire parfaitement la tache noire présente dans la main de Mme Rainville. Les termes techniques et scientifiques déboulent pendant plus de quatre heures. La poursuite s'interroge également sur les cobayes avec qui Swistounoff a fait affaire dans ses expérimentations. Ce dernier concède que leurs mains étaient «plus petites» que celles de la présumée victime, et ce, sans les avoir mesurées.

Jeudi

L'expert Swistounoff est rattrapé par son passé au troisième jour de son contre-interrogatoire. Me Michel Fortin se penche sur les critiques qu'il adresse dans son rapport aux experts du ministère public, y compris l'expert en balistique André Desmarais. Il révèle que Swistounoff n'a pas été retenu, en 2008, pour un poste auquel il aspirait au sein du département balistique du service de police de Marseille, en France. Département que dirige André Desmarais depuis 2007. Celui-ci faisait d'ailleurs partie du comité de sélection qui a évalué la candidature de Swistounoff. «Vous n'aviez pas de comptes à régler, c'est ça?» lui demande Me Fortin. L'expert de la défense dément toute «animosité particulière».

La Couronne ressort ensuite une étude qu'avait signée Vassili Swistounoff au nom d'un institut français équivalant à la GRC. Le hic: il n'y travaillait plus au moment de publier le document. Me Fortin le soupçonne de vouloir se donner «un peu de prestige». Le principal intéressé parle plutôt d'une forme de remerciement à l'égard de l'institut.

Relativement aux demandes répétées du procureur, M. Swistounoff reconnaît ne pas avoir trouvé d'ouvrage qui avance comme lui qu'il est «inévitable» que la balle ait dévié dans le crâne de Mme Rainville après avoir fracassé l'os. Puis, il avoue n'avoir jamais étudié de cas de suicide fait avec une arme à feu tenue à l'envers.

Septième témoin de la défense, la petite-fille de Nicole Rainville vient rapporter le changement d'attitude qu'elle avait constaté chez sa «deuxième mère» après son AVC. «Elle n'était plus la même personne», exprime l'étudiante de 22 ans. Un jour, sa grand-mère lui aurait même confié: «J'aimerais qu'il y ait une feuille qui dit comment mourir.» La jeune femme termine son témoignage en larmes, alors que le procureur de la Couronne, Me Steve Magnan, tente de comprendre pourquoi elle n'a pas vu ni sorti plus souvent sa grand-mère.

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