«C'est sûr qu'il y a une entrave aux droits, mais il faut faire la balance des inconvénients. La Charte [des droits] prévoit qu'on peut suspendre des droits individuels au profit des droits collectifs.»
Le criminaliste Robert La Haye reconnaît que se retrouver poings liés pour avoir contrevenu au Code de la sécurité routière (avoir entravé la voie publique) peut paraître démesuré. Cependant, il comprend la manière d'agir.
«C'est toujours à la discrétion des policiers. Dans un mouvement de groupe, ils [les policiers] ne prennent pas de chance. C'est leur sécurité. Ils ne connaissent pas tous les citoyens un par un.»
Un avis partagé par Me Reynald Beaudry, qui soutient, en plus, que les policiers ne sont pas tenus de faire la lecture des droits aux personnes arrêtées. «Ça serait plus prudent [en cas de contestation], mais ce n'est pas nécessaire parce qu'aucune accusation criminelle n'est portée.»
Au sujet de la détention, les deux avocats s'entendent sur le fait qu'elle est justifiable selon l'article 75 du Code de procédure pénale. Celui-ci indique qu'un policier peut arrêter sans mandat un citoyen, si c'est le seul moyen de mettre un terme à la perpétration de l'infraction constatée.
Par contre, les criminalistes ressentent un malaise du fait que les policiers photographient les contrevenants, comme cela a souvent été rapporté. «Je n'en connais pas la raison, mais selon moi, la photo qui est prise devient illégale», lance Me Beaudry. «D'habitude, ça sert à identifier des criminels. Ici, c'est plutôt illégitime», renchérit Me La Haye. Surtout que personne ne sait encore ce qu'il adviendra des photos.
«On a la cote du public»
Jusqu'à présent, la police a fait au moins cinq arrestations de masse au cours desquelles elle a remis plus de 400 constats d'infraction.
De son côté, la police de Québec estime agir de façon professionnelle dans un contexte exigeant. Et s'il y a des contestations judiciaires, les tribunaux trancheront.
«Depuis le début des manifestations [...] on a la cote du public. On a la cote des médias. On espère que ça va demeurer comme ça.» Sans ambages, le capitaine aux communications de la police de Québec, Denis Pelletier, défend les procédures mises sur pied par son service lors des arrestations de masse comme celle de lundi.
«On a eu quatre manifestations où on n'a pas eu la collaboration des dirigeants [...]. On a pris la décision que c'était tolérance zéro. Notre travail, c'est protéger le public», poursuit-il.
Selon lui, l'utilisation tant décriée d'attaches de plastique pour lier les mains des personnes arrêtées est nécessaire. «On est dans un contexte où on travaille la nuit avec le but de sécuriser les personnes contre eux-mêmes et contre d'autres manifestants. On n'a pas 160 policiers pour surveiller ce monde-là.»
Est-il tout aussi nécessaire de prendre une photographie des personnes arrêtées avant qu'elles montent dans un autobus comme ce fut le cas le lundi 23 mai? Au moment de l'entrevue, M. Pelletier n'avait pas l'information précise quant au but de cette mesure. «C'est des procédures qu'on a établies pour l'identification des gens», suppute-t-il.
Évidemment, il serait plus simple de remettre sur place un constat d'infraction aux manifestants visés. Une option écartée du revers de la main. «On a un paquet de jeunes qui jouent au chat et à la souris avec nous. C'est difficile», soulève le capitaine.
Manif illégale, mais calme
Les 250 manifestants ont joué avec les nerfs des policiers, mercredi soir, alors que la tête de la marche n'a pas respecté, près de Lauberivière, le trajet qui avait été remis aux policiers avant que la foule se mette en mouvement, à partir de l'Assemblée nationale.
La décision de remettre le parcours avait été prise à la suite d'un vote à main levée.
Un cadre du service s'est adressé à la foule sur le boulevard Charest, dans le secteur Saint-Roch, afin d'informer les manifestants que leur marche était rendue illégale. Aucune arrestation n'a toutefois été effectuée.
Avec Matthieu Boivin