Procès Delisle: un expert en balistique contredit la Couronne

Olivier Parent

Olivier Parent
Le Soleil

(Québec) Contredisant presque chacune des conclusions de la Couronne, l'expert en balistique de la défense est venu étayer, mardi, la thèse du suicide de Nicole Rainville, au procès de l'ex-juge Jacques Delisle, accusé du meurtre prémédité de sa femme.

Vassili Swistounoff est le premier expert à témoigner pour la défense, représentée par Me Jacques Larochelle. Le Français a conclu que le tir qui a tué Mme Rainville avait été fait de façon perpendiculaire à sa tempe, alors que les experts de la Couronne ont tous avancé un tir à angle.

Le tir perpendiculaire serait corroboré par les traces circulaires de noir de fumée sur la plaie d'entrée et sous la peau de Mme Rainville, a-t-il expliqué. Selon lui, un tir à angle aurait laissé l'espace nécessaire à la flamme provenant du canon de l'arme pour brûler la peau autour de la plaie, ce qui n'apparaît pas sur celle de Mme Rainville. «N'importe quel pompier aurait pu vous dire que ça brûle la peau», a lancé M. Swistounoff.

L'expert a certifié que la femme de 71 ans aurait pu se tirer une balle dans la tête en tenant l'arme à l'envers, par le canon, avec sa seule main valide. Il a exposé au jury six positions qui expliqueraient la tache de noir de fumée dans sa paume.

Vassili Swistounoff en a profité pour critiquer les méthodes de travail employées par les experts en balistique de la Couronne. Les tirs à angle réalisés par Gilbert Gravel et André Desmarais n'ont pas produit de tache de noir de fumée comparable à celle retrouvée sur la main de Mme Rainville, a-t-il répété en ressortant des photos et vidéos présentées en cour par les deux experts.

M. Swistounoff a aussi fait valoir que la balle avait dévié de sa trajectoire en pénétrant le crâne de Mme Rainville. La Couronne dit exactement le contraire. L'expert de la défense a alors cité l'ouvrage de son mentor pour indiquer qu'il est «difficile de prédire» la trajectoire d'un projectile lorsqu'il frappe un os. C'est pourquoi un tir perpendiculaire aurait pu dévier pour se déplacer en ligne droite et vers l'arrière du crâne, comme l'a affirmé le pathologiste André Bourgault.

Lors du contre-interrogatoire, mené exceptionnellement par Me Michel Fortin, Vassili Swistounoff a dû expliquer une conclusion de son rapport qui portait à confusion. Il a écrit que la balle des tirs d'essai de la Couronne «est naturellement de travers» lorsqu'elle atteint la tempe. Or, de souligner Me Fortin, le projectile ne peut avoir dévié puisqu'il est à peine sorti du canon et qu'on suppose que l'arme s'appuie sur la tempe.

M. Swistounoff a alors précisé que la balle aurait dévié 10 cm après son éjection. «Quelques centimètres ne changent rien», s'est-il borné à dire.

La défense a également déposé en preuve une vidéo dans laquelle une femme parvient à charger l'arme avec une seule main, en s'appuyant sur une table. Elle réussit aussi à tirer en tenant le pistolet à l'envers. En contre-interrogatoire, l'expert a admis qu'il avait indiqué à ses cobayes d'utiliser une position de tir «inhabituelle».

Par ailleurs, M. Swistounoff a révélé qu'il s'était rendu à l'appartement des Delisle pour préparer ses tirs d'essai, en décembre 2010. Jacques Delisle lui a alors confié avoir retrouvé la douille du projectile sur le sein gauche de sa femme. Jusqu'ici dans le procès, il a toujours été dit que la douille avait été retrouvée par les policiers sur la table du salon du couple.

Selon Ginette Bruneau-Brossard, une amie, Nicole Rainville craignait... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 2.0

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Selon Ginette Bruneau-Brossard, une amie, Nicole Rainville craignait que le juge Delisle trouve difficile de s'occuper d'elle après son AVC.

Le Soleil, Patrice Laroche

Nicole Rainville n'acceptait pas sa maladie, selon un témoin

Nicole Rainville en avait assez de dépendre de son mari à la suite de son accident vasculaire cérébral (AVC), survenu en 2007. «Ça va être terrible pour lui», avait-elle dit à une amie, lorsque Jacques Delisle a décidé de prendre sa retraite.

C'est ce que Ginette Bruneau-Brossard est venue exprimer, mardi, au 15e jour du procès de l'ex-juge Delisle, accusé du meurtre de sa femme. M. Delisle soutient qu'elle s'est suicidée en se tirant une balle dans la tête, le 12 novembre 2009.

Mme Bruneau-Brossard était devenue une amie de Nicole Rainville en 1992, quand leurs maris ont commencé à travailler ensemble à la Cour d'appel. Elles se voyaient quelques fois par année, lors de rencontres et de séjours à Québec ou à Montréal.

Mme Bruneau-Brossard a vu Nicole Rainville à plus d'une reprise après son AVC. Selon elle, la femme de Jacques Delisle n'acceptait pas sa maladie et elle disait souvent qu'elle «aimerait mieux mourir» que de «vivre comme ça».

Lorsque M. Delisle a pris sa retraite en avril 2009, Nicole Rainville craignait qu'il trouve difficile de s'occuper d'elle. «Ça va être terrible pour lui», avait-elle dit à Mme Bruneau-Brossard.

L'ancienne physiothérapeute la réconfortait et l'encourageait à «travailler son côté gauche», qui n'était pas paralysé.

Questionnée par la Couronne, Mme Bruneau-Brossard a avoué qu'elle n'a jamais prévenu Jacques Delisle que sa femme semblait découragée.

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