Procès de l'ex-juge Delisle: la poursuite joue sa carte maîtresse

Le procès de l'ex-juge Jacques Delisle, accusé du meurtre prémédité de sa... (Le Soleil, Jocelyn Bernier)

Agrandir

Le Soleil, Jocelyn Bernier

Olivier Parent

Olivier Parent
Le Soleil

(Québec) Le procès de l'ex-juge Jacques Delisle, accusé du meurtre prémédité de sa femme, est officiellement
à mi-parcours, la Couronne ayant mis un point final à sa preuve. Mais avant de passer le flambeau
à la défense, la poursuite avait gardé une carte dans sa manche: le témoignage de la maîtresse et ex-secrétaire de M. Delisle. Très attendue, sa présence a fait courir des dizaines de curieux au palais de justice de Québec. Une fois le voile levé sur la double vie de l'accusé, la défense a fait entendre ses premiers témoins, dont le fils et la femme de ménage du couple. Résumé d'une troisième semaine riche en émotions.

MARDI

Le procès reprend avec des flammèches entre la défense et une experte de la Couronne. La spécialiste en taches et en projection de sang Jacinthe Prévost est rappelée à la barre par Me Jacques Larochelle, qui représente Jacques Delisle. L'avocat l'interroge sur la provenance du sang trouvé sur le divan où est morte Nicole Rainville, le 12 novembre 2009. Me Larochelle cite allègrement des écrits scientifiques qui militent en faveur d'une projection de sang causée par une toux ou une pression exercée par un ambulancier. Mme Prévost maintient sa position: le sang qui a taché le canapé provient de la blessure de la dame - par l'effet du coup de feu - et non pas d'une toux lorsqu'elle agonisait. La tension monte à quelques reprises, l'experte reprochant à Me Larochelle la sévérité de son propos. C'en est trop lorsque le procureur lui lance sèchement un «D'après vous?!» «Monsieur Larochelle! Pourquoi vous me parlez comme ça? Est-ce qu'on se chicane ou on se parle de faits?», s'impatiente-t-elle. Le juge Claude Gagnon désamorce la situation, puis la spécialiste est libérée.

Un expert français en balistique vient à la rescousse de la thèse du confrère Gilbert Gravel, durement ébranlé la semaine précédente par la défense. André Desmarais, chef du département balistique du service de police de Marseille, soutient lui aussi que le tir qui a tué Mme Rainville a été fait à bout touchant, donc près de la tête. Que le pistolet ayant causé sa mort fonctionnait «normalement». Que la pression nécessaire pour déclencher le tir est «supérieure à la normale» et qu'il s'agit donc d'une arme conçue pour les non-initiés.

MERCREDI

L'expert français André Desmarais conclut que la femme de Jacques Delisle repoussait l'arme au moment où elle a été tuée d'une balle à la tête, c'est pourquoi sa main gauche était tachée de noir de fumée. Il ne croit pas que la dame de 71 ans soit parvenue à se tirer près de la tête avec sa seule main valide, tout en la tachant avec la suie qui s'échappe du canon de l'arme. Une «réaction de défense» lui semble plus plausible et il est le deuxième expert de la Couronne à rejeter la thèse du suicide. Me Jacques Larochelle ressort l'hypothèse du tir fait en tenant l'arme à l'envers, ce qui déstabilise M. Desmarais. Celui-ci teste la position sortie du chapeau de la défense, mais l'invalide en précisant que les traces de poudre causées par ce tir hypothétique ne correspondent pas à celles visibles dans la main de Mme Rainville.

Le moment attendu par plusieurs est arrivé. La maîtresse de Jacques Delisle s'amène à la barre, intimidée et peu à l'aise, pour détailler la liaison amoureuse qu'elle a entretenue avec l'ancien juge de la Cour d'appel. Johanne Plamondon explique avoir été sa secrétaire pendant 26 ans et être devenue son amante «quelques mois» avant que la femme de M. Delisle ait été terrassée par un accident vasculaire cérébral (AVC), en avril 2007. «Je l'aimais. J'imagine que lui aussi m'aimait», murmure-t-elle. La femme de 57 ans explique qu'elle a cru que sa relation intime avec M. Delisle se terminerait quand il prendrait sa retraite, en avril 2009. Il a néanmoins continué à l'appeler et à la rejoindre le matin dans Saint-Roch pour ensuite la déposer au travail. Ce qu'il n'a pas manqué de faire le lendemain de la mort de Nicole Rainville. «C'est là qu'il m'a dit que sa femme s'était enlevé la vie», se souvient Mme Plamondon. Elle révèle qu'avant la mort de Mme Rainville, son ex-«patron» lui avait demandé d'envisager la possibilité de faire vie commune. Désormais veuf, au printemps 2010, il lui avait fait comprendre qu'elle devait se décider et qu'il respecterait son choix. «Parce que lui, il voulait avoir une autre vie. Il voulait voyager, faire autre chose», exprime celle qui était alors en pleine dépression. En juin 2010, deux jours après avoir dit à son mari qu'elle le quittait, l'ex-juge était arrêté par les policiers. Johanne Plamondon vit toujours avec son mari.

JEUDI

Une notaire révèle qu'en cas de divorce, Jacques Delisle aurait dû céder à sa femme la moitié de sa fortune d'environ 3 millions$. Ce mobile financier clôt la preuve de la Couronne.

Marcel Carbonneau, un ami de longue date de Jacques Delisle, vient par la suite évoquer que Nicole Rainville lui avait partagé la volonté d'en finir. «De toute façon, je sais où il y a l'arme», lui aurait-elle dit après son AVC. Même s'il la savait «un peu dépressive», l'ancien chirurgien orthopédiste ne s'est pas inquiété de ses propos, croyant qu'elle ne pouvait passer à l'acte en raison de sa condition physique. Rabroué par la Couronne, le témoin de la défense avoue qu'il n'a jamais partagé à quiconque cette confidence de Mme Rainville.

La femme de ménage des Delisle, Marjolaine Castonguay, rapporte elle aussi des propos suicidaires tenus par Mme Rainville et mentionne que la dame arrivait à se déplacer toute seule dans son appartement.

VENDREDI

Jean Delisle, le fils du couple, fait l'éloge de son père en parlant d'un mari «irréprochable» et d'un homme qui a le coeur sur la main (dont Le Soleil rend compte en page 12).

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer