Procès Delisle: la maîtresse de l'ex-juge témoigne

Sur le même thème

Dernier témoin très attendu de la Couronne, Mme Plamondon est venue détailler la liaison amoureuse qu'elle a entretenue avec Jacques Delisle pendant plus de trois ans. Plus d'une centaine de curieux s'étaient présentés au palais de justice de Québec pour l'occasion, la salle d'audience étant presque à pleine capacité.

S'exprimant d'une voix plutôt faible, la femme de 57 ans aux cheveux brun foncé s'est souvent montrée évasive sur les dates et les années précises de son récit. Elle a dit être mariée depuis 34 ans, lorsque questionnée à ce sujet par le procureur de la Couronne, Me Steve Magnan.

Sa relation avec Jacques Delisle n'a longtemps été que professionnelle et amicale, a-t-elle expliqué. Ils se côtoyaient depuis 1983, au moment où M. Delisle siégeait comme juge à la Cour supérieure et elle était sa secrétaire. Lorsqu'il a été nommé à la Cour d'appel en 1992, Mme Plamondon l'a suivie.

«On s'entendait bien, on avait du plaisir même quand on avait de grosses journées», a-t-elle relaté. Johanne Plamondon n'a jamais vu la femme de Jacques Delisle, mais elle connaissait ses deux enfants, pour les avoir côtoyés à quelques occasions.

Les deux collègues s'étaient «rapprochés» quelques mois avant que Nicole Rainville fasse un accident vasculaire cérébral (AVC), en avril 2007. Ils ne s'affichaient toutefois pas publiquement, a précisé Mme Plamondon. À cette époque, il est arrivé qu'elle prenne des congés en après-midi «pour s'évader» avec l'ancien juge. «Je l'aimais. J'imagine que lui aussi m'aimait», a-t-elle murmuré.

Après que sa femme eut été laissée paralysée du côté droit par son AVC, M. Delisle a continué à voir sa maîtresse. Celle-ci a cru «que ça se terminerait» lorsqu'il prendrait sa retraite, en avril 2009. Il n'en fut rien. Entre ce moment et décembre 2009, Jacques Delisle a appelé Mme Plamondon à 231 reprises, dont 193 fois à son travail, selon un rapport d'enquête déposé par la Couronne.

Rencontres dans Saint-Roch

Le matin, il la rejoignait fréquemment à la bibliothèque Gabrielle-Roy, pour ensuite aller la déposer à son travail, au palais de justice. «C'est sûr que quand elle [Nicole Rainville] était hospitalisée, il était peut-être plus disponible pour venir me chercher», a exprimé Mme Plamondon.

Le matin du 12 novembre 2009, Nicole Rainville est retrouvée morte d'une balle à la tête, allongée sur le divan du condo qu'elle partageait avec Jacques Delisle. Le lendemain matin, M. Delisle retrouve son amante dans Saint-Roch, comme à son habitude. «J'ai bien vu que ça n'allait pas. Il était tout pâle, tout bouleversé. Le temps de s'en venir [au palais de justice], il a dit «Il est arrivé quelque chose». J'étais loin de m'imaginer [ce que c'était]. C'est là qu'il m'a dit que sa femme s'était enlevé la vie», a raconté Johanne Plamondon.

Aux funérailles de Mme Rainville, l'ex-juge lui aurait dit de ne pas s'inquiéter s'il ne lui donnait plus de nouvelles, puisqu'il serait tenu occupé par l'enquête sur la mort de sa femme.

Mme Plamondon s'est aussi souvenue que «beaucoup plus tard», Jacques Delisle lui aurait parlé de l'arme ayant causé la mort de sa femme. Il lui aurait partagé qu'elle avait toujours été remisée dans son bureau, depuis l'époque où il avait été avocat. Il l'avait rapporté chez lui à sa retraite, voulait s'en débarrasser, mais ne «savait pas trop à qui l'envoyer», a-t-elle dit.

Me Steve Magnan a également interrogé la secrétaire sur le fait qu'elle avait déjà enregistré M. Delisle au registre des armes à feu. Elle n'a pu donner plus de détails, n'ayant pas porté attention aux armes en question.

Sur le point d'emménager ensemble

Après avoir longtemps hésité, la maîtresse et ex-secrétaire de Jacques Delisle était sur le point de s'installer chez lui lorsque l'ex-juge a été arrêté par les policiers, le 15 juin 2010. «Je ne suis jamais partie», a bredouillé Mme Plamondon.

Le témoin s'est remémoré la fin de semaine pendant laquelle elle avait annoncé à son mari qu'elle le quittait et que Jacques Delisle était prêt à la «recevoir». Le mardi suivant, son amant était arrêté. Elle comptait emménager chez lui dans les jours suivants. Ce qu'elle n'a jamais fait, vu la tournure des événements.

Johanne Plamondon a raconté avoir longtemps tergiversé avant de prendre la décision de vivre avec son ancien «patron».

Avant la mort de sa femme, en novembre 2009, M. Delisle avait laissé entendre à Mme Plamondon qu'ils pourraient «éventuellement» faire vie commune. «C'était pas pour le lendemain», a-t-elle précisé.

Au printemps 2010, «c'était plus évident qu'il voulait que je vienne vivre avec lui», a-t-elle ensuite reconnu. M. Delisle lui avait fait comprendre qu'elle devrait un jour ou l'autre choisir entre lui et son mari. «Parce que lui, il voulait avoir une autre vie. Il voulait voyager, faire autre chose» après la mort de Mme Rainville, a-t-elle soutenu. Il lui avait d'ailleurs proposé de partir en croisière à l'été 2010.

Mais à cette époque, Mme Plamondon souffrait d'une dépression. «J'avais de la difficulté à me comprendre moi-même. C'était très difficile de prendre une décision», a-t-elle confié.

Elle a tout de même précisé que Jacques Delisle s'était montré «très gentil, très compatissant» pendant cette période difficile. L'ancien juge avait notamment évoqué la possibilité d'aller vivre ailleurs avec Mme Plamondon, voyant qu'elle était réticente à l'idée d'emménager dans l'appartement où il avait vécu avec Mme Rainville.

Me Jacques Larochelle, qui défend M. Delisle, n'a posé qu'une seule question à Johanne Plamondon pendant son contre-interrogatoire. L'avocat a demandé s'il était exact que M. Delisle lui avait bien dit qu'elle était libre de s'installer ou pas avec lui, ce que Mme Plamondon a confirmé.

La dame a ensuite été libérée par le juge Claude Gagnon. Il n'a pas été précisé au cours du témoignage d'un peu plus d'une heure si les deux amants ont toujours une relation intime.

Une maîtresse discrète

Par ailleurs, contrairement aux 20 autres témoins de la Couronne qui ont défilé jusqu'ici à la barre, Mme Plamondon n'est pas sortie de la salle d'audience par la porte principale. Cette exemption lui a permis d'éviter les caméras qui l'attendaient à l'extérieur. Le procureur de la Couronne a d'ailleurs demandé au juge qu'elle puisse rester dans la salle lors de la pause, ce que les constables ne tolèrent habituellement pas.

À noter que Mme Plamondon travaille toujours comme secrétaire à la Cour d'appel, au palais de justice de Québec.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer