Procès Delisle: un expert français en renfort

Olivier Parent

Olivier Parent
Le Soleil

(Québec) Après que l'expert en balistique Gilbert Gravel eut été durement attaqué par la défense, un collègue français est venu étoffer certains éléments de sa thèse, mardi, au procès de l'ex-juge Jacques Delisle, accusé du meurtre prémédité de sa femme.

La semaine dernière, l'expert Gravel assurait qu'il était impossible que la femme de Jacques Delisle se soit tiré une balle dans la tête avec sa seule main valide, la gauche, tout en la tachant de noir de fumée. M. Gravel avait tout de même avoué qu'il était «faisable» de faire feu en tenant le pistolet à l'envers. Me Jacques Larochelle, qui défend M. Delisle, en avait profité pour valider des hypothèses corroborant la thèse du suicide de Nicole Rainville, le matin du 12 novembre 2009.

Mardi, c'était au tour d'André Desmarais, chef du département balistique du service de police de Marseille, en France, d'exposer les résultats de ses tirs d'essai réalisés quelques mois après M. Gravel, à Montréal. À l'aide d'une main en plastique recouverte de similicuir et d'une tête faite de tissu résistant, M. Desmarais a pu confirmer que la tache de noir de fumée avait été causée par un tir à bout touchant, donc près de la tête.

Il a découvert que ce même tir créait des traces noires sous la peau lorsque la main était presque appuyée sur la tempe. Ce qui vient appuyer la présence de noir de fumée dans le crâne de Mme Rainville, découvert par le pathologiste André Bourgault.

En comparant la main de Mme Rainville et la fausse main, M. Desmarais a fait ressortir que les deux étaient tachées de manière semblable par le noir de fumée, avec une partie plus foncée et une autre plus petite à la base du pouce. L'expert français a aussi spécifié que le pistolet ayant causé la mort de Mme Rainville fonctionnait «normalement». Le témoignage d'André Desmarais se poursuit mercredi.

En matinée, la défense a rappelé à la barre la spécialiste en taches et en projection de sang Jacinthe Prévost, qui est demeurée ferme sur sa position. Selon elle, le sang retrouvé sur le divan où Nicole Rainville était couchée a été projeté par l'effet du coup de feu et non pas par une toux de la dame. Me Jacques Larochelle a cité des sources scientifiques rappelant que des gouttelettes de sang projetées par une toux ressemblent souvent à celles causées par une blessure. Ainsi, il est «possible», selon la défense, que la projection de sang de Mme Rainville provienne d'une «toux instinctive» ou encore de la «forte pression» exercée par un ambulancier pour constater le décès de la dame.

«Est-ce qu'on se chicane?»

«En toute humilité, je n'y crois pas», a exprimé Mme Prévost, qui n'a d'ailleurs pas apprécié le ton de Me Larochelle pendant la suite de son témoignage. «C'est assez sévère comme interrogatoire», lui a-t-elle dit, après que l'avocat l'eut soupçonnée d'avoir été avisée des questions qui lui seraient posées.

Plus tard, Me Larochelle a sèchement lancé «D'après vous?!» à la spécialiste qui demandait s'il faisait référence à Nicole Rainville. «Monsieur Larochelle, pourquoi vous me parlez comme ça? Est-ce qu'on se chicane ou on se parle de faits?», a demandé Mme Prévost.

Le juge Claude Gagnon est alors intervenu, tout comme lors des objections répétées du procureur de la Couronne, Me Steve Magnan, qui avait l'impression que la défense voulait refaire son contre-interrogatoire. «Ce n'est pas une deuxième chance [d'aller] au bâton», a plaidé Me Magnan.

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