Procès Delisle: les conclusions du pathologiste décortiquées

Olivier Parent

Olivier Parent
Le Soleil

(Québec) Avec sa verve habituelle, Me Jacques Larochelle, qui défend l'ex-juge Jacques Delisle, accusé du meurtre prémédité de sa femme, a passé au crible les conclusions présentées lundi par le pathologiste André Bourgault, au palais de justice de Québec.

La défense s'est attardée à la déformation du... (Photo fournie par le ministère de la Sécurité publique) - image 1.0

Agrandir

La défense s'est attardée à la déformation du projectile retrouvé dans le crâne de Nicole Rainville.

Photo fournie par le ministère de la Sécurité publique

Nicole Rainville a été retrouvée morte d'une balle dans la tête, le 12 novembre 2009, allongée sur le divan de l'appartement qu'elle occupait depuis 20 ans avec l'ex-juge Delisle.

Lundi, le Dr Bourgault avait laissé entendre qu'il était difficile de croire que la dame se soit suicidée en raison de la découverte dans sa main gauche d'une tache de noir de fumée, une poudre qui sort de la bouche du canon lors d'un coup de feu. D'autant plus que le tir avait été fait à bout touchant «ou presque». Cette proximité du tir était confirmée par l'«aspect étoilé» de la plaie, avait-il précisé.

Dans un contre-interrogatoire exténuant de près de trois heures, Me Larochelle a multiplié les questions pointues et demandé à plusieurs reprises au pathologiste sur quelle autorité ou étude il s'appuyait pour formuler ses hypothèses. «C'est un peu l'ensemble de mes connaissances», a rétorqué l'expert.

Angles possibles

En reprenant l'argument de la proximité du tir, Me Larochelle s'est servi de l'arme qui a causé la mort de Mme Rainville pour mimer sur sa tête les angles possibles. Il voulait ainsi démontrer qu'en l'appuyant sur la tempe, le noir de fumée pouvait difficilement s'échapper. André Bourgault a toutefois indiqué qu'un jeu d'environ 1 cm avait permis à la poudre noire de se déposer sur la seule main valide de la présumée victime.

La défense s'est aussi attardée à la déformation du projectile retrouvé dans le crâne de Mme Rainville. Me Larochelle a trouvé «un peu surprenante» l'affirmation du pathologiste selon laquelle la balle aurait «écrasé» en se fracassant contre l'arrière du crâne plutôt qu'à son entrée, puisque M. Bourgault a lui-même noté qu'elle n'avait pas causé de dommages à la fin de sa trajectoire. «Je ne suis pas sûr que l'un exclut l'autre», a fini par répondre le docteur.

Par ailleurs, Me Jacques Larochelle a souligné que la littérature scientifique présentait la tempe comme le «site de prédilection» lors des suicides par arme à feu. M. Bourgault a nuancé ces propos en parlant d'endroit «le plus fréquent».

La tête tournée vers le divan

La biologiste Jacinthe Prévost est venue à la barre, mardi, pour apporter une information chère à la Couronne. La spécialiste en interprétation de tache et projection de sang a analysé les photos des lieux où a été retrouvée Nicole Rainville, en particulier le divan du salon de l'appartement du couple. Selon Mme Prévost, il est clair que la tête de Mme Rainville était tournée vers le dossier du divan au moment où le coup de feu a été tiré.

Cela est confirmé par la projection de sang dans le bas du dossier du divan, a-t-elle exposé à l'aide de multiples photos. Et ces gouttelettes de sang proviendraient de la blessure à la tempe gauche de la dame.

On en saura davantage, mercredi, avec la poursuite du témoignage de l'experte.

Une seule trace d'ADN sur l'arme

Seul l'ADN de Nicole Rainville a été retrouvé sur l'arme ayant causé sa mort. C'est ce qu'a révélé la biologiste judiciaire France Gingras, mardi. Mme Gingras a expliqué qu'à l'aide de prélèvements, elle arrive à identifier un ADN soit par la présence de sang, soit par les cellules laissées par contact. Elle n'a toutefois pu préciser de quelle façon l'ADN de la femme de M. Delisle avait été détecté sur le pistolet de calibre .22.

Les traces de deux autres personnes ont été découvertes sur une boîte contenant deux morceaux de plastique, trouvée non loin du corps de Mme Rainville, mais leur faible quantité n'a pas permis de mieux les identifier.

En réponse au procureur de la Couronne, Me Steve Magnan, la biologiste a cependant affirmé qu'on pouvait manipuler un objet sans y laisser son ADN.

Médicaments dans le sang

Deux autres témoins experts ont été appelés, mardi, à livrer le fruit de leurs analyses. La toxicologue judiciaire Nathalie Goudreau a indiqué aux jurés qu'elle avait retrouvé des traces d'antidépresseur et de somnifère dans l'organisme de Nicole Rainville après sa mort. Ces médicaments avaient toutefois une concentration «normale», selon Mme Goudreau. Ils avaient été ingérés de manière «thérapeutique» par la femme de Jacques Delisle et n'étaient donc pas dangereux.

Le chimiste André Tremblay est quant à lui venu clarifier la nature des particules de poudre blanchâtre détectées sur le divan où est morte Mme Rainville. Il s'agissait en fait d'un résidu biologique.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer