Les «bâtons cinétiques» utilisés au «compte-goutte», dit la SQ

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Une «balle de caoutchouc»

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Annie Mathieu
Le Soleil

(Québec) Les «bâtons cinétiques», communément appelés «balles de caoutchouc», sont utilisés au compte-goutte et seulement envers des individus très agressifs ou dangereux. C'est du moins ce que soutient la Sûreté du Québec (SQ), qui jure que jamais la tête ou les organes vitaux ne sont visés par les policiers.

Une trentaine de ces projectiles ont été tirés au cours de l'émeute de vendredi à Victoriaville, selon le conseiller en communication et à la surveillance du territoire de la SQ, le lieutenant Michel Brunet. Et si des manifestants ont été blessés, il n'est pas dit que c'est par des bâtons cinétiques.

«Il y a des gens blessés ou blessés gravement qui ont reçu des projectiles, mais leur nature n'a pas été déterminée», soutient M. Brunet, qui précise qu'une enquête est présentement en cours sur les événements survenus à l'extérieur du Centre des congrès de Victoriaville, où se tenait le congrès du Parti libéral du Québec.

«Que des ecchymoses»

Le lieutenant admet néanmoins que lors de la manifestation qui a tourné en émeute, un tir peut avoir dévié. «Les gens bougent énormément, ils se poussent les uns les autres. Une personne pourrait avoir été atteinte», reconnaît-il. «Mais jamais la tête ou les organes vitaux ne sont visés, ce n'est pas une pratique à la Sûreté du Québec», soutient le lieutenant, qui explique que l'arme sert à «neutraliser».

La vitesse à laquelle le projectile est lancé doit normalement ne causer que des ecchymoses «de grosseurs variées», ajoute-t-il.

Michel Brunet explique par ailleurs que les bâtons cinétiques, qui sont tirés avec l'aide d'armes appelées ARWEN-37, ne sont utilisés que «parcimonieusement». Au cours des dernières années, les policiers de la SQ s'en seraient servis seulement au Sommet des Amériques en 2001 et à celui de Montebello en 2007.

Les projectiles verts fluorescents en composite plastique mesurent 110 millimètres de long et 37 millimètres de diamètre. Ils ne sont pas employés pour contrôler les foules, mais plutôt pour cibler des individus, soutient le représentant de la SQ. Ainsi, les participants à une manifestation peuvent être «coopératifs, passifs, actifs, agressifs ou violents», énumère M. Brunet, précisant que la fameuse arme n'est employée qu'envers des individus qui se classent dans la dernière catégorie.

«C'est des gens qui vont lancer des projectiles assez gros pour blesser [...]. Quand c'est rendu de la violence extrême, on peut cibler cette personne comme quelqu'un de très agressif ou dangereux qui commet un acte criminel», explique-t-il. Il s'agit ainsi d'un moyen intermédiaire entre l'utilisation d'irritants chimiques pour disperser les foules et celui d'une arme à feu pour protéger la vie d'un agent.

Selon Michel Brunet, les policiers de la SQ sont formés annuellement pour utiliser des bâtons cinétiques, qui sont, dit-il, très répandus dans tous les corps policiers au pays.

Utilisés aux États-Unis malgré une interdiction

Même si cela est défendu par la loi américaine, des policiers ont déjà eu recours à des balles de caoutchouc pour disperser des individus lors de manifestations aux États-Unis.

Selon le professeur associé à l'Université du Missouri-St. Louis, le criminologue David A. Klinger, des agents ont déjà été blâmés à la suite d'une manifestation qui a eu lieu à Oakland en Californie il y a quelques années. «Des policiers avaient utilisé leurs armes contre un groupe de personnes qui ne voulaient pas se disperser», explique-t-il. Or, selon lui, si une personne ne présente pas une menace, l'utilisation de balles de caoutchouc par les policiers est injustifiée.

Ce type d'armes, soutient M. Klinger, a été conçu pour permettre aux forces de l'ordre de contrôler à distance des individus munis d'armes inhabituelles comme des machettes. S'il croit qu'il est normal pour les policiers d'en être équipés, il prétend à l'inverse qu'une personne «innocente» ne devrait pas en être la cible. «Si cette femme n'était pas menaçante et que personne près d'elle ne présentait une menace, cela ne fait aucun sens de lancer un tel projectile», a-t-il soutenu lorsque questionné au sujet de Dominique Laliberté. Il précise néanmoins qu'il est difficile pour lui de s'avancer à ce sujet car il ne connaît pas le cas particulier.

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