Le procureur de la Couronne, Me Steve Magnan, a conclu ainsi son exposé de preuve aux jurés mardi, à l'ouverture du procès de l'ex-juge accusé du meurtre prémédité de sa femme. Durant l'hospitalisation de celle-ci, quelques semaines avant sa mort, il avait évoqué la possibilité de faire vie commune avec sa maîtresse. Les jurés pourront voir et entendre cette femme puisqu'elle témoignera pour la poursuite, a indiqué Me Magnan.
Ce matin du 12 novembre 2009, deux semaines après la sortie de Mme Rainville de l'hôpital, les deux premiers agents de police arrivés à l'appartement du Boisé des Augustines trouvent la femme de 71 ans allongée sur le divan. Elle a une marque à la tempe gauche et une arme, propriété de Jacques Delisle, se trouve près d'elle, sur le sol.
D'autres policiers et les ambulanciers tentent ensuite de la réanimer, en vain. Le corps est donc transporté au Centre hospitalier de l'Université Laval, où le décès est constaté. À la résidence du couple, les agents avaient tenté de réconforter le mari, croyant alors à un suicide.
À la suite des constatations faites par le technicien en scène de crime, une enquête est toutefois lancée. Le médecin qui a pratiqué l'autopsie et un chimiste du Laboratoire de sciences judiciaires et de pathologie judiciaire témoigneront ultérieurement pour confirmer qu'une tache de noir de fumée dans la main de Mme Rainville pose problème, a annoncé le procureur de la Couronne. Des expériences avec l'arme afin de trouver une explication à la présence de cette tache ont aussi été faites, et un expert en balistique en livrera les résultats aux quatre femmes et huit hommes du jury.
D'ores et déjà, Me Magnan leur a révélé que, selon le rapport de l'expert, Mme Rainville n'a pu utiliser sa main gauche pour tirer le coup de feu mortel. Elle n'a pas pu utiliser sa main droite non plus, car son bras était paralysé. Conclusion: on ne se trouve pas en présence d'un suicide, mais bien d'un meurtre.
Avant de mourir, la victime était souffrante et elle avait de la difficulté à se déplacer. D'ailleurs, elle avait déjà exprimé des idées suicidaires, a souligné le procureur en indiquant qu'il lui faudra de deux semaines et demie à trois semaines pour faire entendre tous ses témoins.
Une tache dans la main de la victime déclenche l'enquête
Jamais en 17 ans de carrière dans la police Denis Turcotte, technicien en scène de crime, n'avait vu une telle tache de noir de fumée dans la main d'une personne ayant utilisé une arme à feu. C'est ce qui a mis la puce à l'oreille des policiers lorsqu'ils ont examiné le corps de Nicole Rainville, la femme de l'ex-juge Jacques Delisle.
Cette tache importante avait le diamètre d'une pièce de 2 $. Le noir de fumée sort de la bouche du canon de l'arme lorsqu'un coup de feu est tiré, a expliqué le policier aux jurés. C'était aussi la première fois que Denis Turcotte voyait qu'une femme s'était suicidée à l'aide d'une arme à feu, comme le lui disait Jacques Delisle.
Lorsque le technicien est arrivé au Boisé des Augustines, le matin du 12 novembre, le sergent de patrouille lui a déclaré qu'après une dispute avec sa femme, l'ex-juge était sorti pour acheter des salades. Le sergent a ajouté que le chargeur de l'arme avait été enlevé.
Un autre policier indique que cette arme se trouvait dans une boîte, près de la porte d'entrée de l'appartement cossu avec vue sur le fleuve. Le technicien observe à son tour que la victime de 71 ans a une ecchymose au coin de l'oeil gauche, tout près de la plaie d'entrée de la balle. Il aperçoit aussi une douille sur une table, à quelque 80 cm de l'oreiller sur lequel reposait la tête de Mme Rainville.
Au milieu de ses expertises, durant l'après-midi, le technicien en scène de crime est informé par un supérieur qu'il doit évacuer l'appartement, sans qu'il puisse récupérer les pièces à conviction. Il lui faudra des mandats pour y poursuivre son travail.
Il les obtient vers minuit. Il peut donc récupérer la boîte ayant contenu le pistolet de calibre 22 et sur laquelle se trouve l'inscription Sterling Arms Corp. Une lettre signée «Pauline xxx» et adressée à la victime se trouvait aussi près d'elle.
Quant à l'arme elle-même, l'agent Turcotte a noté que son cran de sûreté n'avait pas été mis, ce qu'il a trouvé curieux, car on lui avait indiqué que c'est l'ex-juge Delisle qui en avait retiré le chargeur, «par mesure de sécurité». Une balle était restée dans la chambre et elle aurait donc pu être tirée. Tant sur l'arme que sur le chargeur et la boîte, on n'a ensuite trouvé aucune empreinte ni aucune trace d'ADN.
Le technicien en scène de crime revient à la barre ce matin pour être contre-interrogé par l'avocat de l'accusé, Me Jacques Larochelle.