«Tout semblait serein quand un groupe d'individus vêtus de noir a décidé de tester le périmètre de sécurité. Ces gens ont fait tomber les clôtures et ont commencé à lancer des projectiles. Ce n'est qu'à ce moment que des policiers antiémeute sont intervenus et que la manifestation a été déclarée illégale, puis qualifiée d'émeute», expliquait samedi le capitaine Jean Finet, de la SQ. «Je ne crois pas que ces actes soient le fait des organisations étudiantes qui souhaitaient protester contre la hausse des frais de scolarité, mais bien de personnes qui avaient une tout autre intention, soit de casser et de commettre des actes criminels. C'est pour cette raison que nous avons utilisé les gaz lacrymogènes afin d'éloigner les manifestants et de refaire un périmètre sécuritaire», poursuit-il.
La SQ répertorie six blessés parmi ses agents et autant parmi les manifestants. «Trois policiers ont été conduits à l'hôpital. Chez les manifestants, deux personnes ont subi des traumatismes crâniens», a poursuivi Jean Finet. Parmi les manifestants blessés, un jeune homme a subi un traumatisme crânien sévère qui avait au départ fait craindre pour sa vie. Son état était toutefois stabilisé samedi, mais il a perdu un oeil après avoir reçu un projectile au visage. Une autre manifestante qui aurait reçu une balle de caoutchouc au visage aurait perdu quelques dents.
Des manifestants qui étaient présents vendredi ont blâmé les policiers et les casseurs pour ces blessures graves. «J'ai vu le gars par terre avec l'oeil qui était sorti de son orbite. Je n'ai pas vu ce qui a provoqué ça, mais j'ai vu des policiers foncer sur des manifestants avec un pick-up peu de temps après», indique Jessica Pomerleau, de Saint-Hyacinthe. La SQ a toutefois nié samedi matin que ses agents aient foncé sur des manifestants, précisant qu'ils se rendaient plutôt aider un collègue en détresse. Marie-Josée Chevrier, 45 ans, de Repentigny, a quant à elle porté assistance à la jeune femme blessée au visage. «Le policier l'a pointée avec son fusil et lui a tiré une balle de caoutchouc au visage. Ses dents d'en arrière sont toutes tombées. Elle en avait deux dans la main et saignait beaucoup.»
Le capitaine Finet a tout de même défendu les méthodes d'intervention de son corps policier. «Oui, nous avons utilisé des lacrymogènes et des projectiles de caoutchouc. Mais des gaz irritants causent beaucoup moins de dommages que des bâtons et des boucliers. Et une balle de caoutchouc, ça ne fracasse pas le crâne de personne. Nous savons toutefois que des manifestants ont été atteints à la tête par des pierres, des boules de billard et des briques lancées par les casseurs.»
Patrick Bourgeois, porte-parole du Réseau de résistance du Québécois, qui a participé aux manifestations de vendredi et de samedi, reconnaissait qu'il y avait eu de l'abus des deux côtés des barricades. «Il y a des colons des deux bords. C'est épais, un manifestant qui lance des roches qui blessent d'autres manifestants, mais c'est épais aussi un policier qui tire une balle de caoutchouc au visage de quelqu'un.»
106 arrestations
Quatre personnes ont été arrêtées au début de la manifestation pour s'en être prises à un policier. «Les images qu'on a pu voir à la télé étaient spectaculaires, mais heureusement, les blessures de ce policier n'étaient pas graves, et il était de retour au travail aujourd'hui [samedi]», poursuit le capitaine Finet. Alors que les manifestants paisibles quittaient les lieux, les policiers se concentraient sur ceux qui étaient demeurés sur place plus longtemps afin de poursuivre les hostilités. Trois autobus ont ainsi été interceptés et 106 arrestations ont été effectuées, dont trois récidivistes qui avaient déjà été appréhendés pour de la casse depuis le début du conflit étudiant. Les personnes arrêtées seront accusées d'avoir pris part à une manifestation illégale et d'avoir participé à une émeute.