Un agent de sécurité du parlement aurait épié les chambres du Hilton

Stéphane Robitaille, un ex-gardien ouvrier à l'Assemblée nationale,... (Le Soleil, Steve Deschênes)

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Stéphane Robitaille, un ex-gardien ouvrier à l'Assemblée nationale, affirme qu'une caméra de sécurité placée au sommet du parlement est utilisé à mauvais escient par un agent de la Sûreté du Québec.

Le Soleil, Steve Deschênes

Simon Boivin
Le Soleil

(Québec) Une caméra de sécurité qui trône au sommet du parlement se braque parfois sur les fenêtres des chambres de l'Hôtel Hilton pour tenter de voir à l'intérieur, dénonce un ex-employé de la sécurité.

Stéphane Robitaille a travaillé comme «gardien ouvrier» pendant la dernière année à l'Assemblée nationale. Son contrat n'a pas été renouvelé, et il conserve une certaine amertume quant à la gestion des employés occasionnels comme lui.

Au-delà des conditions de travail, il déplore que la caméra 81, située près du clocher du parlement, soit utilisée à mauvais escient par un agent de la Sûreté du Québec (SQ) au poste de contrôle.

«Quand ça m'est arrivé [en novembre], j'en ai discuté avec quelqu'un d'autre qui m'a dit: "Stéph, l'autre jour, même affaire. Il y en a un qui baisait sa femme. Je voyais le gars." Ça m'a dérangé.»

Deux autres sources qui tiennent à conserver l'anonymat, dont une est toujours à l'emploi de l'Assemblée, confirment avoir vécu la même expérience. «J'ai été témoin de ça, jure l'employé. À la console, on voit la caméra partir et elle va dans les chambres. J'en avais entendu parler, j'en ai été témoin et j'en ai réentendu parler par après.»

Les caméras de sécurité peuvent être contrôlées à partir de trois endroits séparés, nous explique-t-on. Mais lors des quarts de nuit, moment où se déroulent les gestes reprochés, ce nombre est réduit à deux: la console du gardien ouvrier et le poste de contrôle d'un agent de la SQ.

«C'est délicat en tabarouette», nous dit notre troisième source sur la question des caméras. Dans son cas, lorsque la chose s'est produite, il dit avoir ouvert une «note» à la console, qui enregistre l'heure et le jour, pour souligner qu'il n'était pas celui qui bougeait la caméra. «C'était pour me protéger, confie-t-il. S'il arrive un événement sur le terrain de l'Assemblée nationale, et qu'ils [les patrons] vont visionner la caméra et se rendent compte qu'au lieu d'être en face de l'Assemblée, elle est en train de vérifier autre chose... Je me protégeais comme ça. Ça n'arrivait pas souvent, mais c'est arrivé.»

Selon lui, ce comportement est imputable à un seul agent de la SQ. «Ce n'est pas généralisé, dit-il. Quand ça arrive, tu sais qui est en poste.»

Stéphane Robitaille affirme en avoir parlé à des collègues de l'agent. «On m'a dit que ce n'était pas la première fois, affirme-t-il. [...] C'est resté à l'interne. C'est resté entre les gars. Je sais qu'ils l'ont averti, mais ça n'a pas été plus loin.»

Doutes

Le responsable de la sécurité à l'Assemblée nationale, Pierre Duchaine, assure n'avoir jamais entendu parler de pareille histoire. Il doute même que cela ait pu se produire. Les caméras sont programmées pour noircir certains secteurs de leur champ de vision, explique-t-il. «Ce serait fort étonnant, affirme-t-il. Quand les caméras arrivent dans tel secteur, c'est le black-out total de tout ce qui s'appelle chambres. [...] C'est programmé, ce n'est pas quelque chose qu'on peut enlever.»

Pour lui, les propos de M. Robitaille sont des «allégations» sans preuve d'un «employé qui n'est pas satisfait de son sort».

Pour M. Robitaille et notre source-employé, le programme de noircissement n'empêche rien. «Quelqu'un m'a déjà parlé de ça, mais ça ne fonctionne pas, nous dit-on. C'était censé être comme ça, mais on l'avait déjà essayé avec des fenêtres et ça ne noircit pas.»

Pour en avoir le coeur net, Le Soleil a demandé à constater de visu le fonctionnement de la caméra.

Après avoir d'abord accepté notre demande, lundi, M. Duchaine, un gradé de la SQ, a finalement enjoint Le Soleil, qui s'était rendu à ses bureaux, à joindre les communications de l'Assemblée nationale. Le porte-parole Jean-Philippe Laprise a dit apprendre tout juste la situation. «Les caméras de sécurité ne servent qu'à des fins de sécurité, insiste-t-il. Nous allons vérifier ces allégations afin de savoir si elles sont vraies ou fausses.»

Mardi, une nouvelle demande a été adressée à l'Assemblée nationale pour visiter la console. Elle a été refusée pour des motifs de sécurité. Pour les mêmes raisons, il n'a pas été possible de connaître le modèle des caméras, ni leur capacité d'enregistrement.

Selon le type de caméra, son angle et la façon dont elle a été fixée, la capacité de zoom et la qualité de l'image peuvent différer, explique l'expert en sécurité François Marineau, de Technic Alarme. À son avis, même une caméra «moyenne» serait en mesure de faire un zoom efficace entre le parlement et le Hilton. Il ajoute que les programmes de masquage sont généralement efficaces pour noircir des zones. Une demi-journée suffit à installer un programme du genre sur une caméra, indique-t-il.

Les gardiens ouvriers occasionnels ne sont protégés par aucun syndicat. Les permanents sont représentés par Sonia Lapointe, présidente de la section Culture et Assemblée nationale du Syndicat de la fonction publique québécois. Elle assure n'avoir jamais entendu parler d'une caméra indiscrète à l'Assemblée nationale. «Pas du tout», dit-elle.

Conditions dénoncées

Ex-gardien ouvrier au parlement - à différencier des constables spéciaux ou des agents de la SQ -, Stéphane Robitaille dénonce par ailleurs la façon dont sont gérés les employés occasionnels comme lui. Les occasionnels doivent être disponibles en tout temps, même s'ils peuvent être plusieurs semaines sans obtenir d'heures de travail, dit M. Robitaille. Le système permet aux gestionnaires de répartir à leur guise leurs heures sur une période de cinq semaines sans verser d'heures supplémentaires, à moins d'atteindre un certain maximum, continue-t-il.

«Effectivement, on a des employés qui sont occasionnels, explique Pierre Duchaine, de la sécurité. Ils ne sont pas syndiqués. Donc, ils ont un statut bien particulier. Quand on les embauche, ils sont au courant et c'est bien clair.»

>> DERNIÈRE HEURE

En fin d'après-midi, mercredi, Le Soleil a appris qu'à la suite de nos appels, la caméra 81 a été bloquée de manière à limiter son champ visuel à l'avant de l'Assemblée nationale. Selon notre source à l'interne, il n'est désormais plus possible de la tourner vers l'Hôtel Hilton.

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