Québec quadruple l'effectif pour lutter contre la cyberpédophilie

Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil,... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, et le directeur général de la Sûreté du Québec, Richard Deschesnes, ont annoncé leur plan de riposte à la cyberpédophilie.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Jean-François Néron
Le Soleil

(Québec) La Sûreté du Québec (SQ) quadruple presque son effectif pour lutter contre le phénomène croissant de la cyberpédophilie. Ainsi, le module d'enquête sur l'exploitation sexuelle des enfants sur Internet (ESEI) passera de 9 à 34 personnes.

«C'est une préoccupation constante depuis quelques années. Derrière chaque image, il y a une victime. Derrière chaque visionnement d'image, il y a une nouvelle exploitation [d'enfant].»

Cette préoccupation du ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, se traduit par l'embauche de 21 nouveaux policiers et de quatre employés civils pour lutter «spécifiquement» contre la cyberpédophilie. Cet ajout d'effectif coûtera 3 millions$ additionnels par année.

L'annonce faite mardi s'inscrit, dit-il, dans une stratégie globale, visant à intensifier la lutte contre ce qu'il qualifie de «crime odieux».

D'ailleurs, le gouvernement du Québec travaille sur un projet de loi pour protéger les enfants contre la cyberpornographie juvénile. Cependant, le ministre n'a pas voulu s'avancer sur les dispositions de ce projet de loi, indiquant seulement que le but est d'améliorer la loi en vigueur.

Enquêtes en hausse

En janvier, le directeur général de la SQ, Richard Deschênes, confiait en entrevue au Soleil qu'il songeait à ajouter des ressources pour lutter plus efficacement contre ce «fléau». Mardi, le dg a confirmé que le phénomène est «grandissant», quoique difficile à quantifier.

En 2011, la SQ a reçu 400 plaintes concernant des délits en lien avec la cyberpédophilie. Il y a quelques années, ce nombre s'élevait à une centaine.

Le capitaine Frédéric Gaudreau travaille au bureau des enquêtes en cybercriminalité depuis maintenant huit ans. Il est à même de constater la hausse. «Plus il y a d'internautes, plus il y a de victimes potentielles. Quand on ouvre une nouvelle autoroute, il risque d'y avoir plus d'accidents», illustre-t-il.

À elle seule, l'augmentation fulgurante du nombre d'enquêtes depuis le début de l'année tend à justifier la nécessité d'embaucher du nouveau personnel. Au cours des trois premiers mois de 2012 seulement, déjà 36 dossiers ont été ouverts. En 2011, il y en a eu 83 pour l'année entière.

Des 25 personnes qui joindront le module de l'ESEI, cinq enquêteurs seront postés au quartier général du boulevard Pierre-Bertrand pour les dossiers touchant la capitale et l'Est-du-Québec. Auparavant, toutes les activités en matière de cyberpédophilie étaient centralisées à Montréal.

Unité spécialisée

La lutte contre la cybercriminalité remonte déjà à plusieurs années. Cependant, ce n'est qu'il y a un an et demi que la SQ dégageait 9 des 48 membres de l'unité de cybercriminalité pour créer un module spécifique de lutte contre la cyberpédophilie. C'est à ce module que se joindront les 25 nouvelles personnes embauchées.

Au Québec, 104 personnes luttent contre la cybercriminalité, si l'on tient compte de l'effectif des corps policiers de Montréal, de Québec, de Gatineau, de Laval et de Longueuil. Au sens large, la cybercriminalité inclut tout type de crime commis à l'aide d'un ordinateur, comme des menaces, de l'intimidation ou de la fraude.

Enquêtes complexes

Le personnel embauché permettra d'alléger les enquêtes souvent longues et complexes menées dans le cyberespace. Il y a d'abord la détection du crime, appelée cybervigie ou cyberpatrouille. Vient ensuite le travail de collecte de la preuve qui mènera à l'arrestation d'un suspect. Enfin, les policiers doivent extraire les données des ordinateurs saisis. De plus, les policiers doivent se soumettre à un cadre juridique.

Par conséquent, impossible d'agir comme le font les citoyens qui s'improvisent justiciers. Il n'y a qu'à penser à Dany Lacerte, cet homme de Québec qui, l'an passé, avait piégé des cyberprédateurs. Il les rencontrait après s'être fait passer pour une fille d'âge mineur.

Formation et prévention

La stratégie de lutte contre la cyberpédophilie envisagée comporte aussi des volets de formation des policiers, de prévention auprès des jeunes et de sensibilisation des parents. Les cyberprédateurs utilisent le leurre informatique pour rencontrer des personnes mineures. Ils cachent leur véritable identité et demandent des rencontres. C'est là que peuvent survenir des abus. Par contrainte ou innocence, d'autres jeunes se dévêtissent devant leur webcam.

«C'est sûr que si l'ordinateur familial reste dans une pièce fermée dans la maison, il y a plus de risques que surviennent des choses du genre», raconte Guy Lapointe, de la SQ, pour faire comprendre le rôle crucial de la prévention.

D'autre part, la SQ a formé au cours des derniers mois 258 enquêteurs de son organisation et de corps policiers municipaux.

9-1-1 Web

La porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de sécurité publique, Sylvie Roy, croit qu'une lutte efficace contre la cyberpédophilie passe par l'adoption d'une loi sur la dénonciation obligatoire de la pornographie juvénile.

«Au Manitoba, il y a une augmentation de 126 % du nombre de dénonciations. Si quelqu'un voit un collègue ou un membre de sa famille accéder à ce genre de matériel, il doit dénoncer. Je crois que c'est encore banalisé.»

Elle réclame la mise en service d'un 9-1-1 Web pour dénoncer ces crimes de leurre. «Quand les jeunes cherchent quelque chose, ils vont sur le Web. Actuellement, le site de la SQ invite les gens à dénoncer des choses en les référant à Cyberaide.ca, un organisme bénévole. S'il y a quelque chose qu'il ne faut pas sous-contracter, c'est bien son service de police», clame la députée.

Celle-ci souhaite aussi que Québec forme des procureurs de la Couronne spécialisés pour mieux administrer la preuve souvent complexe qui est soumise.

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