Messages mortels

Les textos et la conduite automobile ne font... (Photothèque Le Soleil)

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Les textos et la conduite automobile ne font pas bon ménage. Au cours des six derniers mois de l'année 2010, cinq automobilistes ont trouvé la mort sur les routes du Québec alors qu'ils envoyaient des messages textes au moment de l'accident qui leur aura été fatal.

Photothèque Le Soleil

(Québec) Dans certains cas, le conducteur avait aussi consommé de l'alcool avant l'accident, selon les rapports obtenus du Bureau du coroner.

Le Soleil fait un retour sur ces tragédies, alors qu'un jeune homme, Mathieu Fortin, a publié sur Facebook l'échange de messages textes qu'il a eu avec son amoureuse, Emy Brochu, quelques instants avant qu'elle ne soit impliquée dans un accident qui lui a coûté la vie, en janvier dernier. Il veut ainsi sensibiliser les gens aux dangers du cellulaire au volant.

Pas que des jeunes

Le premier cas nous rappelle que cette habitude des textos sur la route n'est pas seulement une affaire de jeunes. Le 5 juillet 2010, François Couture, 49 ans, se dirige vers l'ouest sur la route 112, à Saint-Paul-d'Abbotsford, près de Granby, quand il dévie dans l'autre voie, pour ensuite heurter de plein fouet un autobus qui vient en sens inverse. L'automobiliste est mort sur le coup, vers 19h.

Quelques instants auparavant, un premier automobiliste l'avait évité de justesse, alors qu'il s'était aussi retrouvé en sens inverse.

«Il [l'automobiliste qui a évité M. Couture avant l'accident] a noté à ce moment que M. Couture conduisait à haute vitesse avec seulement la main gauche qui tenait le volant et qu'il semblait être penché vers la droite», écrit la coroner Sylvie Dragon.

Le relevé d'utilisation du téléphone cellulaire de M. Couture a révélé qu'il avait envoyé et reçu un texto tout juste avant l'impact.

Les rapports toxicologiques ont démontré qu'au moment de l'accident, le conducteur présentait un degré d'alcoolémie égal à ce que le Code criminel permet pour la conduite automobile.

Alcool et textos, un mélange fatal

Le mélange alcool-textos aura aussi été fatal à Pierre-Luc Morin, 20 ans, quand il a effectué une sortie de route sur le boulevard Pontbriand, à Rawdon, le 11 août, peu après minuit. Le jeune homme a perdu la maîtrise de son véhicule dans une courbe, pour ensuite faire plusieurs tonneaux. Son décès a été constaté près de deux heures plus tard, à l'hôpital.

«L'analyse du contenu de son téléphone cellulaire [...] permet de croire que Pierre-Luc Morin était occupé à envoyer un texto au moment où s'est produite sa sortie de route», écrit la coroner Catherine Rudel-Tessier. «Il avait consommé, plus tôt dans la soirée, quelques bières avec des amis.»

Le 29 novembre, vers 18h, Jessy Bédard se dirige à l'aéroport civil de Bagotville pour y travailler. Un témoin aperçoit le véhicule du jeune homme de 18 ans se retrouver à deux reprises en sens inverse, avant le face-à-face qui lui a fauché la vie, sur la route 170, au Saguenay. Quand les policiers ont fouillé la voiture de la victime, ils ont trouvé sur le sol le BlackBerry de Jessy Bédard, qui était en mode texte.

«Nous pouvons affirmer sans l'ombre d'un doute que lors de l'accident, M. Jessy Bédard était en train de texter», écrit le coroner Michel Miron.

Tragique Noël

Noël aura pris une tournure dramatique pour les proches de Sanaz Ahmadi. La femme de 22 ans, une habituée des textos au volant, s'en allait chez un ami pour le réveillon, le 24 décembre, quand elle a fait des tonneaux sur l'autoroute 720 Ouest, à Montréal, aux alentours de 18h15.

Encore là, le relevé des communications du cellulaire de la victime a permis de savoir que Sanaz avait reçu et envoyé un texto dans les instants avant l'accident qui l'a tuée.

Finalement, Pascal Ayotte devait être en train de répondre à un texto quand le jeune homme de 18 ans a été impliqué dans un face-à-face qui lui a été fatal, le 30 décembre, vers 18h, sur la route 101, à Rouyn-Noranda.

«Son téléphone cellulaire est retrouvé entre ses jambes, l'écran vers le haut, trois lettres tapées à l'écran», a écrit la coroner Rudel-Tessier.

Commencer le plus tôt possible

La coroner Catherine Rudel-Tessier affirme que la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) doit continuer à marteler le message chez les jeunes que l'envoi de textos au volant peut se transformer en cauchemar.

Mme Rudel-Tessier a signé deux rapports qui démontrent le lien entre la mort de deux automobilistes et le fait de texter au volant. Ces accidents sont survenus il y a moins de deux ans.

«Que ce soit sur Internet, par la publicité et dans les cours de conduite, il faut commencer le plus tôt possible à répéter aux jeunes que cette pratique peut être très dangereuse, explique Mme Rudel-Tessier. On aimerait bien que les policiers fassent plus d'opérations de surveillance de ce phénomène, mais il faut le reconnaître, c'est très difficile pour les agents de prendre les fautifs en flagrant délit.»

Pas de peur

«Et surtout, les jeunes n'ont pas peur de se faire prendre, ajoute-t-elle. Quand on le voit que des gens faisaient du texting au volant, c'est qu'ils sont morts dans un accident!»

Une étude réalisée à l'été 2011 pour le compte de la SAAQ donne d'ailleurs raison à Mme Rudel-Tessier. Ce sondage réalisé sur Internet par la firme Léger Marketing démontre que 57 % des répondants ne craignent pas de recevoir une contravention pour une utilisation illégale du cellulaire au volant.

Malgré tout, une campagne de sensibilisation touchant les dangers des textos au volant, qui a été diffusée par la SAAQ en mars et en avril 2011 sur Internet et dans différents médias, a eu un effet sur son auditoire. Parmi les 1151 personnes qui ont répondu à ce sondage de juin 2011, la presque totalité estimait que texter au volant est très dangereux. Ce coup de sonde avait été effectué afin d'évaluer l'effet de la campagne publicitaire du printemps 2011, qui démontrait aussi les dangers de parler au cellulaire et de conduire au même moment.

Ce sondage a par contre mis en lumière que les 20-24 ans et les 25-34 ans ne croient pas qu'il est très dangereux de conduire et de parler au téléphone en même temps, dans une proportion de 38 % et de 27 %, respectivement.

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