En poste depuis seulement cinq semaines, le directeur de la police de Lévis, Yves Charette, a rencontré Le Soleil pour parler des orientations qu'il souhaite donner à son service. Parmi elles, la sécurité routière est une priorité. Tous les moyens pour l'améliorer seront mis de l'avant. «Je ne fais pas un choix entre une police préventive et une police plus répressive. Ça prend les deux.»
À l'automne, le syndicat des policiers se plaignait de la pression exercée sur ses membres par la direction pour faire respecter le quota imposé d'une contravention remise par quart de travail. Cette politique est-elle là pour rester?
«On va l'évaluer. Est-ce ça? Est-ce d'autres choses? Si j'ai des quantités à demander, et je ne vous dis pas que je vais en demander, ça va être pour atteindre un objectif. Et cet objectif va toujours demeurer la sécurité routière», lance celui qui dit par ailleurs détester l'emploi du mot quota.
«Si vous saviez comment ça vient me chercher. Parce que je sais que quota dans la tête du monde, ça veut dire qu'on force les policiers à donner des tickets. J'entends continuellement parler de "mine d'or". Toutes sortes d'expressions pour dire que les tickets, c'est fait pour faire de l'argent. Malheureusement, on fait trop une mauvaise publicité aux contraventions en matière de sécurité routière, estime M. Charette.
«C'est pas une question de quota, poursuit-il. C'est une question de dire comment je fais pour mesurer que mon personnel fait son travail. Un policier qui patrouille à Lévis pis qui me dit qu'il n'a jamais vu quelqu'un passer sur une rouge ou passer sur un stop ou faire de la vitesse, il ne patrouille pas dans la même ville que moi. Mon objectif ultime, c'est zéro contravention parce qu'il va y avoir zéro infraction.»
Le nouveau chef souligne que son budget n'a rien à voir avec le nombre de contraventions remises. Pour lui, il est important d'informer les gens sur les cibles que se donne son service et l'utilité des moyens déployés. «La population va savoir pourquoi on fait les choses. C'est pas parce que ça nous tente d'être pas fins. On ne se lève pas le matin en se bidonnant parce qu'on va faire payer du monde. Je veux donner du sens à ce qu'on fait. J'ai été patrouilleur, j'ai travaillé à la SAAQ [Société de l'assurance automobile du Québec]. J'en ai trop vu, de victimes», conclut-il.
Une confiance et une fierté à rebâtir
L'arrivée de M. Charette se fait sur fond de tensions profondes au sein de la police de Lévis. Le nouveau directeur se donne jusqu'à la fin de 2012 pour rétablir le lien de confiance avec les employés et la population, et redonner le sentiment de fierté aux membres de son service.
Septembre 2010, l'ex-chef Jean-François Roy est arrêté pour conduite avec les capacités affaiblies. En août 2011, la Commission des lésions professionnelles tranche: un policier a été la cible de harcèlement de la part d'un supérieur. En cours d'année, un comité d'experts identifie de nombreux problèmes dont un surcroît de travail pour les dirigeants, une difficulté à assurer la relève et un sérieux problème de direction en haut lieu.
«Le climat s'est amélioré. Je ne dis pas que tout est réglé. Il y a encore des blessures de ça», a constaté M. Charette au cours de ses rencontres avec les membres policiers et civils de son service. «Le sentiment de fierté a été sérieusement ébranlé. C'est certain, quand les citoyens et les journaux rapportent des faits [...] J'ai de la confiance à rebâtir, et ça, les gens me le disent. Dans la prochaine année, je veux qu'on ait pas mal retrouvé la question de la fierté, que les liens se soient recréés et que la confiance se soit rétablie, autant à l'intérieur de l'organisation qu'avec la population.»
D'autre part, il se dit heureux de la qualité du travail accompli au cours de la dernière année, malgré le contexte de travail difficile. «Les gens disent: "Charette, t'as un gros défi." C'est un beau défi. On parle d'un service qui va mal et qui a fait tout ça», lance M. Charette en référence à quelques chiffres préliminaires du rapport annuel qu'il a bien voulu partager avec Le Soleil.
L'an passé, il y a eu quatre accidents mortels, un de moins que l'année précédente. Le nombre de collisions avec blessés a aussi diminué passant de 654 à 605, tout comme le nombre de délits de fuite qui a chuté de 720 à 673. Seules les collisions avec dommages sont en hausse de 26, pour s'établir à 2140.
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Les jeunes d'abord
Rejoindre les jeunes est une priorité que se donne le directeur. «Nous sommes dans une ville avec l'une des plus fortes croissances au Québec. Le développement résidentiel, commercial et industriel bat son plein. Ça veut dire qu'il y a beaucoup de jeunes familles qui viennent s'établir sur notre territoire. Ça veut aussi dire qu'il y aura encore plus de jeunes, d'adolescents. Faut que je m'en occupe. Il faut leur parler. Comment on va les rejoindre?» Plusieurs moyens sont envisagés pour y parvenir, même la création d'une page Facebook.
Événement marquant
Yves Charette a passé 30 ans à la police de Montréal. Il avait même été identifié comme candidat potentiel pour remplacer l'ex-directeur Michel Sarrazin en 2005. Il a travaillé comme patrouilleur et enquêteur avant d'accéder à la haute direction. À 19 ans, il devient agent de sécurité chez Dupuis Frères à Montréal. Le 21 janvier 1975, au moins 12 clients du bar Gargantua, enfermés dans une pièce, meurent asphyxiés lors d'un incendie allumé par celui qu'on soupçonne être le réputé criminel Richard Blass (photo). Parmi les victimes, deux collègues de M. Charette. «C'est un événement qui marque. Ça m'a conforté dans mon choix de devenir policier.»
100 000 $ pour le nouveau poste
La Ville de Lévis a réservé 100 000 $ pour la réalisation d'une étude en vue de la construction d'un nouveau poste de police. C'était le souhait de l'ancien directeur, exprimé dès 2008. L'actuel poste du chemin du Sault à Charny, qui abrite l'équipe d'enquête et l'administration, est considéré depuis longtemps comme exigu. La construction d'un nouveau poste de police plus central et mieux adapté devrait se réaliser, possiblement dans le secteur de la 4e Avenue, avait-on dit à l'époque. Yves Charette dit suivre ce dossier de près sans en faire une priorité. Après tout, il rappelle n'être en poste que depuis un peu plus d'un mois. Il attendra la fin de l'étude pour se prononcer sur le projet.