Drame familial en Estrie: communautés en état de choc

«Laurence et Juliette étaient des petites filles modèles... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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«Laurence et Juliette étaient des petites filles modèles qui réussissaient très bien à l'école. [...] C'était vraiment une belle petite famille» - Marcel Boulanger, directeur de l'école des Sommets de Saint-Sébastien

Le Soleil, Pascal Ratthé

Ian Bussières
Le Soleil

(Québec) Le drame qui a frappé les familles Fillion et Morin vendredi soir à Saint-Romain a fortement touché les résidants de ce village et ceux de la municipalité voisine de Saint-Sébastien, qui ensemble comptent à peine plus de 1300 habitants.

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Juliette et Laurence Fillion

«C'est inconcevable qu'un enfant fasse ça à sa mère et à deux petites filles!» lance une employée du restaurant Chez Dadou, où le triple meurtre était sur toutes les lèvres samedi.

Sa patronne, Dominique Isabel, connaissait bien Ginette Roy-Morin. «Elle m'avait enseigné au primaire comme elle avait enseigné à presque tout le monde ici. Elle venait au restaurant à tous les dimanches et parfois, elle amenait ses petites filles», se souvient-elle.

Le directeur général de la commission scolaire des Hauts-Cantons, Bernard Lacroix, connaissait bien Ginette Roy-Morin lui aussi puisqu'il l'avait eue comme employée alors qu'il était directeur de l'école primaire de Saint-Romain.

«C'était une bonne madame qui avait fait carrière dans l'enseignement. Elle avait pris sa retraite il y a une quinzaine d'années, alors j'ai été son directeur pendant une année environ. Ça a été un choc pour tout le monde ici d'apprendre ça. C'est un drame épouvantable», commente-t-il.

Mesures spéciales

Dès samedi, la commission scolaire a mis en branle différentes mesures afin de s'assurer que tout se passe bien lors de la rentrée des classes demain. «Les écoles de Saint-Romain et Saint-Sébastien seront ouvertes, mais une équipe professionnelle, incluant des psychologues, sera sur place. On verra ensuite pour les jours suivants», a expliqué M. Lacroix.

Quant à Marcel Boulanger, directeur de l'école primaire des Sommets de Saint-Sébastien, que fréquentaient les petites Laurence et Juliette Fillion, il était lui aussi bouleversé par la nouvelle.

«Laurence et Juliette étaient des petites filles modèles qui réussissaient très bien à l'école. Leur mère, Claudia, a aussi siégé pendant deux ans à mon conseil d'établissement. C'était vraiment une belle petite famille», indique le directeur.

Pire à 56 élèves

«Dans notre réalité de petite école, le choc est encore pire car, à 56 élèves, on connaît vraiment tout le monde. Quand on entend parler d'un drame comme celui-là dans une autre région, ça nous touche, mais ici ça nous touche encore plus», poursuit M.Boulanger.

Le directeur a lui-même contacté tout le personnel de l'école pour leur faire part du drame qui venait de se produire. «Je préférais qu'ils l'apprennent par moi que d'une autre façon. Lundi, nous nous chargerons d'accueillir les élèves et de soutenir le personnel, car nous nous doutons que certains auront besoin de soutien vu la situation.»

La mairesse de Saint-Sébastien, Marie-Douce Morin, disait samedi être de tout coeur avec son homologue de Saint-Romain, Jean-Luc Fillion, et sa famille secouée par la tragédie.

«Ils habitent vraiment à la limite municipale de Saint-Romain, alors ils étaient géographiquement plus proches du village de -Saint-Sébastien. C'est pourquoi on les voyait plus souvent ici. Juliette et Laurence fréquentaient toutes les deux l'école des Sommets à Saint-Sébastien. Elles étaient des petites filles brillantes, enjouées, toujours bien habillées et fières, aimées de tous. Elles faisaient du patinage artistique et étaient très bonnes», raconte-t-elle.

En raison de l'ampleur du drame qui a frappé la communauté, la mairesse a ouvert les portes de son centre communautaire toute la journée samedi afin de permettre aux gens de venir pour discuter et se changer les idées.

«Une vingtaine de familles sont passées avec leurs enfants. Ce n'est pas évident de comprendre ce qui se passe quand on a entre 8 et 11 ans comme les amis de Juliette et Laurence! Les enfants ont fait des dessins qui seront remis aux familles éprouvées», conclut Mme Morin.

«Pascal en a fait une belle cette nuit...»

Pascal Morin, accusé du meurtre au premier degré de sa mère de 70 ans et de deux de ses nièces âgées de 8 et 11 ans, n'était pas reconnu comme un individu violent, mais la plupart des personnes qui le connaissaient à Saint-Romain et Saint-Sébastien savaient qu'il avait des problèmes de santé mentale et de consommation de drogue.

«Pascal en a fait une belle cette nuit...», a lancé l'employé d'une compagnie de remorquage de Courcelles rencontré sur place. «Je suis surpris de ce qui s'est passé, mais c'était un gars qui avait beaucoup de problèmes de drogue. Il habitait chez sa mère et un peu partout... Il ne travaillait pas.»

«Oui, Pascal avait des problèmes de drogue, mais il s'entendait bien avec sa mère et avec sa soeur. Quand je le voyais avec sa mère, tout avait l'air de bien aller», explique le garagiste Denis Lapierre, dont la soeur est la grand-mère des fillettes.

«Tout le monde le connaissait. On le voyait souvent au village. Il venait mettre de l'essence ou il passait au dépanneur. Il était jovial, je ne l'avais jamais vu faire usage de violence par le passé malgré ses problèmes de drogue», poursuit M. Lapierre.

Quant à Daniel Gosselin, cousin du père des petites victimes, il abondait dans le même sens.

«Pascal s'entendait bien avec sa soeur et son beau-frère. Il allait souvent faire des travaux à sa ferme pour l'aider. Moi, il m'a aidé à construire ma maison. Il n'avait pas d'emploi stable, mais il aidait tout le monde. Il a dû lui passer une bulle», a-t-il commenté.

Sa vie a changé

Stéphanie Gérard, une ancienne collègue de travail de Pascal Morin, s'est rendue samedi sur les lieux du drame en compagnie de sa fille afin d'y déposer un ours en peluche et un message.

«Pascal était un gars toujours de bonne humeur, mais à un moment donné, sa vie a changé en raison des problèmes de santé mentale qu'il a eus», explique-t-elle, assimilant ces troubles au désordre bipolaire.

«Je l'avais vu jeudi dehors, près de chez moi, et je n'ai pas arrêté, car j'ai bien vu son état. Cet automne, je lui avais demandé de ne plus revenir chez moi à cause de ça», poursuit Mme Gérard.

Dominique Isabel, propriétaire d'un restaurant à Saint-Romain, était elle aussi au courant des problèmes personnels de celui qui est aujourd'hui accusé de triple meurtre. «Il se tenait avec mon frère. Je sais que Pascal avait des problèmes de santé mentale. Il a fait quelques thérapies», explique-t-elle.

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