Hier, la police néo-zélandaise a procédé à l'arrestation de quatre personnes reliées au site de partages de fichiers Megaupload. Kim Dotcom (de son vrai nom Kim Schmitz), l'ancien président et chef de la direction de Megaupload, fait partie des suspects arrêtés.
Avec 150 millions d'utilisateurs et 50 millions de téléchargements chaque jour, Megaupload trônait parmi les sites les plus achalandés. Mais son contenu - musique, films, séries télé - était jugé illégal et violait les droits d'auteur.
Jeudi, la justice américaine a ordonné la fermeture du site, dont le serveur est basé à Hong-Kong. Depuis, des internautes en furie ont sorti l'artillerie lourde.
Plus de 5000 pirates informatiques ont ainsi riposté en prenant d'assaut le site Web du FBI. Les portails Internet de l'Élysée (palais présidentiel français), de Universal Music et les sites des associations américaines de l'industrie de la musique et du cinéma ont également été paralysés.
La cyberattaque - la plus importante jamais réalisée par ce groupe - a rendu ces sites Web inactifs pendant de nombreuses heures. Pour paralyser leur ennemi, les pirates ont eu recours à «un déni de services». Des milliers d'ordinateurs lancent simultanément des requêtes à un site Web. Débordé, le portail ne répond plus. Cette contre-attaque a été orchestrée entre autres grâce aux réseaux sociaux, les pirates anonymes se transmettant la stratégie en secret.
Hier, les sites visés étaient de retour à la normale. Les dirigeants de Megaupload feront face à la justice - ils risquent 20 ans de prison. Et les auteurs de cette cyberattaque de solidarité n'ont pas été épinglés.
Pour plusieurs, ce nouvel épisode de la lutte pour la liberté sur le Web révèle le début de la guerre du cyberespace. Les pirates, plus efficaces que jamais, s'en prennent désormais à des cibles de taille en se payant le FBI. La guerre est amorcée.
Or, «on ne peut pas qualifier ces actes de guerre du cyberespace», nuance Joel Brenner, un ancien haut placé de la puissante Agence de sécurité nationale des États-Unis (NSA). «Ces groupes causent du désordre public, ils limitent le débat, mais ils ne détruisent rien», soutient Joel Brenner, joint à Washington par Le Soleil.
Selon cet expert en cyberterrorisme et auteur de America : the Vulnerable, les attaques comme celles des derniers jours sont spectaculaires, mais n'inquiètent pas réellement les puissances de l'Occident. «Les entreprises et gouvernements savent désormais comment réagir à des attaques du genre.»
Pour lui, la vraie menace - moins connue - est le virage Internet pris depuis quelque temps par les entreprises énergétiques des États-Unis. «Si un jour il y a de vraies cyberattaques, elles viseront ce secteur», prédit Joel Brenner.