Le crime allégué par la femme était survenu en octobre, lors d'une dispute entre elle et Luc Boivin, 42 ans. Après que les deux personnes eurent consommé quelques Coco cognac, les insultes ont fusé pour des motifs plus ou moins nébuleux et sérieux.
Toujours est-il que, selon Isabelle Morin, l'accusé lui a donné deux coups sur les joues et il lui a asséné un coup à la tête à l'aide d'un cadre. Selon la version de Boivin, que le juge a crue, la dispute a éclaté au sujet d'un autre ancien conjoint d'Isabelle Morin et père de son enfant, qu'elle et Boivin hébergeaient chez eux.
«C'est un beau crotté! J'suis pas aussitôt tourné qu'il veut te sauter», a déclaré Boivin à sa conjointe après qu'elle lui eut confié que l'homme l'avait invitée dans son lit. Déclinant la demande de celle-ci d'écouter un «film de cul» avec elle, l'accusé refuse de s'expliquer davantage et il décide d'aller au lit.
«T'es un chien, un écoeurant, tu coucheras pas dans mon lit!» a alors craché la femme. Sur ce, Boivin décide de quitter les lieux, mais Isabelle Morin lui bloque le passage. Il l'écarte en la poussant, de sorte que celle-ci tombe assise sur le sol.
Ce genre de dispute était fréquent lorsque le couple buvait, et la femme devient facilement violente en ces circonstances, a indiqué l'accusé au juge. «C'est un ange quand elle ne boit pas», a-t-il toutefois ajouté.
Contre-interrogé par la procureure de la Couronne, Me Josée Lemieux, l'individu a reconnu d'emblée ses antécédents judiciaires, expliquant cependant qu'en mars dernier, c'est «par amour» qu'il a plaidé coupable à des accusations de voies de fait contre Isabelle Morin et son ancien conjoint.
Mauvaise foi
Au cours de son propre témoignage, cette dernière a quant à elle nié avoir des antécédents judiciaires. Sa mauvaise foi poussée ainsi à l'absurde a fait sortir de ses gonds l'avocat de l'accusé, Me François Cauchon, qui a ensuite exhibé les condamnations de la femme pour voies de fait armées et voies de fait infligeant des lésions, en 2005. Plus tôt, elle avait justifié son comportement, le soir des événements, en disant, en larmes : «J'ai agi avec mon coeur... parce que je l'aime!» Elle a affirmé n'avoir jamais frappé l'un de ses conjoints.
En plaidoirie, Me Cauchon a soutenu que, provoqué par la plaignante «hors de contrôle», Boivin avait utilisé la force nécessaire pour quitter leur appartement. Son comportement, estimait l'avocat, a donc été celui d'une personne responsable.
Après avoir tenté de suivre les méandres du témoignage d'Isabelle Morin, le juge Rousseau a abdiqué. «On ne sait plus où l'on en est», a-t-il déploré.
Le déroulement de l'événement tel que décrit par la plaignante apparaissait moins qu'improbable au juge, compte tenu du «physique assez imposant» de la femme et du fait que Boivin est un homme de petite stature souffrant d'une paralysie partielle.