Le profilage social en hausse depuis 10 ans

(Québec) La répression des itinérants et autres marginaux par les policiers de Québec est en croissance depuis 10 ans. Un «nettoyage» de l'espace public qui culmine, année après année, durant la saison touristique, festive, constate une étude universitaire.

Le Soleil révélait, dans son édition de jeudi, l'essence des résultats de la recherche : les forces de l'ordre seraient sur le dos de la faune des mal-logés en multipliant les contrôles d'identité et en distribuant moult constats d'infraction. Un petit groupe de marginaux particulièrement stigmatisés se partagent des milliers d'amendes pour une moyenne individuelle de 13 000 $.

Dans le dossier le plus pathétique, un jeune dans la vingtaine a accumulé 296 contraventions en quatre ans. Son passif est maintenant de près de 50 000 $ en incluant les frais judiciaires. Ses crimes? Avoir mendié et s'être adonné au squeegee (offrir ses services pour nettoyer les pare-brise).

Et cette judiciarisation des démunis suit une pente ascendante, a insisté une des auteures de l'étude, Marie-Ève Sylvestre, professeure de droit à l'Université d'Ottawa, en conférence de presse, jeudi. «Ç'a été multiplié par cinq entre 2000 et 2010.»

Sans surprise, elle observe donc «une augmentation massive des dettes judiciaires» des sans-logis visés, surtout les ados et les jeunes adultes.

«Il y a beaucoup de jeunes qui ont entre 13 000 $ et 20 000 $ de dette en ce moment», ajoute sa collègue Céline Bellot, de l'École de service social de l'Université de Montréal. «On bloque beaucoup la sortie de la rue de ces personnes.» Écrasées par ce dû, certaines peineraient à se remettre sur pied.

«Ça confirme ce qu'on perçoit depuis plusieurs années. Il y a beaucoup d'abus policiers de toute sorte, [...] d'actes discriminatoires», commente le coordonnateur de la section de Québec de la Ligue des droits et libertés, Sébastien Harvey. «On peut se demander si le travail de la police, c'est d'empirer la situation des personnes itinérantes.»

Selon lui, les forces de l'ordre devraient cesser d'appliquer des règlements municipaux condamnant, par exemple, le flânage dans un lieu public ou le fait de s'assoupir sur un banc de parc.

Surtout l'été

À la lecture de l'enquête, on découvre également que les policiers sont particulièrement prodigues au cours des beaux mois, quand l'urbain sort de sa tanière et que la visite étrangère débarque.

«La répression est plus forte durant la saison estivale», écrivent les deux chercheuses. «Dans cette optique, il est important de considérer que la répression des personnes en situations d'itinérance se structure autour des questions touristiques et festives.»

Pour le coordonnateur du Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec, Frédéric Keck, il ne fait aucun doute que les policiers «nettoient» les places publiques du centre-ville.

«Ce n'est pas un phénomène qui est nouveau.» Durant les années 90, ils avaient passé le balai à la place D'Youville, à la porte du Vieux-Québec, se remémore-t-il. Les agents tenteraient maintenant de repousser les marginaux qui se sont installés dans le quartier Saint-Roch, en basse ville; un secteur en pleine revitalisation. «Ils vont aller où après?»

Pour leur recherche La judiciarisation des personnes en situation d'itinérance à Québec : point de vue des acteurs socio-judiciaires et analyse du phénomène, les universitaires ont retracé un peu moins de 4000 constats d'infraction remis à 284 personnes. Il ne s'agirait que de la pointe de l'iceberg illustrant le phénomène, disent-elles.

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