Procès sur l'eau contaminée: le Dr Claude Juneau sur la sellette

Le Dr Claude Juneau (au centre) a été... (Photothèque Le Soleil)

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Le Dr Claude Juneau (au centre) a été médecin à Shannon pendant 35 ans. Depuis 10  ans, il a compilé des dossiers, s'interrogeant sur des nombres parfois élevés de problèmes de santé similaires à l'intérieur de certaines maisons ou quartiers.

Photothèque Le Soleil

Pierre Asselin
Le Soleil

(Québec) Pour le Dr Claude Juneau, qui a été médecin à Shannon pendant 37 ans, il ne fait aucun doute que le trichloroéthylène (TCE) est responsable de plusieurs problèmes de santé dans cette municipalité. Mais hier, au palais de justice de Québec, c'est lui qui a dû se défendre d'avoir inutilement alarmé ses concitoyens.

Cela fait maintenant 10 ans que le médecin, aujourd'hui âgé de 78 ans, compile des dossiers, qu'il s'interroge sur des nombres parfois élevés de problèmes de santé similaires à l'intérieur de certaines maisons ou quartiers de Shannon.

Jeudi, il a enfin eu l'occasion de présenter sa version des faits au juge Bernard Godbout, dans le cadre du recours collectif portant sur la contamination de la nappe souterraine par le TCE.

«J'ai vu des gens qui avaient les yeux enflés et la peau rougie après leur douche. Je connais toute une famille de la rue Jacques-Cartier qui se plaignait de douleurs abdominales, qui sont disparues quand ils ont bu de l'eau embouteillée», a-t-il raconté devant le magistrat.

«Quand j'ai appris que notre eau était contaminée, j'ai repensé à mes patients. J'ai dressé la liste d'une vingtaine de familles sur la rue King, et il y avait beaucoup de cancers, dans presque chaque maison. Je me suis aussi aperçu que beaucoup de problèmes de santé touchaient le système digestif.»

Il a aussi relaté ses demandes infructueuses auprès de la Santé publique pour qu'on fasse une étude épidémiologique sur le terrain, plutôt que de se baser exclusivement sur le registre des tumeurs.

«J'étais convaincu que le TCE était en cause, et on ne me fera jamais changer d'idées là-dessus.»

Mais c'est justement en raison de cette conviction que le médecin a été mis sur la défensive lors du contre-interrogatoire par Me Jean Saint-Onge, qui représente les entreprises visées dans ce recours collectif.

Influence

Après avoir fait admettre au témoin qu'il jouissait d'une notoriété considérable dans son milieu, l'avocat observe que cette influence, «surtout pour un médecin, devrait aussi nous amener à avoir de la mesure dans nos affirmations...»

L'avocat a ensuite cité des déclarations publiques du Dr Juneau, où celui-ci évoquait notamment les possibilités de «maux de tête, de ventre, des tumeurs, des problèmes cardiaques [...] car tous les systèmes peuvent être touchés par le TCE».

Dans une autre entrevue, le médecin dit à une dame : «Vous avez bu de l'eau contaminée pendant des années, vous avez dû avoir des dommages causés, vous avez droit au recours collectif.»

Pourtant, lui soumet Me St-Onge, la Direction de santé publique a publié entre 2001 et 2005 des communiqués affirmant que rien ne permettait de croire à des taux plus élevés de cancers.

«Dans le recours collectif, on réclame des dommages pour les troubles, l'anxiété causée par la contamination, mais vous avez répété de telles affirmations sur toutes les tribunes. Ne croyez-vous pas que vos déclarations ont eu de l'impact sur vos concitoyens?»

«C'est possible, a dû admettre le médecin, les gens ont confiance en moi.» Me Saint-Onge lui a même cité le Code de déontologie des médecins, qui stipule que les opinions exprimées aux médias doivent être conformes «aux données actuelles de la science médicale sur le sujet».

«Je n'aurais peut-être pas dû parler autant», a admis le Dr Juneau avec hésitation. Sur ce point, le juge Godbout a toutefois rassuré le témoin.

«Ne vous en faites pas avec ça! Depuis deux mois, j'ai entendu plusieurs experts sur ces fameuses données de la science et ils ne s'entendent pas tous... Cela fera toutefois partie des questions que j'aurai à me poser : comment traduire, dans un contexte de responsabilité civile et de lien de causalité, l'état des connaissances scientifiques?»

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