Fête nationale 2011: tous les policiers de Québec seront mobilisés

(Québec) Tous les policiers de Québec seront mobilisés pour patrouiller lors de la prochaine fête de la Saint-Jean Baptiste, a appris Le Soleil. Toutes les demandes de congé seront refusées les 23 et 24 juin, a récemment fait savoir le service de police à ses quelque 714 agents, du jamais-vu depuis le Sommet des Amériques.

Le Soleil a obtenu copie d'un grief que la Fraternité des policiers vient de déposer afin de contester la décision de la direction, qualifiée d'«abusive».

«Le 2 février 2011, l'employeur a émis une directive par laquelle il annonçait la mobilisation de tout le personnel policier en vue des festivités de la fête nationale. Cette directive prévoit qu'aucun congé, vacances, reprise d'heures ou temps accumulé entre le 23 juin 2011 à 0h01 et le 24 juin 2011 jusqu'à 23h59 ne sera accordé par l'employeur», peut-on lire dans le document.

Interrogé sur son grief, le chef syndical Bernard Lehré affirme que «dans l'histoire de la ville de Québec, ce n'est jamais arrivé pour la Saint-Jean-Baptiste». Selon lui, cette mesure avait été utilisée de façon exceptionnelle seulement lors du Sommet des Amériques, en 2001, alors que convergeaient vers la capitale tous les chefs d'État du continent et nombre de manifestants.

Le syndicat croit que cette mesure illustre à quel point les rangs policiers de Québec sont dégarnis.

«C'est symptomatique du manque d'effectifs qu'on dénonce depuis quelques années. C'est une règle élémentaire de constater qu'on est au bout des ressources», dit M. Lehré.

Québec est en effet l'une des grandes villes canadiennes qui a le moins de policiers par rapport à sa population. On dénombre 131 agents par 100 000 habitants dans la capitale québécoise, contre 235 à Montréal et 216 à Toronto.

Heures supplémentaires

Cette interdiction de prendre congé vient s'ajouter à l'obligation faite aux policiers, à l'instar des infirmières, d'accepter de faire des heures supplémentaires à la demande de leurs supérieurs, une situation que dénonce également la Fraternité.

Pour le reste, le chef syndical s'est fait avare de commentaires sur les opérations policières entourant la Saint-Jean-Baptiste, celui-ci ayant récemment reçu une lettre de la direction lui rappelant son serment de discrétion.

Une demande d'entrevue du Soleil avec le chef de police Serge Bélisle a été refusée, le dossier ayant été confié à un porte-parole de la Ville, François Moisan. Ce dernier a refusé de confirmer la mobilisation des forces policières, disant que «la stratégie complète n'est pas encore établie, on est encore à travailler. Un comité a été mis sur pied et implique tous les services, que ce soit le bureau des grands événements, la police, les loisirs, les arrondissements et les communications. On est en train de se préparer pour 2011».

Problème de gangs de rue?

Cet important dispositif policier sera déployé alors que Québec observe depuis 2008 une recrudescence de violence en marge de la fête nationale. Après les émeutes de 1996 et de 1997, où près d'une centaine de manifestants avaient été arrêtés, la capitale a connu une certaine accalmie, la police arrêtant une dizaine de personnes en moyenne par année.

Mais voilà, après 10 ans de calme relatif, les arrestations ont pratiquement triplé en 2009 et en 2010. L'an dernier, 27 personnes ont été arrêtées et deux personnes poignardées.

La Saint-Jean avait aussi connu des débordements l'an dernier à Saint-Augustin, alors que 200 jeunes en état d'ébriété avaient décidé de poursuivre la fête durant la nuit. Seulement deux policiers étaient alors sur place, poussant la municipalité à réclamer peu après une meilleure couverture policière.

Certaines sources ont indiqué au Soleil que le phénomène des gangs de rue ne serait pas étranger à cette recrudescence de la violence à Québec. Interrogé sur leur présence à la fête nationale, le propriétaire de la firme responsable de la sécurité à la Saint-Jean, Martin Sirois, confirme que les gangs se font sentir.

«Ils sont à la fontaine de Tourny et sur la Grande Allée.» Ses agents, qui surveillent surtout le périmètre du spectacle, découvrent chaque année des gens tentant de pénétrer avec des armes.

À noter, la citadelle aussi renforce sa sécurité lors de la Saint-Jean, comme à tous les grands événements. «C'est surtout pour protéger la population qui circule, au cas où il y aurait des incidents lorsque les gens longent les murs fortifiés», explique la capitaine Élizabeth Tremblay, porte-parole des Forces canadiennes.

En 2009, un jeune homme qui urinait du haut de la citadelle a été poussé, se blessant gravement au dos.

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