Étude des requérants de Shannon: un expert met la méthode en doute

Pierre Asselin
Le Soleil

(Québec) Il est impossible de tirer des conclusions sur les taux de cancer parmi la population de Shannon à partir des dossiers colligés pour l'équipe légale qui représente les citoyens, a soutenu mercredi le Dr Jack Siemiatycki, témoin expert en épidémiologie pour la défense dans le recours collectif.

L'équipe qui représente les citoyens de Shannon a mis sur pied une imposante banque de données à partir d'entrevues individuelles réalisées par des infirmières avec des milliers de gens qui ont habité, ou habitent encore, la municipalité.

Ce fichier contient les dossiers médicaux de plus de 500 personnes qui ont été atteintes de cancer à un moment de leur vie. C'est à partir de ces dossiers que des experts en sont venus à la conclusion qu'il y a des taux anormalement élevés pour certains types de cancer.

Les méthodes employées pour monter ces dossiers posent un problème, a soutenu mercredi le Dr Siemiatycki devant le juge Bernard Godbout. «Ce n'est pas conforme aux normes utilisées pour évaluer les risques en santé publique», affirme l'expert, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en épidémiologie environnementale et santé des populations, à l'Université de Montréal.

«Pour être en mesure de tirer des conclusions, il faut savoir comment les données ont été recueillies, et avec quel questionnaire. On a un nombre de cancers, mais on ne sait pas à quel nombre on doit le comparer. Par exemple, on n'a pas classé les répondants par âge, alors qu'on sait que les taux de cancer augmentent dramatiquement avec l'âge. Sans ces données, il faut remettre en question la valeur des résultats.»

La collecte de données a été effectuée pour le compte d'avocats qui agissent dans un recours collectif, a-t-il rappelé au juge, et les répondants le savaient.

«Comment s'assurer qu'on ne leur a pas suggéré de réponses? Comment savoir si des gens n'ont pas exagéré leur état, même involontairement, sachant que cela pourrait influencer un éventuel gain financier? Normalement, on essaie de mener nos entrevues à l'aveugle pour que les répondants ignorent les buts de l'enquête.»

Certains des experts du groupe de citoyens ont conclu à un risque trois fois plus élevé de cancer, tous types confondus, un résultat «inconcevable» aux yeux du Dr Siemiatycki.

«Ce n'est pas très crédible. Même dans des groupes de travailleurs exposés à des nuages de TCE, on n'a jamais décelé de hausses globales des taux de cancer. On voit seulement une hausse du cancer du rein.»

Enfin, il a pratiquement ridiculisé la technologie utilisée pour prétendument prouver qu'un solvant est à l'origine d'une tumeur.

«Je ne connais aucun marqueur pour aucun cancer. Ça serait une grande première scientifique si on pouvait identifier la cause d'une tumeur à partir d'un marqueur génétique. Ils devraient être en lice pour un prix Nobel, mais je ne trouve aucune publication scientifique à l'appui de leurs prétentions.»

Jeudi, les avocats du groupe de citoyens auront l'occasion de contre-interroger l'expert.

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